Vie de Mahomet

  1. Enfance de Mahomet

Si jamais il y eut à un empire des origines humbles, ridicules même jusqu’au grotesque, ce phénomène se produisit pour le mahométisme, au point que si son fondateur pouvait revenir à la vie, et contempler l’immensité des conquêtes accomplies en son nom, il ne reconnaîtrait rien à l’œuvre dont il porte cependant la responsabilité devant l’histoire. Mohammed, c’est-à-dire le glorifié, nom d’assez bon augure mais vulgaire chez les Ismaélites, naquit vers l’an 570 à la Mecque ou Becca, sur la mer Rouge, centre religieux et politique déjà important à cette époque, et célèbre dans les traditions orientales par la Kaaba, temple idolâtrique où l’on conservait une pierre noire, tombée du ciel avec Adam, disaient les arabes, et rapportée à Abraham par l’ange Gabriel, au moment où le patriarche bâtissait en ce lieu un temple à Jéhovah (1).

L’enfant, destiné dans l’avenir à tant de célébrité, vit le jour sous la tente d’un chamelier. Abdallah son père était mort depuis deux mois, quand Amina, la mère du prophète, pauvre veuve alors fort inconnue et fort délaissée, mit au monde ce fruit posthume d’une trop courte union. Il lui fallut l’abandonner aux soins d’une femme de la campagne, Halima, qui emmena le nourrisson, et le garda dans sa demeure, à Saëd, jusqu’à l’âge de sept ans. La piété rétrospective des disciples de l’Islam a voulu entourer cette naissance de prodiges d’autant plus éclatants que les faits étaient en eux-mêmes plus obscurs. Tout bon musulman croit donc qu’à la naissance de Mahomet le palais royal de Ctésiphon croula sur sa base, et eut quatorze de ses tours renversées. Amina déclara à son beau-père, Abdal-Motalleb, qu’une lumière céleste avait éclaté sur l’enfant, et que les anges étaient venus l’adorer à son berceau. La nourrice Halima, montée sur un âne et portant le nourrisson dans ses bras, avait rencontré, en retournant à Saëd, quarante moines chrétiens. L’abbé, en désignant l’enfant, leur dit : Voilà celui dont l’avènement nous était annoncé, et nous sera si fatal. — Les moines tirèrent leurs épées du fourreau ; ils allaient tuer le futur prophète, mais le feu du ciel tomba sur eux et les dévora. Ces récits accrédités chez les musulmans n’ont d’autre intérêt pour nous que leur analogie plus ou moins ingénieusement calculée avec les faits évangéliques de Bethléem, l’apparition des anges aux bergers, la persécution d’Hérode et la fuite en Égypte. D’autres prodiges, attribués à l’enfance de Mahomet, semblent avoir été empruntés aux apocryphes du Nouveau Testament. Ainsi la terre se couvrait de fleurs sous les pas du fils d’Amina; les arbres stériles produisaient spontanément des fruits en sa présence.

Toute cette légende rétrospective, calquée en faveur de Mahomet sur le type des récits d’origine chrétienne, avait pour but de séduire ceux des arabes qui, en grand nombre à cette époque, professaient la foi de Jésus-Christ. Une particularité notée par tous les historiens musulmans est digne d’attention. Mahomet, dès ses premières années, fut sujet à des attaques d’épilepsie. L’âge ne le guérit point. Une pareille infirmité, dans tout autre milieu social, aurait été un obstacle ; mais chez les Arabes, elle fut un puissant moyen de propagande. Pour ce peuple superstitieux, l’épilepsie est une des formes consacrées de communication avec le monde surnaturel. Vers l’âge de sept ans, Mahomet gardait sur la montagne les brebis de sa nourrice. Atteint d’un accès de son mal, il se roulait avec d’atroces convulsions. Les petits pâtres, ses compagnons d’âge, accoururent à ses cris; Halima vint elle-même avec quelques femmes de Saëd. Quand l’accès fut passé, l’enfant raconta que deux hommes vêtus de blanc, d’une immense stature et le visage rayonnant de gloire, deux anges, après avoir fendu sa poitrine de leur épée étincelante, venaient de lui arracher le cœur pour le laver et le purifier, puis, le remettant en place, l’avaient scellé d’un sceau mystérieux. Plus tard un chapitre du Koran le XCIVe, consacra ce fait et l’éleva à la hauteur d’un dogme proposé à la croyance de tout musulman.

  1. Adolescence de Mahomet

L’enfance de Mahomet s’écoula dans les fonctions de la vie pastorale, à Saëd. Quand sa nourrice le ramena à la Mecque pour le rendre à sa famille, Àmina, mère du prophète, venait de mourir. Abdal-Motalleb, grand-père paternel de l’orphelin, le recueillit dans sa demeure. Une inflammation des yeux, qui survint à l’enfant, obligea son grand-père à le conduire chez un moine chrétien, lequel déclara le mal sans gravité, assurant qu’il disparaîtrait bientôt de lui-même sans laisser de traces. La légende musulmane a transformé cet incident en une manifestation surnaturelle. Au moment où le moine médecin levait le voile qui recouvrait les yeux du jeune malade, toute la cellule fut ébranlée comme par un tremblement de terre, et le religieux se tournant vers Abdal-Motalleb lui prédit les glorieuses destinées de son petit-fils. Le vieux grand-père mourut quelque temps après, laissant à son fils aîné, Abu-Taleb, la charge de l’orphelin. Le jeune Mahomet, pour sa part d’héritage, avait eu cinq chameaux et une esclave éthiopienne. L’esclave fut probablement vendue, ou échangée, contre des parfums ou des soieries qu’Abu-Taleb, en compagnie de son neveu, exporta sur les marchés de Bassorah et de Damas.

Jusqu’à vingt-cinq ans, Mahomet suivit de la sorte les caravanes marchandes qui trafiquaient avec la Syrie. Durant ses voyages, il s’habitua à la fatigue des campements et des marches. Sa taille, sans s’élever au-dessus de la moyenne, était bien prise et annonçait un tempérament robuste ; ses yeux noirs lançaient parfois des éclairs. Il eut plusieurs occasions de se défendre, les armes à la main, contre les incursions des nomades du désert, et il déploya en ces circonstances autant de courage que de sang-froid. Ses compagnons de route estimaient sa bravoure, mais dans l’habitude de la vie il se montrait peu communicatif, affectant même de s’isoler du commerce des hommes. Les musulmans attribuent ce goût prononcé pour la solitude à la fréquentation des esprits célestes, qui se manifestaient dès lors au futur prophète. La vérité est que, pour dissimuler à tous les regards la triste maladie dont il était victime, le jeune marchand fuyait les regards et dressait sa tente le plus loin possible de celles des autres voyageurs.

  1. Mariage de Mahomet avec Khadidja, la pierre noire au temple de la Mecque

A l’âge de vingt-cinq ans (593), il se chargea d’un voyage commercial en Syrie pour le compte d’une riche veuve, nommée Khadidja. Le résultat fut heureux : le jeune chamelier réussit à séduire un esclave qui faisait partie de la caravane et qui, au retour, raconta à sa maîtresse qu’il avait vu un jour, pendant la route au désert, deux anges étendre leurs ailes au-dessus de Mahomet pour le protéger contre les ardeurs du soleil. Khadidja offrit sa main et sa fortune au futur prophète. Mahomet accepta avec empressement l’une et l’autre. En changeant de situation sociale, il commença à devenir influent. Une association venait de se former parmi les hommes de sa tribu, les Koreischites, pour la protection des étrangers et des Mecquois pauvres et opprimés. Mahomet en fit partie : il y acquit bientôt un rang élevé. Cette confédération paraît lui avoir donné le premier germe des idées ambitieuses qu’il réalisa plus tard. Sa probité lui valut le surnom d’el Emin (le loyal, le fidèle), qui devint dans la suite un titre d’honneur adopté dans la hiérarchie musulmane.

Une circonstance fortuite se présenta, lorsqu’il était âgé de trente-cinq ans, et le désigna plus particulièrement à l’attention de ses compatriotes. En 605, les Koreischites durent rebâtir le temple de la Kaaba détruit en partie quelques années auparavant par un incendie. Lorsque les travaux de construction furent avancés jusqu’à la hauteur où devait être placée la pierre noire, les quatre branches principales de la tribu se disputèrent l’honneur de porter cette relique vénérée. La discussion s’envenima, les prétendants plongèrent leurs mains dans un vase rempli de sang, et jurèrent de mourir plutôt que de céder. Une bataille était imminente. Les vieillards intervinrent ; ils proposèrent de prendre pour arbitre la première personne qui entrerait dans l’enceinte sacrée. Soit hasard, soit connivence, pendant que tous les regards étaient fixés sur la porte du temple, Mahomet parut. C’est el Emin ! crièrent toutes les voix. Il saura juger le différend. — Mahomet étendit à terre un tapis de soie, sur lequel fut posée la relique; il fît tenir chacun des coins du tapis par le plus illustre personnage de chacune des quatre tribus. Le manteau fut soulevé avec son précieux fardeau jusqu’à la hauteur indiquée, puis Mahomet, prenant lui-même la pierre noire dans ses mains, la plaça seul dans son encadrement. Cette espèce de jugement de Salomon fit plus pour la fortune du futur prophète que vingt chapitres du Koran. A partir de ce jour, il eut des rêves de grandeur. Soigneux de se ménager des appuis dans tous les camps, il conférait tantôt avec le moine Bahira qui lui expliquait l’Évangile, tantôt avec les rabbins juifs, tantôt avec un arabe versé dans les Écritures, Waraka, fils de Nowfal, cousin de Khadidja. Ce qui le frappait surtout dans l’Ancien Testament, c’étaient les prophéties relatives au règne temporel du Messie. Il les entendait toutes, suivant le sens grossier des Juifs, d’une domination par le sabre. Il comptait jusqu’à cent versets des livres hébreux qui lui paraissaient inapplicables dans leur intégralité à l’avènement de Jésus-Christ, et ne devaient avoir leur application complète que par un nouvel envoyé de Dieu (2). Dans le Nouveau Testament, la prophétie relative à l’avènement du Saint-Esprit, dont Manès avait déjà prétendu s’attribuer le bénéfice, parut à Mahomet décisive en sa faveur, grâce à une version arabe qui traduisait le terme grec du Paraclet par le mot Ahmed. Ahmed et Mohammed n’étaient-ce pas même chose? En conséquence, Mahomet se crut nommément désigné par Jésus-Christ lui-même, et il attendit l’heure où Dieu lui parlerait du sein de la montagne, comme autrefois à Moïse (3).

Imposture ou hallucination démoniaque, l’une et l’autre peut-être, mais en tout cas apparence de conviction profonde en une destinée providentielle, telle fut dès lors l’attitude de Mahomet. Il avait coutume de passer dans la retraite le mois de ramadhan (décembre et janvier) sur la montagne de Hira, voisine de la Mecque. Or, l’année 611, la quarantième de son âge, durant l’une des nuits du ramadhan, comme il s’était endormi dans une grotte de la montagne, il eut un songe qu’il raconta le lendemain à Khadidja en ces termes : « Je dormais profondément, lorsqu’un ange m’apparut, tenant à la main une pièce d’étoffe de soie, couverte de caractères d’écriture. Il me la présenta en disant : Lis. — Que lirai-je? — Mais au lieu de me répondre, il m’enveloppa de cette étoffe et répéta son ordre : Lis. — Je répétai ma demande : Que lirai-je? Et il reprit : Lis, au nom du Dieu qui a créé toutes choses, qui a formé l’homme de sang coagulé. Lis par le nom de ton Seigneur, qui est miséricordieux. C’est lui qui a enseigné l’Écriture. Il a éclairé l’ignorance de l’homme. — Je prononçai chacune de ces paroles, à mesure qu’elles sortaient de la bouche de l’ange, et celui-ci disparut. Je m’éveillai en ce moment, et je sortis de la grotte pour descendre le versant de la montagne. Une voix se fit entendre au-dessus de ma tête; elle disait : Mohammed, tu es l’envoyé de Dieu, et moi je suis l’ange Gabriel. — Je levai les yeux et j’aperçus l’ange ; je demeurai immobile, les yeux fixés sur lui, jusqu’à ce qu’il disparût !. » Khadidja, émue de ce récit, ne savait si elle devait y attacher une grande importance. Elles’en ouvrit au docteur arabe Waraka son parent. La légende musulmane fait de ce Waraka un nouveau Siméon, qui reçut avec enthousiasme la bonne nouvelle de l’Islam. Il touchait à ses derniers jours, ses yeux s’étaient fermés à la lumière, mais son esprit restait ouvert aux choses de Dieu. Mahomet, s’écria-t-il, sera le prophète des Arabes ; cependant il aura beaucoup à souffrir de ses compatriotes. — Quelques jours après cette prédiction, il mourut, laissant Khadidja parfaitement convaincue de la vocation surnaturelle de son époux.

Mahomet retourna à la Mecque, fit sept fois le tour de la Kaaba, et accomplit tous les rites du pèlerinage. Mais l’ange Gabriel cessa de lui apparaître, et le désespoir s’empara de son âme. Tourmenté par des idées de suicide, il revint seul à la montagne, gravissant les plus hauts sommets, dans l’intention de se précipiter la tête la première sur les rochers. Cependant, à chaque tentative de ce genre, il se sentait retenu par une force invisible. Enfin il eut le bonheur de revoir l’ange, qui le salua en disant : Mohammed, tu es vraiment l’envoyé de Dieu. — Les apparitions de ce genre se multiplièrent, et quand le malheureux épileptique, désormais rassuré sur sa destinée, prit le parti de rentrer définitivement à la Mecque, les arbres s’inclinaient à son passage et les pierres du chemin, prenant une voix, disaient : Paix sur toi, envoyé d’Allah. — Khadidja le reçut avec des transports d’allégresse. Le jeune Ali, fils d’Abu-Taleb, cousin-germain du nouveau prophète; un esclave favori, Zaïd, furent avec Khadidja ses trois premiers prosélytes. Chaque matin ils recevaient communication des surates (chapitres) du Koran, le livre par excellence, la parole révélée, que l’ange Gabriel et Dieu lui-même dictaient durant la nuit au visionnaire. « Nous avons fait descendre le Koran dans la nuit d’Alkadr, disait l’une de ces pages. Lui te fera connaître ce que c’est que la nuit d’Alkadr. La nuit d’Alkadr vaut plus que mille mois. Dans cette nuit, les anges et l’esprit descendent dans le monde avec la permission de Dieu pour régler toutes choses. La paix accompagne cette nuit jusqu’au lever de l’aurore (4). » Un tel langage, par son étrangeté même, frappait la curiosité ardente des adeptes, et souriait à leur imagination habituée à l’emphase orientale. Successivement, mais sans suivre aucun ordre logique ni aucune méthode d’enseignement, les surates apprirent à leurs lecteurs que Dieu créateur de tous les hommes, avait distribué les hommes en nations, les nations en tribus, les tribus en familles et qu’il avait choisi son prophète parmi la meilleure des nations, la nation arabe, la meilleure des tribus celle des Koreischites, la meilleure des familles celle d’Abdallah, fils de Motalleb, père du prophète. Mahomet est lui-même le meilleur des hommes ; il frappera le premier à la porte du paradis, son tombeau sera le premier ouvert au jour du jugement, et il ressuscitera le premier pour la gloire. « Il raconte son voyage nocturne à travers les espaces, sur sa jument aîlée, Elborak (l’étincelante) ; il l’a attachée dans la ville de Jérusalem, à l’endroit même où les prophètes avaient coutume d’attacher leurs coursiers. Dans le temple de Salomon, il s’est entretenu avec Abraham, Moïse, Jésus-Christ, et a fait sa prière avec eux. Il est monté au ciel par une échelle lumineuse; il a passé entre les étoiles, ces globes immenses suspendus dans l’éther par des chaînes d’or; il a traversé les sept cieux de diamants, d’émeraudes, de saphirs, de topazes, d’airain, d’or et d’hyacinthe ; il a vu des légions d’anges, des troupes de patriarches et de prophètes lui rendant hommage, comme à l’apôtre de Dieu. L’Éternel l’a touché de sa main puissante et a imprimé sur son front le sceau des prophètes. Il a lu en caractères éblouissants ces mots gravés sur le trône de la divine Majesté : « Il n’y a pas d’autre Dieu que Dieu et Mahomet est son prophète (5) » Il dit qu’il a été envoyé pour rétablir le culte antique et pour lui rendre sa pureté ; qu’Abraham et Ismaël, pères des Arabes, n’étaient ni juifs ni chrétiens, mais vrais croyants; qu’ils n’adoraient qu’un seul Dieu; qu’ils ne commirent jamais l’impiété sacrilège de lui associer d’autres divinités. Il déclare une guerre d’extermination à l’idolâtrie. Le glaive tiré pour la cause de Mahomet est la clef du ciel ; une nuit passée sous les armes compte plus que deux mois de prières. Celui qui succombe dans une bataille est absous; les cieux lui sont ouverts. Ses blessures sont éclatantes comme le vermillon, parfumées comme l’ambre (6). Il grave en caractères de feu le principe du fatalisme dans l’âme des Arabes. « Qui peut donc arrêter la mort? Dit Mahomet. Ses pas sont plus rapides que le pas des gazelles. La mort n’est qu’un pont jeté entre le temps et l’éternité. L’éternité ! elle sera douce, heureuse. » Des fleuves de lait, de miel, de vins exquis, roulent leurs flots parfumés dans le paradis que le prophète promet aux pauvres et sauvages enfants des brûlants déserts de l’Arabie. Il ravit, exalte leur convoitise, en peignant avec les plus vives couleurs les jouissances sensuelles réservées aux vrais croyants. Des eaux jaillissantes, des arbres, des fruits délicieux, des lits d’or ornés de pierreries, des voluptés éternelles, seront la récompense de ceux qui n’adoreront qu’un seul Dieu et ne reconnaîtront qu’un seul prophète, Mahomet (7). La parole entraînante de cet homme extraordinaire, sa figure noble et imposante, l’irrésistible séduction de son sourire, sa vaste intelligence, son intrépidité dans les combats, devaient enchanter les imaginations, dans ces déserts où la tente arabe a été de tout temps la demeure chérie de la poésie et des passions guerrières. » (Abbé Darras, Histoire générale de l’Eglise, Tom. xv, pp. 376-386)

(1) Sale, Observ. hist. et crit. sur le Mahométisme. Les Livres Sacrés, tom. II, p. 510, édit. Migne. La fameuse pierre noire de la Mecque n’est sans doute qu’un de ces nombreux aérolithes, auxquels la superstition des peuples idolâtres rendait des honneurs divins. Jamais Abraham ne mit le pied à la Mecque.

(2) Dans l’impossibilité de citer tous ces passages, nous nous bornerons à recueillir les plus saillants. Dominus de Sinaï venit et de Seir ortus est nobis, apparuit de monte Pharan. (Deuter., xxxiii, 2.) Deus ab Austro veniet et sanctus de monte Pharan. (Habac., iii, 3.) Les musulmans prétendaient, par une erreur géographique assez curieuse, que le mont Pharan, dans le désert du même nom en Judée, signifiait l’une des collines de la Mecque. Manus ejus erit super omnes et manus omnium erit cum eo. (Gènes., xvi, 12.) Mahomet seul, disent les musulmans, a réalisé cette prophétie relative à Ismaël. Prophetum de gente tua et de fratribus tuis sicut me, suscitabit tibi Dominus Deus tuus : ipsum audies. (Deuteron., xviii, 15.) Le prophète ainsi annoncé, disent les musulmans, doit être pris au sein de la race d’Abraham, et du milieu des frères du peuple juif : or les Ismaélites sont de la race d’Abraham, les frères des Juifs ; c’est donc du milieu d’eux que devait sortir le prophète annoncé par Moïse. Nous avons dit que le nom de Mohammed signifie glorifié (laudabilis). Partout où se trouve dans l’Écriture ce mot laudabilis, ou tout autre équivalent, les ulémas l’entendent de Mahomet; il en est de même de l’expression Civitas Dei qu’ils appliquent invariablement à la Mecque, sans se soucier d’ailleurs d’une objection fort sérieuse, savoir que le texte hébreu ne porte pas une seule fois ni le nom de Mohammed ni celui de Becca (la Mecque). Laudabilis se dit en hébreu Mehullal, et la cité de Dieu se nomme toujours dans l’Écriture, soit Jérusalem, soit Sion. (Voir la réfutation de toutes ces rêveries musulmanes, Maracci, tom. I, Prodrom., 1ère part)

(3) Les docteurs de l’Islam font encore aujourd’hui de cette bizarre interprétation du mot évangélique Paraclet, la base de leur apologétique. (Cf. Koran, cap. lxi, v. 6.) Ils y joignent de nombreux textes du Nouveau Testament. Venit princeps mundi hujus, et in me non habet quidquam. (Joan., xiv, 30.) Le prince du monde dont parlait Jésus-Christ, disent-ils, était évidemment Mahomet. Venit hora,et nunc est, quando veri adoratores adoralunt Patrem in spiritu et veritate. (Joan., iv, 23.) Les adorateurs du Père en esprit et en vérité sont les musulmans. Omnis spiritus qui confitetur Jesum Christum in carne venisse ex Deo est. (1 Joan., iv, 2.) On sait que l’apôtre saint Jean combattait par cette parole l’erreur des docètes, qui donnaient au Sauveur un corps fantastique. Les musulmans ne l’entendent pas de cette façon. Ils disent : Nous reconnaissons que Jésus-Christ est venu dans ce monde, nous le saluons comme un prophète, donc nous sommes des enfants de Dieu.

(4) Koran, cap. xcvn integr. L’expression arabe Alkadr signifie les décrets immuables. Les musulmans croient que la fameuse nuit décorée par Mahomet de ce nom emphatique est celle du 24 du mois de ramadan, illustre à jamais par la première révélation du livre merveilleux.

(5) Le récit du prétendu voyage de Mahomet, accepté par tous les musulmans comme authentique, est très-laconiquement rappelé dans le Koran, au chap. xvii, intitulé : Le voyage nocturne, Mais le livre de la Sonna, qui est au Koran ce que le Thalmud juif est au Pentateuque, développe compendieusement cette fable. (Cf. Maracc, Prodr. refut, Alcor., pars II, p. 17 et suiv.)

(6) Koran, cap. ii, iv, vin, ix, xlvii xlviii, xlix.

(7) Koran, cap. lv, lxxvi, lxxviii, lxxxviii, etc.

Publicités