Réponse à la FSSPX : l’orthodoxie du Pape Saint Libère

Objection de la FSSPX : Le Pape Saint Libère a signé des documents ariens et excommunié Saint Athanase

Commençons par ce qu’ont dit les Papes au sujet de Saint Libère :

Pape Pie IX, Quartus Supra (§ 16), 6 janvier 1873 : « Et auparavant, les Ariens accusèrent faussement Libère, notre autre prédécesseur, auprès de l’Empereur Constantin, au motif que Libère avait refusé de condamner saint Athanase, Évêque d’Alexandrie, et refusé de soutenir leur hérésie. » (The Papal Encyclicals, Vol. 1 (1740-1878), p. 417)

Pape Benoît XV, Principi Apostolorum Petro (§ 3), 5 octobre 1920 : « En vérité, et sauf à démontrer qu’ils ont failli à leur devoir, certains ont choisi sans peur l’exil, comme Libère, Silvère et Martin. » (The Papal Encyclicals, Vol. 1 (1740-1878), p. 195)

Pape saint Athanase I, épître Dat mihi plurimum, aux alentours de l’an 400 : « À cette époque, en effet, lorsque Constantin (d’heureuse mémoire) tenait le monde en vainqueur, la faction hérétique africaine n’était pas en mesure d’imposer son ignominie par quelque tromperie, car ainsi que nous le croyons, notre Dieu avait fait en sorte que la foi sainte et immaculée ne fût pas contaminée par les haineux blasphèmes d’hommes calomniateurs […] Pour cette foi, des hommes que l’on tenait en estime comme étant de saints évêques en durèrent allègrement l’exil; je veux parler de Dionysius, serviteur de Dieu préparé par des instructions divines, et de ceux – d’heureuse mémoire – qui ont suivi son exemple : LIBÈRE, évêque de l’Église romaine, Eusèbe, également de Verceil, Hilaire des Gaules, pour ne rien dire de beaucoup d’autres encore, sur la décision desquels on pouvait s’appuyer pour choisir d’être lié à la croix plutôt que de blasphémer le Christ-Dieu – ce à quoi contraignait l’hérésie arienne – en appelant « créature du Seigneur » le Fils de Dieu, le Christ-Dieu. (Denzinger 93)

C’est l’évêque Ischyras et non Saint Libère qui, avant d’occuper indûment le Siège d’Alexandrie, en a chassé saint Athanase.

Pape Pie VI, Charitas (§ 14), 13 avril 1791 : « Peut-être est-ce en récompense de ces actions que Jean-Philippe Gobel, évêque de Lidda, fut élu Archevêque de Paris alors même que l’archevêque vivait encore. Il suivit en cela l’exemple d’Ischyras, qui fut proclamé évêque d’Alexandrie au Concile de Tyre pour paiement du service peccamineux qu’il avait rendu en accusant saint Athanase et en le chassant de son siège. » (The Papal Encyclicals, Vol. 1 (1740-1878), p. 180.)

L’attaque contre saint Libère tient si peu la route qu’un anti-infaillibiliste de premier rang tel que Mgr Bossuet ne put s’en servir. « En 1684, Bossuet fut prié par Louis XIV de composer la Défense de la déclaration de l’Église de France [défense de l’hérésie gallicane]. Il entreprit aussitôt cet ouvrage, qui devait lui coûter tant de travaux et lui donner si peu de satisfaction. À la recherche de tout ce qui pouvait infirmer l’infaillibilité des papes, il rencontra vite la chute de Libère. Quel fut le résultat du long examen qu’il fit de ce fait? Son secrétaire, l’abbé Ledieu, nous l’apprend: après avoir fait et refait vingt fois le chapitre sur Libère, il finit par le retrancher tout à fait, comme ne prouvant pas ce qu’il voulait (abbé Benjamin Marcellin Constant: L’histoire de l’infaillibilité des papes ou recherches critiques et historiques sur les actes et les décisions pontificales que divers écrivains ont cru contraires à la foi, deuxième édition, Lyon et Paris 1869, t. J, p. 357, s’appuyant sur Histoire de Bossuet, Pièces justificatives, V, 1, t. II).

Dans le concile tenu à Arles en 353, le légat Vincent de Capoue croit que le bien de l’Église exige qu’on fasse à la paix générale le sacrifice d’un homme. La foi de Nicée est respectée, mais Athanase est condamné. Libère, à cette nouvelle est pénétré de douleur; il appelle son légat un prévaricateur, il jure de mourir plutôt que d’abandonner l’innocent. […]

Un an après, [l’empereur arien] Constance reproche de nouveau à Libère son attachement pour l’évêque d’Alexandrie [… mais le pape tient bon].

En 355, l’officier Eusèbe d’abord, l’empereur lui-même ensuite, pressent Libère de condamner celui qu’ils regardent comme leur ennemi personnel. «Comment, je vous prie», répond Libère, «en user ainsi envers Athanase? Comment pouvons-nous condamner celui que deux conciles assemblés de toute la terre ont déclaré pur et innocent, celui qu’un concile de Rome a renvoyé en paix? Qui nous persuadera de séparer de nous, en son absence, celui que, en sa pré­sence, nous avons admis à la communion et reçu avec tendresse? […]». Point de place pour l’excommunication; tout est plein, au contraire, de preuves du plus sincère attachement » (Constant, t. 1, p. 329-331).

L’empereur essaya de faire céder saint Libère par des présents et par la menace, mais en vain. L’empereur ordonna alors de le reléguer à Bérée en Thrace et fit mettre un antipape en place à Rome, nommé « Félix II ». Suite à une pétition des dames romaines, l’empereur rappela saint Libère. Saint Libère aurait-il fait des concessions doctrinales à l’arianisme, afin de pouvoir revenir de son exil à Rome ?

L’antipape « Félix II », tout en étant attaché à la foi de Nicée, entretenait des relations avec les ariens. Pour cette raison il était détesté par les fidèles à Rome et son église était vide. Quand saint Libère revint, l’accueil fait par le peuple fut triomphal. Si saint Libère avait fait une quelconque concession aux ariens, les paroissiens lui auraient témoigné la même hostilité qu’à « Félix II ». L’évêque Osius garda la foi jusqu’à l’âge de 90 ans, puis il souscrivit une formule arienne sous la contrainte. Sa chute fit grand bruit. Si saint Libère avait fait une chute pareille, le scandale aurait été encore bien plus grand et sa mémoire aurait été flétrie à jamais. Or bien au contraire, ce pontife jouit d’une renommée exceptionnelle, incompatible avec une prétendue chute. « Faut-il s’étonner que Siricius le regarde comme un de ses plus illustres prédécesseurs ; que saint Basile l’appelle « bienheureux, très bienheureux », saint Épiphane « pontife d’heureuse mémoire », Cassiodore « le grand Libère, le très saint évêque qui surpasse tous les autres en mérite et se trouve en tout un des plus célèbres » ; Théodoret « l’illustre et victorieux athlète de la vérité » ; Sozomène « homme rare sous quelque rapport qu’on le considère » ; Lucius Dexter « saint Libère » ; saint Ambroise « saint, très saint évêque » ? ». (Constant, t. I, p.381-382 indiquant comme référence : Saint Siricus : Epist. ad Himer. ; Saint Basile, Epist. 263, al. 74 ; Saint Epiphane : Haer. 75, 2 ; Cassiodore: Hist. tripart., livre V, ch. 18; Théodoret : Hist. eccles., livre II, chap. 37 : Lucius Dexter : Chron., 353.)

« On objectera que saint Athanase parle de la chute de Libère, et dans son Apologie contre les ariens, et dans son Histoire des ariens adressée aux solitaires ; mais tout le monde convient que l’Apologie a été écrite au plus tard en 350, c’est-à-dire deux ans avant que Libère fût pape. L’endroit où il y est parlé de sa chute est donc évidemment une addition postérieure, faite par une main étrangère et malhabile ; car bien loin de donner de la force à l’Apologie, elle la rend inepte et ridicule. L’Histoire des ariens a été également écrite avant l’époque où l’on suppose la chute de Libère, ou du moins avant l’époque où saint Athanase ait pu l’apprendre, non plus que celle d’Osius ; car il y est parlé plusieurs fois de Léonce d’Antioche comme encore vivant. Et nous avons vu qu’on apprit sa mort à Rome, à l’époque où les dames romaines y supplièrent Constance d’accorder le retour du pape, qui certainement alors n’avait pas encore prévariqué. Le passage où il est parlé de sa chute est donc encore une addition faite après coup, et qui ne jure pas moins avec ce qui précède qu’avec ce qui suit. Mais par qui ces interpolations ont-elles pu se faire ? Nous avons vu que dès son vivant les ariens supposèrent une lettre de saint Athanase à Constance. Ce qu’ils ont pu pendant sa vie, ils l’ont pu encore plus aisément après sa mort » (abbé René François Rohrbacher : Histoire universelle de l’Église catholique, 1842 – 1849, t. III, p. 167).

On objectera encore que saint Hilaire, en plusieurs endroits de ses écrits, aurait anathématisé saint Libère comme étant hérétique. Mais là encore, il s’agit d’interpolations de copistes ariens. L’historien Ruffin écrivit en effet cinquante ans après la mort de saint Libère : « Les livres si instructifs, composés par saint Hilaire pour contribuer à la conversion des signataires de Rimini [conciliabule arien], ont été dans la suite tellement falsifiés par les hérétiques, qu’Hilaire lui-même ne les reconnaîtrait pas » (in: Constant, t. 1, p. 328).

Les ariens trafiquèrent des écrits de saint Athanase, de saint Jérôme, de saint. Hilaire et de saint Libère lui-même (analyse détaillée dans Constant, t. 1, p. 294 – 349).

Que saint Libère soit tombé dans l’hérésie arienne et qu’il ait excommunié Athanase est une invention forgée par des faussaires ariens. « L’histoire des ariens présente une collection de faux à tous les degrés : Ils insèrent subrepticement une lettre dans un mot, pour en altérer le sens. […] Ils raturent des signatures […]. Ils ajoutent secrètement des articles aux décisions prises en public. […] Ils supposent des lettres : nous venons de voir celles attribuées à Libère. Athanase aussi se vit en butte à ce genre d’épreuve : « Quand j’eus appris que les ariens avançaient que j’avais écrit une lettre au tyran Magnence, et qu’ils disaient même avoir une copie de cette lettre, je fus hors de moi-même ; je passai les nuits sans dormir ; j’attaquai mes dénonciateurs présents ; je jetai d’abord de hauts cris, et je priai Dieu avec des larmes et des sanglots que vous voulussiez écouter favorablement ma justification » (Saint Athanase : Apol. ad Const.). D’autres fois ils forgent des pétitions et simulent des signatures. […] Enfin ils donnent le nom d’un concile catholique à leurs réunions, et sous cette livrée ils publient leurs propres actes comme s’ils avaient été canoniquement rédigés et approuvés ; et cette ruse leur réussit au point que saint Augustin lui-même confond longtemps le concile arien de Philippopolis avec le concile respectable de Sardique. Il nous semble, après cela, qu’on ne trouvera pas surprenant que quelques-uns de leurs écrivains aient accusé Libère d’avoir partagé leurs sentiments, que quelques catholiques aient ajouté foi à des calomnies si adroitement fabriquées et si audacieusement soutenues » (Constant, 1. l, p. 359 – 361).

Saint Libère condamna les conciliabules hérétiques de Tyr, d’Arles, de Milan et de Rimini. Nouvelle preuve de son orthodoxie.

Autre preuve: il ne fut pas invité au conciliabule de Rimini organisé par les ariens. En 359, l’empereur arien Constance convoqua le conciliabule de Rimini, mais se garda bien d’y inviter saint Libère, Athanase et les cinquante évêques exilés d’Égypte!

Saint Jérôme commenta les effets du conciliabule de Rimini par une phrase devenue célèbre: « L’univers gémit et s’étonna d’être arien ». Saint Libère SEUL eut le mérite de redresser la situation: il cassa le conciliabule de Rimini et amena les évêques signataires à rejeter l’interprétation hérétique. « Les termes d’«hypostase» et de «consubstantiel» sont comme un fort inexpugnable, qui défiera toujours les efforts des ariens. C’est en vain qu’à Rimini ils ont eu l’adresse de réunir les évêques pour les contraindre par ruses ou par menaces à condamner des mots insérés prudemment dans le symbole, cet artifice n’a servi de rien […]. Nous recevons à notre communion les évêques trompés à Rimini, pourvu qu’ils renoncent publiquement à leurs erreurs et condamnent Arius » (in: Constant, 1. l, p. 401 – 403).

Il est attristant de lire, sous certaines plumes, que saint Libère aurait été arien. Il eut l’immense mérite de sauver, à lui seul, l’univers catholique tout entier, qui avait sombré dans l’arianisme, lorsque des centaines d’évêques réunis au conciliabule de Rimini signèrent des textes susceptibles d’une interprétation arienne. Il amena les évêques de Rimini à se rétracter. Lorsque ces évêques se furent rétractés, saint Libère en informa les évêques de la Macédoine. Sa let­tre mérite d’être citée, car, en la lisant, on ne voit vraiment pas comment ce pape canonisé pourrait être taxé d’arien! Bien au contraire, il est d’une sainte intransigeance, ce qui est tout à son honneur et à l’honneur de la papauté.

« Nous vous signalons, afin que vous ne l’ignoriez point, que tous les blasphèmes de Rimini ont été anathématisés par ceux qui ont été trompés par la fraude« , à savoir les évêques circonvenus par quelques ariens lors de la tenue du conciliabule, mais qui s’étaient ressaisis ensuite grâce au pape. « Mais vous devez indiquer cela à tous, afin que ceux qui, par la force ou la fraude, ont souffert un dommage dans leur foi, puissent maintenant sortir de la ruse hérétique pour accéder à la lumière divine de la liberté catholique. Si quelqu’un refuse […) de chasser le virus de la doctrine perverse, de rejeter tous les blasphèmes d’Arius et de les condamner par l’anathème: qu’il sache que – tout comme Arius, ses disciples et autres serpents, à savoir les sabelliens, les patro­passiens ou n’importe quels autres hérétiques – il est étranger et hors de la communion de l’Église, qui n’admet point les fils adultères » (Saint Libère: lettre Optatissimum nobis, 366).

En guise de conclusion, voici une citation de l’ancien historien Théodoret (Histoire ecclésiastique, livre II, ch. 37): Saint Libère fut vraiment « l’illustre et victorieux athlète de la VÉRITÉ »!

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