Le Père W. DEVIVIER S.J. sur le protestantisme (2ème partie)

§1. Le protestantisme manque absolument d’unité, soit dans la doctrine, soit dans le ministère ou le gouvernement

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A. IL N’A PAS L’UNITÉ DE DOCTRINE

a. Les premiers fondateurs du protestantisme furent, dès l’origine, en plein désaccord entre eux en matière de croyance, et ces divergences doctrinales ne firent que s’accentuer toujours davantage. Chez leurs disciples, elles se multiplièrent au point que l’on put dire, presque à la lettre, que la diversité des croyances égalait celle des individus : quot capita, tot sensus. Luther lui-même en faisait l’aveu dès l’année 1525 : « Il y a presque autant de sectes et de croyances que de têtes, écrivait-il : celui-ci ne veut pas du baptême, celui-là rejette le sacrement de l’autel, cet autre place un monde entre le monde actuel et le jour du jugement, quelques-uns enseignent que le Christ n’est pas Dieu. Il n’est pas d’individu, si grossier soit-il, qui ne se prétende inspiré du Saint-Esprit, et qui ne donne pour prophéties ses imaginations et ses rêves » (1). Le nombre des sectes qui se sont affranchies de toute dépendance les unes envers les autres augmente chaque jour. D’après des rapports officiels, il y en avait, il y a peu d’années, dans les Etats-Unis d’Amérique, 56 principales ; en y ajoutant les sectes secondaires, on arrivait au nombre de 288 ; dans la seule ville de Londres et ses environs, on trouve plus de cent sectes diverses. Dans chaque secte, les professions de foi se succèdent comme les feuilles sur les arbres ; aussi un ministre protestant de Kiel, Harms, a dit qu’il se faisait fort d’écrire sur l’ongle de son pouce toutes les doctrines encore admises d’une manière uniforme parmi les protestants.

b. Non seulement les premiers réformateurs étaient loin de s’entendre sur les croyances religieuses, mais chacun d’eux changeait sans peine son propre enseignement, rejetant ou acceptant tour à tour les mêmes points, selon les besoins du moment. Luther alla jusqu’à menacer plus d’une fois les siens de rétracter toutes ses innovations, s’ils persistaient à lui susciter des embarras. D’après Mélanchthon, le plus modéré des apôtres de la Réforme, « les articles de foi doivent être souvent changés, et être calqués sur les temps et sur les circonstances. »

c. Ces variations dans la croyance, tant chez les fondateurs du protestantisme que chez leurs adeptes des temps postérieurs, ne peuvent étonner personne : elles sont la conséquence nécessaire de la règle même de foi du protestantisme, c’est-à-dire du principe qui détermine et fixe les croyances. En effet, les protestants rejettent le principe catholique de l’autorité de l’Eglise, divinement chargée de déterminer quelles sont les Ecritures inspirées et les Traditions authentiques, et de les interpréter d’une manière infaillible. D’après eux, c’est la Bible, seule, interprétée par raison individuelle, qui doit faire connaître à chacun ce qu’il est tenu de croire. On devine aisément les conséquences inévitables d’un principe aussi dissolvant. Les protestants sont vite arrivés à rejeter comme apocryphes plusieurs livres de l’Ancien et même du Nouveau Testament, et déjà Bossuet a pu écrire le chef-d’œuvre intitulé : L’histoire des variations protestantes (2). Bien plus, beaucoup d’entre eux n’admettent plus même la divinité de Jésus-Christ.

d. Le culte n’étant que l’expression de la foi, et la diversité des croyances entraînant nécessairement la diversité des rites et cérémonies religieuses, il devait s’introduire dans le protestantisme une grande variété de pratiques, par rapport aux sacrements, au sacrifice et aux prières. Ainsi les uns admettent tel sacrement, les autres le rejettent, et parmi ceux qui l’admettent, les uns l’entendent d’une façon, les autres d’une autre. Luther, par exemple, réduisit le nombre des sacrements de sept à deux. Encore, suivant la notion luthérienne, ne produisent-ils pas la sanctification intérieure : la justification consiste en ce que le péché est, non pas effacé, mais simplement couvert par la foi aux mérites de Jésus-Christ. Quant à l’Eucharistie, les uns affirment la présence réelle de Jésus-Christ dans la sainte Hostie, les autres n’y voient qu’une figure.

Ne pouvant se dérober à la clarté des textes sacrés qui affirment cette présence, Luther voulut cependant altérer profondément ce dogme catholique : d’après sa nouvelle doctrine, le corps et le sang de Jésus-Christ ne deviennent pas présents par la conversion des éléments du pain et du vin, par la transsubstantiation, mais ils se trouvent là avec et sous le pain et le vin. De plus, selon lui, Jésus-Christ n’est présent qu’au moment où l’on reçoit l’Eucharistie : ce sacrement, dit-il, n’a été institué que pour l’usage, et nullement pour être en même temps comme un vrai sacrifice extérieur. A ses yeux, la messe est une abominable idolâtrie. Non moins nombreuses sont les variétés relatives à la manière d’administrer les sacrements. — Enfin, les uns prient pour les morts, et les autres ne le font pas : et tandis que tous les catholiques prient les uns pour les autres, et aussi pour les hérétiques, les schismatiques, les juifs et les infidèles, on ne voit rien de semblable dans les sectes dissidentes (3).

REMARQUE. Nous reconnaissons que, en réalité, la plupart des protestants obéissent à tout ministre qui a l’art de se faire écouter, et dont l’opinion réunit un certain nombre de suffrages. Mais, outre qu’une telle autorité est purement humaine, outre qu’elle est contraire au principe fondamental du protestantisme, à l’interprétation privée de la Bible, il est impossible d’échapper ainsi à la diversité des croyances. Pourquoi donc les ministres s’accorderaient-ils mieux entre eux que les simples fidèles?

Il est encore vrai que, pour conserver une ombre d’unité, certains protestants ont eu recours à des formules de foi, à des symboles ou à des décrets synodaux. Déjà Luther, allant directement contre sa règle de foi fondamentale, avait composé un catéchisme obligatoire. Bien plus, il osa écrire ces paroles, et d’autres semblables : « Il n’y a pas d’ange dans le ciel et moins encore d’homme sur la terre, qui puisse et qui ose juger ma doctrine. Quiconque ne l’adopte pas ne peut être sauvé; quiconque croit autre chose que moi est destiné à l’enfer. » « Celui qui ne reçoit pas ma doctrine ne peut parvenir au salut. » (Sammtl Werke, t. XXVIII, p. 144.) Est-il possible de contredire plus formellement le principe du libre examen? Dans de pareilles conditions, il eût mieux valu, se sont dit avec raison bon nombre de protestants, demeurer soumis à la grande et séculaire autorité de l’Eglise romaine.

CONCLUSION. On le voit, l’absence de l’unité de foi est, chez les protestants, une plaie absolument incurable. Il y a des sectes protestantes; il n’y a pas, il ne peut pas y avoir d’Eglise protestante, puisqu’il n’y a point de foi commune, point d’unité doctrinale.

B. LE PROTESTANTISME N’A PAS L’UNITÉ DE MINISTÈRE OU DE GOUVERNEMENT.

Chaque secte, par cela seul qu’elle professe une croyance à part, est indépendante de toutes les autres ; d’ailleurs, en fait, les ministres de l’une n’ont pas le droit de s’ingérer dans le gouvernement des autres. Bien plus, dans chaque communion déterminée, les ministres sont indépendants entre eux. C’est, en effet, un des principes protestants, que chacun exerce légitimement le ministère, pourvu que dans cet exercice il ne s’écarte pas de la doctrine des articles fondamentaux. Mais, encore une fois, ces articles fondamentaux, qui donc a l’autorité requise pour les définir ? Ajoutons que, selon Luther, tous les fidèles sont prêtres (4).

 

(1) Janssen, An meine Kritiker, p. 181.
(2) Etudes, 20 Janv. 1905, L’histoire du Protestantisme, par Yves de la Briérc, p. 248.
(3)  Voyez Lacordaire, 27e conf.
(4) V. Janssen, Luther jugé par lui-même, t. 2, p. 104.

 

Source : cours d’apologétique chrétienne ou exposition raisonnée des fondements de la foi ( Tome 2) – P.W DEVIVIER S.J. 19 ème édition revue et augmentée.
CHAP LE PROTESTANTISME NE POSSÈDE POINT LES NOTES DE LA VRAIE ÉGLISE DE JÉSUS-CHRIST

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