La théologie du Coran

Malgré ses qualités littéraires, fort prisées par les Arabes, le Koran n’est qu’un amas confus de récits, de visions, de sermons, de préceptes, de conseils, où la vérité se heurte à l’imposture, le sublime à l’absurde, et où la plupart des maximes sont combattues par des maximes contradictoires (1). Les paroles de sagesse, de piété, de morale, qui s’y rencontrent, sont empruntées aux Livres saints, et le plagiat est visible. Au point de vue dogmatique, Mahomet rejette la Trinité des chrétiens, qu’il croyait incompatible avec l’unité divine. Il reconnaît l’existence d’un Dieu unique, sans distinction de personnes, ayant pour ministres les anges et les prophètes.

D’après ce principe, il ne pouvait y avoir ni incarnation, ni rédemption. Jésus-Christ n’était pas la seconde personne de la sainte Trinité, le Fils de Dieu fait homme : il n’était qu’un prophète, comme Abraham, Moïse et Mahomet lui-même. Un fidèle musulman doit croire à l’immortalité de l’âme, à la résurrection des corps, au jugement dernier, au supplice des méchants et au bonheur des justes. A côté de ces grandes vérités qui supposent, de la part de Dieu, la justice rémunératrice, et de la part de l’homme la liberté d’action qui seule peut rendre capable de mérite ou de démérite, et, par conséquent, digne des récompenses ou des châtiments, le Koran, sans chercher à échapper à une contradiction
flagrante, inscrivait comme dogme fondamental de la foi musulmane, le principe de la fatalité. Mahomet en avait besoin pour stimuler le fanatisme de ses partisans et en faire l’auxiliaire de l’esprit de conquête. Les fils du prophète apprirent à mourir stoïquement sur les champs de bataille, en répétant la parole de leur maître : « C’était écrit ! » Les préceptes religieux dont le Koran prescrit l’observation comme indispensables au salut sont la circoncision, empruntée à la loi judaïque; la prière, que chaque croyant doit faire cinq fois par jour, indépendamment de la prière publique du vendredi ; le muezzin (prêtre) invite les fidèles à la prière, du haut du minaret, en s’écriant : « Il n’y a point d’autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète (2) » l’aumône, dont le Koran fixe la mesure la plus étroite au dixième du revenu ; les ablutions, qui sont une préparation à la prière; le jeûne du rhamadan, en mémoire de la retraite de Mahomet sur le mont Hira ; les sacrifices d’animaux dans quelques occasions solennelles; enfin l’abstinence de certaines viandes déclarées impures, et de toutes les liqueurs fermentées.

La polygamie est autorisée par le Koran, qui détruit ainsi la sainteté du mariage, tous les liens de famille, dégrade la femme et la condamne à une honteuse réclusion. Le législateur des Arabes s’attacha à inspirer aux sectateurs de sa loi l’esprit de conquête et
un superbe dédain pour tout ce qui n’est pas mahométan. Le nom de giaours (chiens) désigne encore maintenant les chrétiens, dans tout l’Orient, au sein des contrées soumises au joug de l’islamisme.

Le travail manuel est flétri par le Koran, comme l’occupation des esclaves. L’homme libre est fait pour porter les armes à la guerre, et se reposer durant la paix dans toutes les délices et les voluptés sensuelles, au milieu des jardins en fleurs, au bruit des fontaines jaillissantes, au doux murmure des eaux parfumées. Le principe religieux du mépris pour tous les autres peuples, et la paresse élevée à la hauteur d’un dogme, ont tué en Orient le
commerce, l’industrie, l’agriculture et les arts. Un bon musulman rougirait de se compromettre avec les giaours par des relations industrielles ou commerciales ; il se croirait déshonoré s’il demandait à ses plaines fertiles d’autres richesses que celles qu’elles produisent spontanément et presque sans travail. Voilà pourquoi la civilisation musulmane a tout laissé périr autour d’elle, après que l’ardeur des combats se fut éteinte dans les jouissances de la paix et dans l’orgueil de la conquête. Dieu réservait à l’Asie, en punition de l’esprit d’inquiétude et de légèreté frivole qui l’avait si longtemps dominée, de mourir lentement dans l’inertie et le silence, sous une domination qui en a fait comme une vaste nécropole.

Cette domination, Mahomet ne devait pas en être témoin. Sa mission, depuis l’an 611 jusqu’à la fameuse hégyre de 622, demeura concentrée d abord dans le cercle étroit de sa propre famille, puis sous la tente de quelques prosélytes, alors obscurs, recrutés parmi les chameliers des caravanes. Elle rencontrait de sérieux obstacles dans les cultes établis. Le sabéisme de Zoroastre, ou magisme, importé de la Perse, avait de nombreux partisans. L’idolâtrie dominait à la Mecque. Le temple de la Kaaba en était le foyer et le centre. Les colonies marchandes de Juifs, cantonnées sur les bords de la mer Rouge, professaient la religion mosaïque ; enfin l’Évangile s’était propagé dans l’Arabie heureuse, et les Sarrasins (Sassanides du nord), convertis par les anachorètes et les moines, prétendaient rester fidèles à leurs croyances. Ainsi quatre religions régnaient ensemble en Arabie, lorsque Mahomet commença ses prédications. Les habitants de la Mecque le traitèrent d’abord d’imposteur et de démoniaque. Ce fut comme un mot d’ordre général, auquel le prophète dut opposer plusieurs chapitres du Koran. L’ange Gabriel lui dicta à ce sujet diverses surates comme celle-ci : « J’en jure par la plume et par ce que les sages ont dit : Tu n’es point, ô Mohammed, non, parla grâce de ton Seigneur, tu n’es point un possédé. Les infidèles verront lequel d’eux ou de toi est atteint de démence (3). » Les pages du Koran, qui descendaient ainsi à point nommé du ciel pour répondre aux objections des incrédules, ne faisaient sur l’esprit de ces derniers qu’une médiocre impression. « Ces prétendus versets sacrés, disaient-ils, sont des contes de bonne femme (4). » Mahomet, ou plutôt l’ange Gabriel, se fâchait alors et répondait : « A quiconque parlera ainsi, nous lu imprimerons une marque sur le nez (5). » Engagé sur ce
ton, le dialogue dégénérait fréquemment en violences. Mahomet menaçait de l’enfer (6). Ce châtiment à longue échéance n’effrayait pas des gens qui regardaient le prétendu envoyé d’Allah comme un fou. On lui demandait quelques signes, quelques prodiges, pour confirmer sa mission. Un jour, il s avisa de profiter d’une éclipse de lune, et affirma qu’avec son doigt il avait fendu cet astre en deux. On ne fit que rire de cette nouvelle imagination. Le Koran eut donc une nouvelle surate intitulée la Lune, et commençant par ces mots : « L’heure approcha et la lune se fendit; mais les incrédules, témoins du miracle, l’ont traité d’imposture; ils continuent à suivre leur sens déréglé, mais toute chose est fixée invariablement (7). »

Les Koréischites, malgré l’honneur insigne qu’ils avaient d’appartenir à la tribu du prophète, ne lui épargnaient pas l’outrage. L’un d’eux, Omar, souilla un jour le manteau de Mahomet, pendant que celui-ci, étendu sous un rocher, méditait quelque nouvelle surate (8). Un décret affiché dans la Kaaba interdit toute alliance, toute relation d’affaires ou d’amitié, avec les partisans du prophète. Une véritable persécution fut organisée contre eux. Mahomet essaya de ranimer leur courage, en faisant briller à leurs yeux la palme du martyre : ils préférèrent la fuite à la mort. Une petite cité, nommée Yathreb, à trente-cinq lieues nord-ouest de la Mecque, au milieu du désert traversé par les caravanes qui se rendaient de la mer Rouge à Bassorah, offrit asile aux persécutés. Les envoyés chargés de la négociation vinrent la nuit trouver le prophète , et l’engagèrent à s’établir parmi eux. « Nous sommes prêts à mourir pour te défendre, lui dirent-ils, mais quelle sera notre récompense ? — Le paradis, répondit Mahomet. — Si ton entreprise, secondée par notre courage, vient à réussir, ajoutèrent-ils, ne nous quitteras-tu point pour retourner à la Mecque? — Jamais! s’écria-t-il. Je vivrai et je mourrai avec vous. » En signe de serment, on se donna la main. L’alliance, ou grand serment d’Akaba, fut ainsi conclue. Elle resta, des deux parts, fidèlement observée. En dépit du mystère qui avait environné ce pacte belliqueux, les préparatifs de départ faits par les familles qui voulaient accompagner le prophète à Yathreb (9), éveillèrent les soupçons des Koréischites. Un complot fut organisé dans le but de tuer Mahomet. Celui-ci parvint à déjouer la vigilance de ses ennemis. Dans la première quinzaine du mois de juin 622, il quitta secrètement la Mecque. Cette fuite (hidjiret, l’hégire), dont les musulmans datent leur ère, n’avait alors rien de glorieux. Mahomet et son nouveau beau-père Abu-Bekr, dont il venait, après la mort de Khadidja, d’épouser la fille (10), concertèrent ensemble leur départ. Le prophète et son compagnon, déguisés en mendiants, se glissèrent hors de la ville sans être aperçus, et se blottirent dans une grotte du mont Hira, où ils demeurèrent trois jours et trois nuits. La faim les contraignit d’en sortir. Un berger qu’ils rencontrèrent leur procura quelques vivres, et par des chemins détournés les guida jusqu’à Yathreb. La fuite de Mahomet apportait à cette bourgade obscure un nouveau nom, Médine, et une gloire sans pareille aux yeux des disciples de l’Islam. (Abbé Darras, Histoire générale de l’Eglise, pp.386-390)

(1) Un exemple de ces contradictions. Au chap. Il, v. 39, on lit : « Les juifs, les chrétiens, les sabéens, en un mot quiconque croit en Dieu et au jour dernier et qui aura fait le bien, tous ceux-là recevront la récompense du Seigneur ; la crainte ne descendra point sur eux, et ils ne seront point affligés. »
Cependant au chap. iii, v. 78, le prophète déclare précisément le contraire : « Quiconque, dit-il, suit un autre culte que l’Islam, est rejeté de Dieu. Il sera dans l’autre monde du nombre des malheureux. »

(2) Un fait curieux à noter c’est que la Perse, conquise plus tard par les califes, disciples de Mahomet, ait d’une part embrassé la religion du prophète et de l’autre conservé une haine implacable contre les vainqueurs. Le muezzin persan, après avoir crié du haut de son minaret : « Il n’y a point d’autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète » ajoute aussitôt: «Omar, Osman, Abu-Bekr, que vos noms soient maudits ! »

(3) Koran, cap. lxviii, 1 et 6.

(4)  ld., Ibid. , 15.

(5) Id., Ibid. 16.

(6) Chap. lxxiv, 26.

(7) chap. liv.

(8) Maracc, Vita Mahomet.,, cap. xi. p. 20.

(9) Ces familles, sous le nom de Mouhadjirs (émigrés), devinrent plus tard la fleur de la noblesse musulmane.

(10) Cette nouvelle épouse se nommait Aïcha. Elle n’avait que sept ans, lorsque Mahomet eut l’infamie de consommer son mariage avec elle. Les historiens musulmans disent que l’enfant témoigna une profonde horreur, et que son père dut intervenir pour la faire céder. Ce père reçut en récompense le surnom historique sous lequel il est connu : Abu-Bekr (père de la vierge). Cf. Maracc., Vita Mahomet., cap. xiv, p.- 23.

 

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