Mgr de Ségur répond aux objections contre la religion (28)

Mgr De SégurObjection : Il n’y a pas d’enfer ; personne n’en est jamais revenu.

Réponse : Non, personne n’en est jamais revenu; et si vous y entrez vous-même, vous n’en reviendrez pas plus que les autres.

 Si on en revenait, même une seule fois, je vous dirais : « Allez-y, et vous verrez s’il y en a un. » Mais c’est parce qu’on ne peut faire cette expérience qu’il est insensé de s’exposer à un mal sans remède comme sans terme et sans mesure.

Vous dites qu’il n’y a pas d’enfer ? En êtes-vous sûr ? Je vous défie de l’affirmer. Vous auriez une conviction que nul n’a eue avant vous, pas même les plus profonds impies. Rousseau répondait à cette question : Y a-t-il un enfer ? « Je n’en sais rien. » Et Voltaire écrivait à un de ses amis qui avait cru découvrir la preuve de la non-existence de l’enfer : « Vous êtes bien heureux ! Je suis loin de là. »

Mais voici qu’à votre peut-être j’oppose une terrible affirmation. Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, dit qu’il y a un enfer, et un si terrible, que « le feu ne s’y éteindra jamais. » Ce sont ses propres paroles, qu’il répète trois fois de suite (1).

Lequel faut-il que je croie de préférence : un homme qui n’a jamais étudié la Religion, qui attaque ce qu’il ignore, qui ne peut avoir que des doutes, non une certitude, sur ce sujet ; — ou bien celui qui a dit : « Je suis la vérité ; le ciel et la terre passeront, mais ma parole ne passera point ? »

Prenez garde: c’est Jésus, le bon Jésus; Jésus si miséricordieux et si doux, qui pardonne tout aux pauvres pécheurs repentants ; Jésus, qui accueille sans une parole de reproche et la coupable Madeleine, et la femme adultère, et le publicain Zachée, et le voleur crucifié à ses côtés; c’est Jésus qui vous déclare qu’il y a un enfer éternel de feu, et qui le répète quinze fois expressément dans son Évangile !

Auriez-vous la prétention de mieux vous entendre que Jésus-Christ en fait de miséricorde et de bonté ?

En cette matière, voyez-vous, plus qu’en toute autre, c’est bien souvent le cœur du méchant qui parle, et non sa raison. C’est la passion criminelle qui a peur de la justice de Dieu, et qui crie, pour étourdir la conscience : « Il n’y a pas de justice de Dieu ! II n’y a pas d’enfer ! »

Mais qu’importent à la réalité ces cris et ces passions ? L’aveugle qui nie la lumière empêche-t-il la lumière de luire? Que l’impie le nie ou le reconnaisse, il existe un enfer, vengeur du vice, et cet enfer est éternel.

C’est le cri de l’humanité entière ! La certitude de l’enfer est tellement au fond de la conscience humaine, qu’on retrouve en effet ce dogme chez tous les peuples anciens et modernes, chez les sauvages idolâtres, comme chez les chrétiens civilisés. Il est tellement au fond du christianisme, que, de toutes les hérésies qui ont attaqué les dogmes catholiques, pas une n’a pensé à le nier. La vérité seule de l’enfer est restée debout, intacte, au milieu de tant de mines.

Les plus grands philosophes, les plus grands génies ont admis l’enfer non-seulement chez les chrétiens, cela va sans dire, mais même chez les païens : Virgile, Ovide, Horace, Platon, Socrate, enfin l’impie Celse lui-même, ce Voltaire du troisième siècle. Qui oserait se montrer plus difficile qu’eux ?

La doctrine des peines éternelles a, du reste, dans l’enseignement de l’Église, une parfaite compensation dans la doctrine des récompenses éternelles. L’une nous manifeste la souveraine et infinie justice de Dieu; l’autre, sa souveraine et infinie bonté. Mais tout en Dieu n’est-il pas adorable, sa justice, comme tous ses autres attributs? Je le répète, on ne penserait guère a le nier, si l’on n’en avait pas peur.

Je pourrais ajouter ici plusieurs autres réflexions sur l’utilité, la nécessité même du dogme de l’éternité des peines de l’enfer. Je pourrais faire remarquer que c’est cette éternité qui le rend ainsi utile et nécessaire ; comme c’est elle et elle seule qui révolte le méchant, c’est aussi elle seule qui l’arrête. L’homme sent qu’il ne doit point finir; il lui faut dès lors des espérances et des craintes qui soient à sa hauteur ; tout ce qui est au-dessous disparaît à sa vue.

Si l’on pouvait connaître tous les crimes que la crainte de l’éternité de l’enfer a empêchés, on serait frappé de la nécessité de cette sanction ; et comme Dieu donne à l’homme tout ce qui lui est nécessaire, delà nécessité de l’éternité des peines on conclurait leur réalité.

Je pourrais montrer encore que dans l’enfer il n’y a pas de repentir possible, et dès lors pas de pardon possible ; que l’enfer ne nous paraît si incompréhensible que parce que nous ne nous faisons pas une idée suffisante de la grandeur du péché, dont il est le châtiment, et de la facilité pour nous de l’éviter, etc.

Mais je m’en tiens aux deux grandes autorités que je vous ai apportées en regard de votre doute : l’autorité de JÉSUS-CHRIST, et celle du GENRE HUMAIN.

Croyons de tout notre cœur les mystères du christianisme. Vivons en conséquence de notre foi ; aimons Dieu, servons-le, imitons Jésus-Christ, soyons bons chrétiens, et nous n’aurons plus rien à démêler avec l’enfer.

(1) On voit Notre-Seigneur Jésus-Christ parler quinze fois dans son Évangile du feu de l’enfer.
Voyez, entre autres, les sept ou huit derniers versets du IX e chapitre de saint Marc, où il dit qu’il vaut mieux tout perdre et tout souffrir que « d’aller dans l’enfer, dans le feu qui ne s’éteint point,où le remords ne meurt pas, et où le feu ne peut s’éteindre. Car, ajoute-t-il, tout homme qui y tombera sera salé par le feu, » c’est-à-dire en sera à la fois pénétré, dévoré et conservé, comme le sel conserve les viandes tout en les pénétrant parfaitement.

Voyez encore en saint Matthieu, à la fin du chapitre xxv : « Retirez-vous de moi, maudits au feu éternel qui a été préparé pour le démon et les autres mauvais anges… Et ils iront dans le supplice éternel, et les justes dans la vie éternelle.»

Et en saint Jean, chap. xv : a Si quelqu’un ne m’est pas uni (par la grâce), il sera jeté dans le feu, et il bridera ; » etc., etc.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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