Le rite d’initiation rosicrucien expliqué par l’Abbé Lefranc

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manuscrit R-C du XVIIIème siècle

Note : nous invitons le lecteur à parcourir cet article avec précaution, car beaucoup de paroles vicieuses et blasphématrices émises par les sectaires sont reportées ici. Cette mise à jour par le Bienheureux abbé Lefranc est nécessaire pour comprendre les motivations intrinsèques des sectes illuministes.

…Tout ce que Naudé rapporte de leur institution magique, de leur antre ténébreux, et de leur miroir de Salomon ; rend vraisemblable ce que l’auteur des illuminés dit de la cérémonie de réception dans cet ordre.  Parce que pour exalter l’imagination du candidat, et le persuader qu’il tient à cette fédération par des liens invisibles, qu’il ne peut rompre sans s‘exposer à quelque évènement désastreux, il était nécessaire de rendre la cérémonie de son initiation la plus effrayante et la plus mystérieuse qu’il serait possible d’imaginer. Quoique nous l’ayons donnée à peu de chose près, dans le voile levé (ndlr : autre ouvrage de l’abbé Lefranc) cependant nous la répétons ici, parce que c’est sa vraie place.
Lors donc qu’un candidat, nourri d’illusions et de chimères, est jugé digne d’entrer dans l’ordre ; c’est à dire de consacrer par serment, les funestes qualités qu’on a reconnues en lui ; on le prépare à l’initiation qui doit se faire dans un antre souterrain qui rappelle la grotte du premier fondateur de l’ordre, ou le tombeau de Socin, ou l’antre de Mithra dont les illuminés imitaient les cérémonies.

« On le conduit dans un sentier ténébreux dans une salle d’une étendue proportionnée au nombre des frères qui doivent s’y réunir. La voute, le parquet, les murs sont couverts d’un drap noir parsemé de flammes rouges et de couleuvres menaçantes » à l’imitation de l’antre de Mithra qui renfermait les simulacres effrayants ; les noms et les symboles des astres et des constellations.
(…)
« Trois lampes sépulcrales jettent de temps en temps une mourante lueur, et laissent à peine distinguer dans cette lugubre enceinte, les décris des morts soutenus par des crêpes funèbres ; un monceau de squelettes forme dans le milieu une espèce d’autel : à côté s’élèvent des livres ; les uns renferment des menaces contre les parjures : ces hommes qui violent les lois divines et humaines veulent qu’on observe les engagements qu’on contracte avec eux. Les autres, l’histoire funeste des vengeances de l’esprit invisible, et des invocations infernales, qu’on prononce longtemps en vain. »

On avait coutume, dit Nonnus, de faire passer par différents degrés de tourments ceux qui voulaient être initiés aux mystères de Mithra. On commençait par des jeunes rigoureux, on continuait les jours suivants par des épreuves longues et difficiles. Quand le candidat avait essuyé 80 expériences, on lui développait les mystères de l religion du soleil. Cette chaîne de tourments indiquait qu’on y était soumis, que parce que Mithra était éclipsé pour les candidats. La fin de l’éclipse était celle des épreuves ; on était admis à voir la lumière.

« Huit heures s’écoulent, alors des fantômes trainant des voiles mortuaires, traversent lentement la salle et s’abîment dans des souterrains, sans qu’on entende le bruit des trappes, ou celui de leur chute ; on ne s’en aperçoit que par l’odeur fétide qui s’en exhale.
Ainsi l’initié demeure vingt-quatre heures dans ce ténébreux asile, au milieu d’un silence glaçant : un jeûne sévère a déjà affaibli sa pensée : des liqueurs préparées ont commencé par fatiguer ses sens, en finissant par les exténuer. A ses pieds sont placées trois coupes d’une boisson verdâtre : le besoin les approche de ses lèvres, et l’horreur involontaire les en repousse aussitôt.
Enfin paraissent deux hommes qu’on prend pour des ministres de la mort : ils ceignent le front pâle du récipiendaire, avec un ruban aurore teint de sang, et chargé de caractères argentés, emmêlés de la figure de Notre Dame de Lorette (1). Il reçoit un crucifix de cuivre de la longueur de deux pouces, on suspend à son col des espèces d’amulettes revêtues d’un drap violet. (On observe toujours dans ces genres de cérémonies de mêler des symboles religieux avec ceux que le fanatisme ou la superstition a inventé). Il est dépouillé de ses habits, que deux frères servants déposent sur un bûché élevé à une des extrémités de l’antre ténébreux. On trace sur son corps nu, des croix avec du sang (qui doivent produire un grand effet magique). Un esprit vêtu de blanc (c’est sans doute un des frères qui savent à propos de se rendre invisible) vient lui lier les parties naturelles avec un cordon rose et ponceau (pour qui communiquer les vertus des vierges, tels qu’on suppose, qu’ont été les premiers fondateurs de l’ordre.)
Dans cet état de souffrance et d’humiliation, il voit s’approcher de lui à grand pas, cinq fantômes armés d’un glaive, couverts de draps dégoutants de sang. Leur visage est voilé, ils étendent un tapis sur le plancher, s’y agenouillent, prient Dieu, et y demeurent les mains étendues en croix sur la poitrine, et puis prosternés la face contre terre dans un profond silence. Une heure se passe dans pénible attitude. Après cette fatigante épreuve, des accents plaintifs se font entendre, le bûcher s’allume, mais ne jette qu’une lueur pâle, les vêtements sont consumés (ou paraissent l’être) : une figure colossale et presque transparente sort du milieu du bucher (qui n’a été sans doute qu’une cérémonie de jongleur). Les cinq hommes prosternés entrent dans des convulsions insupportables à voir : images trop fidèles de ces luttes écumantes, ou mortel aux prises avec le mal subit, finit par être terrassé. Alors une vois tremblante perce la voûte, et articule la formule des exécrables serments qu’il faut prononcer. Ma plume hésite, et je me crois presque coupable de les retracer. »

On y voit le développement du dévouement au service de Mithra, en se consacrant à son culte, les candidats protestaient hautement qu’ils renonçaient à toute autre gloire qu’à celle de ce Dieu. Pour cet effet ayant à opter entre une couronne et un glaive, ils rejetaient la couronne et présentaient leur tête au  glaive.
Cum initiatur in speloeo in castris vere tenebrarium coronam interposito gladio sibi oblatam quasi mimum martyrii, de hinc capiti suo accomodam, monetur obvia manu a capite de pellere, et in humerum si forte transferre, dicens Mithram esse coronam suam. Tert. De corona cap. Ult.

« Au nom du fils crucifié, jurez de briser les liens charnels qui vous attachent encore à père, mère, frères, sœurs, époux, parents, amis, maîtresses, rois, chefs, bienfaiteurs, et tout être quelconque à qui vous aurez promis foi, obéissance, gratitude ou service.
Nommez le lieu qui vous vît naître, pour exister dans une autre sphère, et vous n’arriverez qu’après avoir abjuré ce globe empesté, vil rebut des cieux. De ce moment vous êtes affranchis du prétendu serment fait à al patrie et aux lois : jurez de révéler au nouveau chef que vous reconnaissez, ce que vous avez vu ou fait, appris, ou entendu, ou deviné ; et même de rechercher, épier, ce qui ne s’offrait pas à vos yeux.
Honorez et respectez l’aqua toffana (2), comme un moyen sûr, prompt et nécessaire de purger le globe par la mort, ou par l’hébétation d ceux qui cherchent à avilir la vérité ou à l’arracher de nos mains.
Fuyez l’Espagne, fuyez Naples, fuyez toute terre maudite : fuyez enfin la tentation de révéler ce que vous entendrez ; car le tonnerre n’est pas plus prompt que le couteau qui vous atteindra en quelque lieu que vous soyez.
Vivez au nom du Père, du Fils, et du Saint Esprit.

Si le patient se soumet à prononcer les mêmes paroles, on place devant lui un candélabre garni de 7 cierges noirs : à ses pieds est un vase plein de sang humain dans lequel on lave son corps, et dont on lui fait boire plein un verre, avant de prononcer ces paroles fatales.
Après cette cérémonie diabolique, on lui ôte les rubans magiques qui enveloppaient les parties les plus secrètes  de son corps : une sueur froide découle de ses joues livides : ses jambes défaillantes peuvent à peine le soutenir : alors les frères se prosternent, et le candidat tremblant, déchiré de remords, attend sa destinée en frémissant d’effroi.
Dès que la cérémonie est finie, on le jette dans un bain, au sortir duquel on lui sert un repas composé de racines. »

L’auteur, d’après lequel nous venons de transcrire cette horrible cérémonie, en atteste la vérité sur le témoignage de personnes qui ont renoncé à cette secte abominable d’illuminés, après avoir eu la faiblesse de s’y enrôler.

Source : Conjuration contre la religion catholique, et les souverains. Abbé Lefranc, 1792. P232 à 241.

1 ndlr : les attaques contre Sainte Marie sont l’un des points de pivot des sectes sataniques avant s’attaquer au Christ lui-même, notamment par les horreurs commises avec des hosties consacrées.

2 Poison célèbre en Italie au XVIIe siècle, sans doute une solution d’acide arsénieux.

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