Le Père W. DEVIVIER S.J. sur le protestantisme (3ème partie)

§ II. Le protestantisme n’a pas la sainteté

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A. NI DANS SES FONDATEURS.

  1. L’histoire nous montre dans Luther un homme violent, adonné aux excès de la table, foulant aux pieds les engagements les plus sacrés ; dans Calvin, un impudique cruel et vindicatif; dans Zwingle, un libertin, comme il l’avoue lui-même; dans Henri VIII, un adultère et un débauché. On ne pourrait, sans scandale, exposer les mœurs et les sentiments particuliers de Luther, tels qu’ils se révèlent dans ses propres écrits. On peut lire ses luttes contre le diable dans Dôllinger : La Réforme, t. III, p. 257.
  2. Ces réformateurs autorisaient chez leurs adeptes les choses les plus révoltantes. Luther n’ose pas déclarer dans ses sermons que la polygamie est défendue ; aussi est-il allé jusqu’à permettre la bigamie au landgrave Philippe de Hesse ; sept autres réformateurs confirmèrent cette permission, et Mélanchthon assista à cette union criminelle.
  3. Dans leurs écrits et leurs paroles ils montraient un caractère emporté, un cœur corrompu et un orgueil farouche; la moindre résistance suffisait pour leur faire vomir des flots d’injures et de blasphèmes; à cet égard, le langage de Luther en particulier est parfois d’une grossièreté si révoltante, qu’il inspire un insurmontable dégoût. Voyez Janssen et Audin, ouvrages cités; voyez aussi, au ch. IV de la 2ème partie, ce que nous disons de l’intolérance protestante.

B. NI DANS SA DOCTRINE MORALE.

D’abord le protestantisme n’a pas plus de morale commune et obligatoire pour tous, qu’il n’a de croyance commune et s’imposant à tous. Selon lui, l’Ecriture est la seule règle de morale, comme elle est la seule règle de croyance; or, si chaque protestant peut et doit interpréter l’Ecriture suivant les lumières de sa raison, chacun, par conséquent, peut se faire sa morale à soi-même, sans que personne n’ait rien à y voir. Il est même permis à chacun de changer de morale, suivant les dispositions toujours variables de son esprit. Ce que je crois trouver aujourd’hui dans l’Ecriture, il se peut que je ne l’y voie plus demain, et ma pratique changera avec mes idées personnelles.

Bien plus, s’il en croit les fondateurs de la Réforme, le protestant n’est pas même obligé de pratiquer ce qu’il a lu dans l’Ecriture de la manière la plus claire. En effet, ces novateurs affirmaient que les bonnes œuvres sont inutiles et même nuisibles au salut; que la foi suffit pour nous rendre amis de Dieu; que l’homme, une fois justifié devant Dieu, est sur d’être sauvé, quelque crime qu’il commette ensuite; qu’il est même dans l’impossibilité de pécher, puisqu’il n’a plus le libre arbitre. Luther et Calvin vont en réalité jusqu’à nier l’existence du libre arbitre dans l’homme; le premier a écrit un livre qu’il a intitulé : Du Serf arbitre, c’est-à-dire du servage de la volonté. Ce livre peut se résumer en cette phrase : « Dieu fait en nous le mal comme le bien, et de même qu’il nous sauve sans mérite de notre part, il nous damne aussi sans qu’il y ait de notre faute… Tout ce que nous faisons est fait non librement, mais par pure nécessité. » (Œuvres de Luther t. II, p. 435). Calvin tient le même langage : « Pour des raisons incompréhensibles, dit-il, Dieu excite l’homme à violer ses lois; ses inspirations poussent au mal le cœur des méchants; l’homme tombe parce que Dieu l’a ainsi ordonné. » (Instit. chrét. 1. VII, ch. XIII. ) « Dieu, dit Zwingle, est le premier principe du péché. C’est par une nécessité divine que l’homme commet tous les crimes. » (De Provid. Ep.,1. 1e r , p. 355).

Empruntons encore quelques textes à Luther; ils en disent plus que tous les raisonnements. « Combien est riche le chrétien! Quand même il le voudrait, il ne pourrait être déshérité du ciel par n’importe quelle souillure; ne pas croire au Fils de Dieu, voilà ce qui seul est péché en ce monde. Crois donc et sois assuré de ton salut. » (Luther, de Captiv. BabyL) « Il n’est pas de scandale plus dangereux, plus venimeux, que la bonne vie extérieure manifestée par les bonnes œuvres. Les âmes pieuses qui font le bien pour gagner le royaume des cieux, non seulement n’y parviendront jamais, mais il faut même les compter parmi les impies. » (Œuvres de Luther, t. VI, p. 160.) « L’Evangile ne nous demande pas nos œuvres pour notre justification; au contraire, il condamne ces œuvres. » « Le meurtre, le vol, ne sont pas des péchés aussi grands que de vouloir pénétrer dans le ciel avec les bonnes œuvres, qui sont ce qu’il y a de plus préjudiciable au salut. » (Sermons inédits publiés par Mack).
L’inutilité des bonnes œuvres, également enseignée par Calvin, en plus de quinze endroits de son Institution chrétienne, découle de l’idée que les novateurs se faisaient de la justification. Lorsque l’homme est justifié, disaient-ils, aucun changement intérieur ne s’opère en lui; tout se réduit à une imputation gratuite et extérieure de la justice de Jésus-Christ. Le chrétien devient juste, parce que Dieu consent à le regarder comme couvert du manteau d’innocence de son Fils. La moralité de la conduite n’entre pour rien dans les conditions de l’amitié divine ; le péché importe peu, pourvu que la foi subsiste. « Sois pécheur et pèche

fortement, écrit Luther à son ami Mélanchton… Il faut pécher aussi longtemps que nous sommes en ce monde;… le péché ne peut nous séparer de Dieu, dussions-nous commettre par jour mille adultères et autant d’homicides. » Voici le texte latin : « Esto peccator et pecca fortiter, sed fortins fide, et gaude in Christo qui victor est peccati, mortis et mnndi. Peccandum est quamdin hic sumus. Sufficit quod agnovimus per divitias Dei Agnum qui tollit peccata mundi : ab hoc non auellet nospeccatum, etiamsi millies st millies uno die fornicemur, et occidamus. » (Lutheri ep. a Joh. aurifabro collata, Jena, 1556. t. l , p . 545).

Une semblable doctrine renverse évidemment le principe même de la moralité. Si elle était vraie, Jésus-Christ, au lieu d’être venu sur la terre pour nous délivrer du péché et pour nous apprendre, par sa parole et ses exemples, à pratiquer toutes les vertus, même les plus héroïques, serait mort pour nous donner la liberté de vivre impunément dans le crime ! (5)

C. NI DANS L’INFLUENCE QU’IL A EXERCÉE SUR LES MŒURS.

On devine sans peine où devait aboutir une doctrine qui, en définitive, met sur la même ligne Marat et S. Vincent de Paul. Pourquoi l’homme se gênerait-il; pourquoi ne lâcherait-il pas la bride à ses passions ? On ne peut donc s’étonner de voir, après quelques années seulement, Calvin écrire que « parmi cent évangéliques, on en trouve à peine un seul qui se soit fait évangélique, par un autre motif que pour pouvoir s’abandonner avec plus de liberté à toutes sortes de voluptés et d’incontinences. » Luther lui-même ne tarda pas à être épouvanté du fruit de son enseignement. « Peu s’en faut, dit-il, que notre Allemagne, depuis qu’elle a vu la lumière de l’Evangile, ne paraisse possédée du diable;…. la crainte de Dieu a disparu; c’est un déluge de tous les vices. » (Comment, in II Pétri, 2). « Ils prennent l’Evangile pour une doctrine gastronomique qui enseigne à s’enivrer et à crever de manger. C’est la manière actuelle de voir de tout le monde indistinctement. » « Qui d’entre nous se fût mis à prêcher, si nous avions prévu qu’il en résulterait tant de calamités et de scandales ? A présent que nous avons commencé, il faut bien que nous en subissions les conséquences. » (Œuvres de Luther, éd. de Walch, Halle, 1737-53). « J’en conviens, dit-il ailleurs…, ma doctrine a donné lieu à bien des scandales. Je ne nierai même pas que le nouvel état de choses me fait souvent trembler, surtout lorsque ma conscience me reproche d’avoir porté atteinte à l’ancien ordre de l’Eglise, qui était si tranquille, si paisible sous la papauté, et d’avoir fait naître, par mes doctrines, la discorde et le trouble. » (Œuvr. t. 2, p. 387) (6).

Ces aveux que nous pourrions multiplier, et que l’on trouvera dans l’Allemagne et la Réforme, du Dr Janssen, montrent que Dieu n’était pas avec ceux qui prétendaient réformer l’Eglise romaine. Tandis que, dès l’origine, les sectes réformées encouraient ces reproches amers et mérités, les Pères du concile de Trente, assistés de l’Esprit-Saint remédiaient efficacement, par des règlements pleins de sagesse et de circonspection, aux abus qui s’étaient introduits dans la discipline ecclésiastique (7).

(5) Est-il étonnant que beaucoup de protestants de nos jours ne puissent supporter les enseignements des fondateurs de la Réforme, et qu’ils réclament l’observation du décalogue? A leurs yeux comme aux yeux de tout homme de bon sens, les bonnes œuvres sont une condition
nécessaire du salut, parce qu’elles sont l’indice d’une foi véritable, qui, selon eux, justifie réellement.
(6) V. Lacordaire, 23e conf.
(7) V. Janssen, Luther jugé par lui-même, t. 2, p. 182.

Source : cours d’apologétique chrétienne ou exposition raisonnée des fondements de la foi ( Tomme 2) – P.W DEVIVIER S.J. 19 ème édition revue et augmentée.
CHAP LE PROTESTANTISME NE POSSÈDE POINT LES NOTES DE LA VRAIE ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST

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