Qu’est-ce que le martyre ?

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Le martyre est un acte de vertu : car il consiste en ce que l’homme demeure fidèle au bien de la raison : par lui, en effet, l’homme se maintient inébranlable dans la vérité et la justice, malgré les assauts les plus terribles de la persécution (XIII, 41 ; II-II, 124, 1).

Le martyre est un acte de force. C’est qu’en effet, le propre de la force est de « confirmer l’homme dans le bien de la vertu contre les périls, surtout contre les périls de la mort, et plus encore contre les périls de la morts qui est dans la guerre. Or, il est manifeste que dans le martyre l’homme est affermi dans le bien de la vertu, alors qu’il n’abandonne point la foi et la justice, malgré les périls imminents de la mort, qui proviennent même de la ‘action des persécuteurs dans une sorte de combat particulier » (XII, 41 ; II-II, 124, 2).

Bien que supporter la mort, serait-ce d’ailleurs au milieu des plus cruels tourments et de la façon la plus héroïque, ne soit pas de soi, le plus grand acte de vertu : cependant supporter ainsi la mort pour Dieu, aimé de l’amour de charité, est de tous les actes de vertu le plus grand ; parce que c’est là le signe du plus grand amour de Dieu, en quoi consiste toute perfection : on méprise, en effet, pour Lui, la chose que tout être humain aime le plus en cette vie, et on le fait en acceptant généreusement ce qui inspire à l’homme le plus d’horreur (XIII, 47, 48 ; II-II ; 124,3).

Le martyre, au sens propre, ne se dit jamais qu’en fonction d’une mort violente couronnant ou devant naturellement couronner la résistance à l’action impie du persécuteur qui s’attaque ouvertement aux choses de la foi chrétienne (XIII, 52 ; II-II, 124, 4).

« Les martyrs sont ainsi appelés à titre de témoins : en, ce sens qu’en souffrant dans leur corps jusqu’à la mort, ils rendent témoignage à la vérité, mais à la vérité qui est selon la piété (à Tite, Ch. 1, v. 1), laquelle nous a été manifestée par le Christ ; et de là vient que l’on dit les martyrs du Christ, comme étant ses témoins. Or, cette vérité est la vérité de la foi, qui est la cause tout martyre », au sens pur et simple et selon qu’on parle de martyre dans l’Eglise de Dieu. – « Mais, ajoute Saint Thomas, à la vérité de la foi n’appartient pas seulement la croyance intérieure du cœur ; la protestation extérieure en fait aussi partie. Laquelle protestation extérieure consiste non seulement dans les paroles par lesquelles on confesse la foi, mais aussi dans les faits ou des les actes qui montrent que l’homme a la foi ; selon cette parole de Saint Jacques, ch II (v. 18) : Ils confessent en paroles qu’ils connaissent Dieu ; et ils le nient par leurs actes. Il suit de là que les œuvres de toutes les vertus, selon  qu’elles se réfèrent à Dieu, sont de certaines protestation de la foi, qui nous fait connaitre, en effet, que Dieu demande de nous ces œuvres, et qu’il nous en récompense. Et à ce titre, elles peuvent être la cause du martyre. De là vient, remarque Saint Thomas, qu’on célèbre dans l’Eglise le martyre de Saint Jean Baptiste, qui subit la mort, non pas pour la négation de la foi, mais pour avoir repris l’adultère » (XIII, 53, 54 ; II-II, 124,5).

On pourrait donc, au terme de cette lumineuse question, définir ainsi le martyre : un acte de la vertu de force qui fait que même sous le coup de la mort on ne se désiste point des choses qui sont le propre du chrétien, alors qu’on souffre la persécution de quelque ennemi de ces choses-là (XIII, 55 ; II-II, 124, 1-5).

Le martyre était l’acte principal de la force ; et la force, nous l’avons vu, a pour objet propre de réprimer les mouvements de crainte ou de modérer les mouvements d’audace qui surgissent dans l’homme en présence du péril, plus spécialement du péril de mort dans une guerre juste, afin que l’homme, malgré l’action de ces périls sur lui, ne déserte jamais le bien de la raison. Il suit de là que l’homme pourra pécher contre le vertu d’une double manière : ou en étant pas ce qu’il doit être du côté de la crainte ; ou en n’étant pas ce qu’il doit être du  côté de l‘audace. Du côté de la crainte, il pourra pécher soit par excès, ayant trop de crainte ; soit par défaut, s’il n’en a pas assez. C’est pourquoi devant, « devant maintenant traiter les vices opposés à la force, nous traiterons premièrement de la crainte (q 125) ; secondement, du manque de crainte (q 126) ; troisièmement, de l’audace (q 127) » – (XIII, 55, 56 ; II-II, 125, prolog).

Source : Dictionnaire de la somme théologique de Saint Thomas d’Aquin par le R.P Thomas Pègues O.P – ESR (chap sur la définition de la vertu de force).

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