Le Père W. DEVIVIER S.J. sur le protestantisme (fin)

§ V. Dans sa règle de foi, le protestantisme contredit Jésus-Christ

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Il est un moyen plus facile encore de mettre dans tout son jour la fausseté du protestantisme, c’est de montrer que sa règle de foi est absolument inadmissible, et contraire à la volonté de Jésus-Christ. Cette base une fois renversée, tout l’édifice des novateurs du XVI siècle s’écroule de lui-même.

 

La Bible, rien que la Bible, librement interprétée par chaque individu, telle a été dès l’origine, telle est encore la règle de foi de tout vrai protestant, c’est-à-dire le principe qui détermine ses croyances.

Nous aussi catholiques, nous professons le plus grand respect pour l’Ecriture sainte, mais cette Ecriture, nous la recevons des mains de l’Eglise qui, avec son infaillibilité, fixe le catalogue ou canon des livres sacrés, et nous en garantit l’inspiration. De plus, nous recevons de la même main, et avec une égale vénération, la Tradition, c’est-à-dire la parole de Dieu non contenue dans les Livres Saints. Enfin, loin de prétendre, comme les protestants, que chacun est en droit de déterminer le sens de l’Ecriture, loin de déclarer chaque homme juge et arbitre de sa croyance, nous disons que c’est encore à l’Eglise, assistée de l’Esprit-Saint, qu’il appartient de déterminer le sens du texte sacré, comme aussi d’interpréter la Tradition d’une manière infaillible. En un mot, notre règle de foi, c’est l’autorité doctrinale de l’Eglise, c’est son enseignement vivant et infaillible.

THÈSE. LA RÈGLE DE FOI DES PROTESTANTS NE PEUT ÊTRE ADMISE

1er  ARGUMENT. Cette règle de foi est contraire à la volonté de Jésus-Christ, et condamnée par l’Ecriture elle-même.

a. Pour demeurer fidèles à leur règle de foi, les protestants devraient prouver, par des textes formels de l’Écriture elle-même, que les apôtres ont reçu l’ordre de leur divin Maître de mettre par écrit les enseignements tombés de ses lèvres. Loin de pouvoir le faire, ils lisent comme nous dans la Bible, qu’après avoir établi son Eglise sur Pierre et sur les autres apôtres, Jésus-Christ leur a dit, non pas : Allez et colportez des Bibles, mais bien : « Allez et enseignez toutes les nations, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Allez dans tout l’univers et prêchez l’Evangile à toute créature. » (S. Matth. 28,19; S. Marc 16, 15.)

b. Donnant l’exemple, Jésus-Christ a prêché, mais il n’a rien écrit; nulle part, nous ne voyons qu’il ait fondé un enseignement par l’écriture, et encore moins par l’écriture exclusivement. « Le Christ, dit S. Jean Chrysostome, n’a pas laissé un seul écrit à ses apôtres ; au lieu de livres, il leur a promis le Saint-Esprit. C’est lui, leur dit-il, qui vous inspirera ce que vous aurez à dire. »

c. Les apôtres, auxquels Jésus-Christ avait promis que l’Esprit-Saint leur rappellerait tout ce qu’il leur avait enseigné, ont fait ce que leur Maître leur avait commandé. C’est par la prédication qu’ils ont propagé la foi dans le monde. Ce n’est que plus tard, et par occasion, que quelques-uns d’entre eux ont écrit. Les autres apôtres n’ont rien écrit, et ils ont cependant converti des peuples entiers. Ce n’est même qu’à la fin du 1er siècle, environ 67 ans après la mort de Jésus-Christ, que la composition des livres du Nouveau Testament a été achevée. Les fidèles n’auraient donc point eu de règle de foi pendant ces longues années !

d. D’ailleurs, les écrivains sacrés font constamment allusion à un enseignement oral parallèle; ils déclarent formellement qu’ils n’ont écrit qu’une très faible partie des enseignements donnés par le Sauveur; et ils recommandent d’avoir le même respect pour ce qu’ils ont enseigné de vive voix, que pour ce qu’ils ont enseigné dans leurs écrits. (S. Jean, n Ep. v, 12.) « Conservez, dit S. Paul aux Thessaloniciens déjà chrétiens, les traditions qui vous ont été transmises, soit de vive voix, soit par écrit. » (Thess. II, 2, 14.) Et à Timothée (II, ch. 11, 2.) : « Ce que vous avez appris de moi devant une multitude de témoins, confiez-le à des hommes fidèles qui soient eux-mêmes capables d’enseigner les autres. » Qui ne sait que c’est par voie traditionnelle, par exemple, que nous connaissons la substitution du dimanche au samedi, la validité du baptême conféré par les hérétiques ? S’il y a dans l’Eglise une règle certaine et invariable, suivie par tous les Pères, proclamée par tous les conciles, observée par tous les Docteurs, c’est assurément de se conformer au précepte tant de fois répété par S. Paul : « Gardez le dépôt. » Gardez le dépôt, c’est-à-dire, comme parle Vincent de Lérins, « Non ce que vous avez découvert, mais ce qui vous a été confié ; ce que vous avez reçu par d’autres, et non ce qu’il a fallu inventer vous-même; une chose qu’on ne trouve pas dans son esprit, mais qu’on doit avoir reçu de main en main, par une tradition publique; où vous devez être, non point auteur, mais gardien. »

2 ème ARGUMENT.

Cette règle de foi est condamnée par ce que nous apprend l’histoire de l’Eglise. Au témoignage de S. Irénée, il y avait déjà de son temps « une multitude de peuples barbares qui croyaient en Jésus-Christ, sans papier et sans encre. » Ces contrées n’avaient point d’Ecritures saintes, et cependant, le même saint l’atteste, elles conservaient une foi pure et intacte au moyen de la tradition. Voit-on quelque part, dans l’histoire des temps postérieurs, que les ministres de l’Eglise se soient fait suivre d’un bagage de livres, et qu’ils les aient distribués avant leurs prédications? Gomment du reste la chose eût-elle été possible avant l’invention de l’imprimerie, c’est-à-dire pendant quatorze siècles, alors que les exemplaires de la Bible étaient peu communs et très chers? Durant ces temps, l’immense majorité des fidèles n’a guère eu pour s’instruire que les seules instructions des ministres de l’Eglise. Ces hommes n’étaient-ils donc pas chrétiens ?

Il ressort avec évidence de ce que nous venons de dire, que l’Eglise a été fondée sans la Bible, et qu’elle existait avant la Bible. Les Epîtres, les Evangiles, les Actes des Apôtres et l’Apocalypse n’ont pas formé les communautés chrétiennes ou l’Eglise, mais ils ont été adressés à ces communautés déjà formées. C’est donc bien légitimement que S. Augustin a dit qu’il ne croirait pas à l’Evangile, si Vauto-rité de VEglise catholique ne l’y déterminait : Ego Evangelio non crederem, nisi me catholicoe Ecclesioe commoveret auctoritas (10)

3ème ARGUMENT

En tout cas, si la Bible, librement interprétée par chacun, était l’unique règle de foi, la grande masse des hommes ne pourrait, de nos jours encore, arriver à la foi nécessaire au salut, car il en est une foule qui ne savent pas lire, ou qui, absorbés par le travail des mains, n’ont pas le temps de le faire. Et cependant, dans le système protestant, il faut que chaque homme puisse s’assurer par lui-même de l’inspiration des Livres Saints, de leur authenticité et intégrité, de la fidélité des versions qu’on lui met entre les mains, et du vrai sens de chaque verset. Si Dieu avait donné la Bible comme règle de foi, s’il avait, comme le veulent les protestants, fait une loi qui oblige tous les chrétiens à lire eux-mêmes la Bible, il aurait donc rendu impossible l’entrée de son Eglise et le salut éternel à l’immense majorité des hommes, et surtout aux pauvres. Or, Jésus-Christ a précisément donné l’évangélisation des pauvres comme une des marques de sa mission divine. (S. Luc iv, 18; vu, 22.)

4ème ARGUMENT.

Sans l’autorité de l’Eglise, il serait impossible d’établir le canon ou catalogue complet des Saintes Ecritures, et d’offrir à la foi des fidèles un corps de doctrine absolument délimité. L’étude des livres eux-mêmes, le témoignage de l’histoire, l’accord des manuscrits, en un mot, la critique ne peut fixer, avec une certitude suffisante pour rendre possible un acte de foi divine, le canon des livres inspirés. N’est-ce pas sous prétexte de critique, que l’on a vu des protestants rejeter successivement plusieurs livres de l’Ancien et du Nouveau Testament, et en venir même à nier tout à fait l’inspiration divine de l’Ecriture (11) ?

Conclusion :

De tout ce qui vient d’être dit, il résulte clairement que l’œuvre des novateurs du xvic siècle n’est pas l’œuvre de Jésus-Christ. A l’article V du présent chapitre, nous verrons encore, dans la Primauté accordée par Jésus-Christ à Saint Pierre et à ses successeurs, une preuve péremptoire et facile à saisir de l’illégitimité du protestantisme. Nulle-part, Dieu n’a promis à chaque fidèle l’infaillibilité de leur sens propre. A Pierre seulement et à ceux qui enseigneraient sous sa gouverne, il a promis l’assistance et l’inerrance doctrinale. Vouloir assurer à tout fidèle ce qu’on refuse d’accorder au Chef des fidèles, c’est se contredire gratuitement.

Prions Dieu que nos frères égarés se souviennent enfin que leurs ancêtres étaient catholiques, et pour qu’ils se persuadent que, en le redevenant eux-mêmes, ils ne changeront pas de religion. En réalité, ils ne feront que rentrer dans le sein de l’Eglise que leurs pères ont si malheureusement abandonnée il y a trois siècles !

Source : cours d’apologétique chrétienne ou exposition raisonnée des fondements de la foi ( Tomme 2) – P.W. DEVIVIER S.J. 19 ème édition revue et augmentée.
CHAP LE PROTESTANTISME NE POSSÈDE POINT LES NOTES DE LA VRAIE ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST.

(10) Les épitres de S. Paul, dont ni l’authenticité, ni l’intégrité, ni l’historicité ne sauraient être mises en doute, suffisent à nous prouver l’antériorité de l’Eglise par rapport aux Evangiles (V. p. 387, note). « Il y avait une Eglise avant que ni Matthieu, ni Marc n’eussent écrit, et — chose admirable! — à mesure qu’une exégèse aventureuse a essayé de rapprocher de nous les dates que l’Eglise assigne à la rédaction des Evangiles, à mesure aussi cette exégèse a plus fortement prouvé cette antériorité de l’Eglise. » M. Brunetière, conférence donnée à Amsterdam le 4 mai 1904.

(11)  On sait que les protestants font un grief à l’Eglise catholique de ne pas permettre indifféremment à tous les fidèles la lecture de la Bible. Mais c’est précisément parce que les Vaudois, les Albigeois, et surtout les protestants, ont abusé des textes sacrés, et que ceux-ci ont inondé le monde de bibles falsifiées, que l’Eglise, pour préserver ses enfants, s’est vue obligée d’apporter de sages restrictions à la lecture des Livres Saints. Dans cette défense, il ne s’agit, remarquons-le bien, que de la Bible traduite en langue vulgaire, où le traducteur risquerait fort d’introduire des erreurs, et où le lecteur sans instruction serait exposé à des méprises. La Constitution apostolique de Léon XIII du mois de février 1897, porte défense de lire (sans autorisation) « toutes les versions en langue indigène, même celles qui sont publiées par des catholiques, si elles n’ont pas été approuvées par le Siège apostolique, ou éditées sous la surveillance des évêques, avec des notes tirées des Pères de l’Eglise, et d’écrivains doctes et catholiques. »

Il est d’autres reproches que les protestants peu instruits, ou imbus de préjugés, ont coutume de nous adresser : par exemple, que nous sommes obligés de croire toutes les rêveries qu’il plairait au Pape de publier; que nous adorons les saints, leurs images et leurs reliques ; que tout le culte consiste chez nous dans des cérémonies extérieures ; que pour obtenir le pardon de nos péchés, il nous suffit de recevoir une absolution; qu’avec de l’argent, nous pouvons racheter tous nos péchés. Nous ne nous y arrêtons pas : ce sont là des accusations sans fondement, des inepties qu’un catholique, un peu instruit de sa religion, peut réfuter sans peine.

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