Mgr de Ségur répond aux arguments contre la Religion (27)

Mgr De SégurObjection : Mais la Saint-Barthélemy ?

Réponse : Est-ce la Saint-Barthélemy qui vous empêche de bien vivre ?

Et avez-vous peur , si vous devenez bon chrétien, que l’on vous engage à massacrer vos voisins s’ils ne servent pas le bon Dieu !

 Le massacre de la Saint-Barthélemy a été un de ces excès déplorables que l’irritation des guerres civiles, l’astuce de la politique, la fureur de quelques fanatiques , la dureté des mœurs de ce temps , peuvent seules expliquer.

 La Religion est bien loin d’approuver tout ce qu’on fait en son nom et tout ce qui se couvre de son manteau sacré.

 Il faut dire, du reste , que ses ennemis ont singulièrement dénaturé ce crime. Ils l’ont représenté comme l’œuvre de la Religion, tandis qu’il n’est l’œuvre que de la haine et du fanatisme, que blâme la Religion.

 Ils l’ont représenté comme exécuté par les prêtres, tandis que pas un seul n’y prit part. Il y en eut même plusieurs, entre autres l’évêque de Lisieux, qui sauvèrent tout ce qu’ils purent de huguenots, et qui intercédèrent pour eux auprès du roi Charles IX, etc.

Si un fait est avéré maintenant et hors de contestation, c’est que la Saint-Barthélemy est, avant tout, un coup d’État -politique, que la religion en a été le prétexte bien plutôt que la cause, et que l’astucieuse Catherine de Médicis, mère de Charles IX, chercha bien plus à se débarrasser d’un parti qui gênait et inquiétait chaque jour davantage son gouvernement, qu’à procurer la gloire de Dieu.

Il a plu à un poète de l’école voltairienne de représenter le cardinal de Lorraine « bénissant les poignards des catholiques. » Malheureusement ce cardinal était à Rome en ce moment, pour l’élection du pape Grégoire XIII, successeur de saint Pie V, qui venait de mourir.

 Mais ces messieurs n’y regardent pas de si près. « Mentez, mentez toujours, osait écrire Voltaire à ses amis, il en restera quelque chose (1) ! »

Depuis trois siècles la haine des protestants et, plus tard, des voltairiens, contre l’Église, a tellement altéré l’histoire, qu’il est très-difficile d’y découvrir la vérité.

On arrange les faits, on ajoute, on retranche, on invente même, au besoin. On impute à l’Église des crimes qu’elle déteste. On fait peser sur la religion des accusations odieuses. Méfiez-vous, en général, des faits historiques où la religion joue un rôle ridicule ou barbare ou ignoble. Il se peut qu’ils soient vrais ; et alors il faut porter tout le blâme sur l’homme faible ou vicieux qui a oublié son caractère de prêtre ou d’évêque ou même de pape, et qui, devant faire le bien, a fait le mal ; mais il se peut aussi (et c’est le plus ordinaire) que ces faits soient, sinon inventés complètement , du moins tellement travestis et exagérés, que l’on peut, avec justice, les taxer de mensonge.

Il est fort commode d’attaquer l’Église de cette façon ; mais est-ce légitime ? Est-ce loyal ? Est-ce sincère?

 (1) Lettre au marquis d’Argens.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur – Chap. 27, ESR.

(NDLR : Notre Dame des anges reviendra plus tard sur la Saint-Barthélemy…)

Publicités