Réponse à la FSSPX : l’orthodoxie de S.S le Pape Honorius

Objection de la FSSPX : Honorius était hérétique, il a enseigné une seule volonté dans Notre Seigneur Jésus-Christ et a été condamné par le VIè Concile œcuménique.

Voilà un nom qui a déchainé les passions depuis près de 2 siècles, Honorius s’est-il fait baptiser par une prêtresse hindou ? Bénir par un chaman ? A t-il participé à des cultes idolâtres ? Embrasser le coran ? Enseigner le salut universel ?

Et bien, pas vraiment, non. Honorius a ramené à la Foi catholique les païens de la Croatie, ceux de l’Irlande, de la Grande-Bretagne, des Ardennes et des Gaules septentrionales, il a joui en Occident d’une véritable vénération dans le peuple chrétien en complète contradiction avec l’image qu’aujourd’hui, on essaye de nous donner de ce grand Pape.

Venons-en à l’infâme hérésie qui aurait été prononcée par Honorius dans sa lettre à Sergius :

« Nous professons une volonté de Notre-Seigneur Jésus-Christ »

Vu sous cet angle, c’est, il faut le dire, hérétique, mais après le bref exposé que nous tâcherons de faire le plus synthétique possible, nous verrons ici qu’Honorius a énoncé un point de doctrine parfaitement orthodoxe.

Sergius avait envoyé à Honorius une lettre où il parle d’un conflit qui agite les Églises d’Orient sur le fait de savoir s’il y a une ou deux volontés dans la nature humaine de Notre Seigneur Jésus-Christ, voici la partie la plus importante de la lettre de Sergius à Honorius :

« On doit éviter de parler d’une opération parce que la nouveauté de ce terme a pour plusieurs quelque chose d’étrange, quelle jette le trouble dans leurs âmes, comme si elle supprimait, ce qu’à Dieu ne plaise, les deux natures distinctes quoique unies hypostatiquement dans la personne de Jésus-Christ. D’un autre côté, les mots deux opérations sont pour un grand nombre un sujet de scandale, parce qu’on en déduirait nécessairement deux volontés contraires l’une à l’autre, ce qui serait une impiété. »

Honorius répond par cela :

« Notre-Seigneur Jésus-Christ, médiateur entre Dieu et les hommes, opère les choses divines par l’intermédiaire de l’humanité hypostatiquement unie au Verbe. Il opère les choses humaines d’une manière ineffable et unique, la chair qu’il a prise étant unie sans séparation, immuablement et sans confusion, à la divinité demeurée parfaite. De même nous professons une volonté en Notre-Seigneur Jésus-Christ ; puisque assurément notre nature a été prise par la divinité sans le péché qui est en elle, c’est-à-dire notre nature telle qu’elle a été créée avant le péché, et non celle qui a été viciée après la chute. »

Il est évident que cette phrase tiré de son contexte donne un tout autre sens à ce que veut exprimer Honorius.

S.S le Pape Jean IV, « Dominus qui dixit », lettre adressée à l’Empereur Constant II au sujet du Pape Honorius, 641 :

«C’est donc à juste titre et en toute vérité que nous disons et confessons une seule volonté dans l’humanité de sa sainte incarnation, et non pas deux volontés contraires, l’une de la chair et l’autre de l’esprit. C’est en ce sens que notre prédécesseur a répondu à la consultation du patriarche, disant qu’il n’y a pas dans notre Sauveur, c’est-à-dire dans son humanité, deux volontés contraires, parce qu’il n’a rien pris de vicieux de la prévarication du premier homme. […]

En disant qu’il n’y eut point en Jésus-Christ, comme en nous autres pécheurs, deux volontés contraires de la chair et de l’esprit, notre prédécesseur répondait à la question qui lui était posée. Aujourd’hui, quelques personnes, dénaturant l’esprit de sa lettre pour l’accommoder à leur propre sens, l’accusent d’avoir enseigné une seule volonté de la divinité et de l’humanité en Jésus-Christ ; cela est entièrement contraire à la vérité. »

Autre point à souligner, la lettre controversé d’Honorius a été écrite par son secrétaire l’abbé Jean Sympon, c’est ce même abbé qui a rédigé la lettre ci-dessus de Jean IV.

L’abbé Anastase, un contemporain d’Honorius parla aussi à l’abbé Jean Symponus, qui avait, sur l’ordre d’Honorius, ré­digé cette lettre en latin. L’opinion de cet abbé fut: « Quod nullo modo mentionem in ea per numerum fecerit unios omnimodae vo­luntatis », c’est-à-dire que dans sa lettre Honorius n’avait jamais soutenu qu’on ne devait compter qu’une seule volonté dans le Christ et cette opinion lui avait été attribuée par ceux qui avaient traduit la lettre en grec.

Pour donner une idée aux lecteurs de la fiabilité de l’abbé Jean Symponus, nous nous fierons au témoignage de Saint Maxime le Confesseur :

« Quel est l’interprète le plus digne de foi de la lettre pontificale? Celui qui l’a écrite au nom d’Honorius, l’illustre abbé Jean qui vit encore, et qui, outre tant d’autres mérites, a répandu sur l’Occident l’éclat de sa doctrine et de sa piété ; ou bien les Orientaux qui n’ont jamais quitté Constantinople, et qui parlent d’après leurs sympathies, leurs opinions particulières et personnelles?

N’est-ce pas le comble du ridicule, ou plutôt n’est-ce pas un spectacle lamentable? Dans leur audace, ils n’ont pas craint de mentir contre le Siège apostolique lui-même. Comme s’ils avaient été de son conseil, ou qu’ils eussent reçu de lui un décret dogmatique, ils ont osé revendiquer pour leur cause le grand Honorius, faisant parade à l’appui de leur folle opinion de la suréminente piété de ce pontife

Et cependant, que n’a pas fait la sainte Église pour les arrêter dans leur voie funeste? Quel pontife pieux et orthodoxe ne les a conjurés par ses appels et ses supplications de renoncer à leur hérésie? Que n’a point fait le divin Honorius et après lui le vieillard Severinus, et son successeur le vénérable pape Jean? » (H. Colombier, La condamnation d’Honorius et l’infaillibilité du pape, IVe art. Études religieuses, mars 1870, p. 374.)

Venons-en à sa condamnation par le VIè Concile général.

Le Pape Saint Agathon qui participa au VIè Concile général innocenta Honorius par cette lettre (qui se voulait être une avant-garde contre les falsificateurs grecs qui avaient déjà de nombreux antécédents dans la matière) :

« Son autorité, qui est celle même du prince des apôtres, a toujours été reconnue par l’universalité de l’Église catholique ; les conciles généraux l’ont unanimement suivie.

Par la grâce du Dieu tout-puissant, jamais l’Église romaine ne s’est écartée du sentier de la tradition apostolique, jamais elle n’a succombé à la perversion des nouveautés de l’hérésie.

Votre clémence impériale voudra bien considérer que Jésus-Christ en remettant le dépôt de sa propre foi à Pierre, en lui promettant qu’elle ne faillirait pas entre ses mains, l’avertit en même temps de confirmer ses frères. Or il est notoire que les pontifes apostoliques, les prédécesseurs de mon humble et indigne personne, n’ont jamais manqué à ce devoir de leur charge.

Dépositaires de la doctrine du Seigneur, dès qu’ils connurent les tentatives faites par les pontifes de Constantinople pour introduire au sein de l’Église immaculée des nouveautés hérétiques, ils n’ont jamais négligé de leur adresser leurs exhortations, leurs avis, leurs prières, les conjurant de se désister de leur hérétique doctrine, au moins en gardant le silence. » (S. Agath., Epist. I; Patr, lat, tom. LX.XXVU, col. 1169, A.)

L’Abbé Darras nous informe plus sur l’importance capitale de cette lettre :

« Le saltem tacendo (au moins en gardant le silence) de cette dernière phrase est une allusion manifeste à la conduite d’Honorius, et aux lettres dans lesquelles ce pape, dès la naissance du débat, avant que l’hérésie monothélite se fût définitivement formulée, prescrivait le silence suggéré comme moyen préventif par l’hypocrite Sergius. Ce passage de la lettre de saint Agathon a une importance capitale ; il nous donne la mesure exacte du jugement de l’église romaine sur Honorius. Agathon ne laisse pas même entrevoir la possibilité de ranger son prédécesseur parmi les auteurs de l’hérésie monothélite.

Au contraire, il affirme énergiquement que jamais le siège apostolique n’a dévié de la vraie tradition, ni incliné vers la moindre erreur. Il redouble son affirmation avec d’autant plus d’insistance qu’il la savait contestée en Orient. » (A. J-E Darras Hist. Générale de l’Eglise ; tom. XV, Chap. V, 19. p. 205)

Voici le texte de la lettre synodale qui aurait soi-disant condamné Honorius :

«  Qu’ils soient retranchés de la communion catholique les auteurs de la nouvelle hérésie, Théodore de Pharan, Cyrus d’Alexandrie, Sergius, Pyrrhus, Paul et Pierre de Constantinople, avec tous ceux qui auraient jusqu’à la fin partagé leurs doctrines impies. » (Synod. roman., Episi.; Patr, lot., tom. LXXXVIi, col. 1222-1223.)

Bizarrement, il n’est nulle part fait mention d’Honorius, tout simplement parce que comme nous allons le voir, il y a eu falsification :

Dans sa lettre à l’empereur, lue à la 4e session, le pape saint Agathon avait condamné nommément sept hérétiques monothélites (in: Mansi, t. XI, col. 274 – 275). Lors de la 13e session, les Pères du concile écrivirent (soi-disant!) au pape Agathon: « Nous avons exclu du troupeau du Seigneur ceux qui ont erré dans la foi, ou, pour parler avec David, nous les avons tué avec des anathèmes, selon la sentence pronon­cée antérieurement dans tes saintes lettres contre Théodore de Pharan, Serge, Honorius, Cyrus, Paul, Pyrrhus et Pierre » (in: Mansi, t. XI, col. 683). Les Pères du concile (ou plutôt: le copiste qui falsi­fia la déclaration des Pères) sont ici pris en flagrant délit de men­songe: ils ont remplacé le nom de l’un des condamnés par celui d’Honorius! Comparons les deux listes:

LISTE AUTHENTIQUE, lue à la 4e session (auteur: le pape St. Agathon): « 1. Théodose l’hérétique d’Alexandrie, 2. Cy­rus d’Alexandrie, 3. Théodore évêque de Pharan, 4. Serge de Cons­tantinople, 5. Pyrrhus [patriarche de Constantinople], 6. Paul aussi, son successeur, 7. Pierre son successeur ».

FAUSSE LISTE de la PRÉTENDUE 13e session (auteur: copiste faussaire): « 1. Honorius, 2. Cyrus, Théodore évê­que de Pharan, 4. Serge, 5. Pyrrhus, 6. Paul, 7. Pierre ».

Le nom de l’hérétique Théodose d’Alexandrie est ef­facé et remplacé par celui d’Honorius! Ceci constitue une preuve in­dubitable que les actes du concile furent falsifiés!

L’ATTITUDE  DE  L’EMPEREUR.  Dans  la  lettre  impériale  qui  confirma  le concile,  l’empereur  reprit  l’anathème  dont  étaient  frappés  (soi-disant  !)  les hérétiques  monothélites  suivants  :  « Nous  désignons  comme  tels  [hérétiques] Théodore ancien évêque de Pharan, Serge ancien évêque de cette ville impériale [Constantinople] protégée par Dieu. Avec eux était du même avis et de la même impiété Honorius, jadis pape de l’antique Rome, qui était hérétique tout comme eux, était en accord avec eux et affermit l‘hérésie ; et Cyrus évêque d’Alexandrie, et semblablement Pyrrhus, Pierre et Paul… » (in: Mansi, 1. XI, col. 710 – 711).

Or très curieusement, ce même empereur, dans deux lettres adressées au pape Léon II
pour  l’informer  des  résultats  du  concile,  ne  fit  AUCUNE  mention de la  condamnation
d’Honorius, comme le souligne un historien perspicace. « Une autre preuve que les actes
ont  été  falsifiés  et  que  le  texte  original  ne  portait  point  la  condamnation  ni  le  nom
d’Honorius, c’est que l’empereur ne s’en doutait pas. On se serait bien gardé de le mettre
dans  le  secret  ;  aussi  écrivit-il  à  St.  Léon  II,  successeur  de  St.  Agathon,  et  au  concile romain  selon  les  véritables  procès-verbaux  des  séances,  auxquelles  il  avait  toujours participé. Aussi n’y a-t-il pas un seul mot sur Honorius dans ces deux lettres » (Édouard Dumont  :  « Preuves  de  la  falsification  des  actes  du  VIe  concile  contre  Honorius »,  in:  Annales  de  philosophie  chrétienne,  Paris  1853,  p.  417).

Si  vraiment  le  concile  avait anathématisé un pape, l’empereur n’aurait pas manqué de signaler un événement aussi sensationnel  à  Léon  II.  Or  il  n’en  fit  rien.  Son  silence  prouve  qu’il  n’y  eut  pas  de condamnation d’Honorius.

Il y a anguille sous roche. Intrigués par la réflexion d’Édouard Dumont, nous avons recherché ces deux lettres de l’empereur à Léon II. Surprise !

Extrait de la première lettre : « La loi ancienne est sortie de la montagne de Sion ; le sommet de la perfection [doctrinale] se trouve sur la montagne apostolique à Rome » (in:
Mansi,  1.  XI,  col.  715).  En  termes  très  poétiques,  l’empereur  fait  là  un  magnifique
compliment à la papauté !

« Gloire à Dieu, qui a fait des choses glorieuses et a conservé la foi intègre parmi nous. En aucune façon il ne pourra arriver – et Dieu a prédit que cela ne sera jamais – que les portes  de  l’enfer  (c’est-à-dire  les  embûches  de  l’hérésie)  puissent  prévaloir  contre  cette pierre sur laquelle il a fondée l’Église » (in: Mansi, t. XI, col. 718). L’empereur manifeste ainsi de façon on ne peut plus explicite que jamais une hérésie ne pourra prévaloir contre un pape.

Extrait  de  la  deuxième  lettre,  adressée  au  synode  romain : « Nous  sommes  frappés d’admiration par la relation d’Agathon, qui est la voix même de Pierre » (in: Mansi, t. XI, col. 722). Or Agathon, faut-il le rappeler, avait affirmé pas moins de quatre fois dans sa lettre à l’empereur qu’aucun pape n’avait failli. Quel  contraste  criant  !  D’un  côté,  l’empereur  encense  la  papauté  (« sommet  de  la perfection  doctrinale »  ;  « pierre »  inaccessible  à  l’hérésie)  ;  de  l’autre  il  aurait anathématisé un pape « hérétique » tout comme les monothélites, « en accord avec eux » et qui aurait « affermi l’hérésie » ? ! N’est-ce pas une bonne preuve supplémentaire que les actes du concile furent interpolés ?

La biographie d’Agathon est une source d’informations indépendante des actes (falsifiés) du concile. D’après cette biogra­phie, les Pères, les légats et l’empereur enlevèrent des diptyques de l’église Ste. Sophie à Constantinople les noms de « Cyrus, Serge, Pyrrhus, Paul et Pierre », en raison de leur hérésie (Liber pontificalis, vie d’Agathon, t. 1, p. 354). On l’aura remarqué: nulle mention d’Honorius!

Lors de la 13e session, on lut deux lettres d’Honorius à Serge, ce qui est une imposture! Car Honorius avait seulement écrit une lettre, pas deux. En fait foi le témoignage du secrétaire du pape défunt, qui parle d’UNE réponse à Serge. La deuxième lettre est rédigée par « Sericus », alors que le secrétaire d’Honorius s’appelait « Jean ». Résumé d’une thèse de doctorat spécialisée: « Le témoignage des écri­vains contemporains nous permet donc de regarder la seconde lettre comme entièrement supposée et la première comme falsifiée » (abbé Benjamin Marcellin Constant: Étude historique sur les lettres d‘Honorius (thèse de doctorat soutenue à Lyon), Paris 1877, p. 57). La première lettre (Scripta fraternitatis, 634) a été mal traduite en grec ; la deuxième lettre (Scripta dilectissimi, 634) est inauthentique (cf. aussi l’article de C. Silva Tarouca dans Gregorianum, n°12, 1931, p. 44 – 46).

L’ÉTRANGE SILENCE DES LÉGATS ET DU PAPE AGATHON. Honorius fut (soi-disant)  accusé  à  la  12e  séance,  puis  anathématisé  à  partir  de  la  13e session. « Jusqu’à la 12è session du VIe concile œcuménique, les légats pontificaux avaient  souvent  pris  la  parole.  […]  Leur  comportement  paraît  d’autant  plus étrange après la 12è  session. Lorsque furent lues les deux lettres d’Honorius, on n’entendit pas un mot de la part des légats pour le défendre. [..] Ils acceptèrent en silence  la  condamnation  d’Honorius  1 er   et  confirmèrent  sans  contestation l’anathème prononcé contre lui » (Kreuzer, p. 97 – 100).

Dans le Liber pontificalis se trouvent les biographies officielles des papes. Or dans la biographie  d’Agathon  n’est  fait  nulle  mention  de  la  condamnation  d’Honorius.  Erich Caspar (Geschichte des Papsttums, Tübingen 1930 – 1933,1. l, p. 609) essaya d’expliquer
l’absence de la condamnation d’Honorius 1er  dans la Vita Agathonis en prétendant que les légats pontificaux auraient cessé, à partir de mars/avril 681, d’envoyer des rapports à Rome en raison de la « mauvaise tournure » prise par le concile. Or cette hypothèse est démentie par le contenu de la Vita elle-même, qui parle encore d’événements qui peuvent avoir  eu  lieu  seulement  après  le  26  avril  (moment de la 15è session)  (voir Duchesne  : Liber pontificalis, 1. 1, p. 356, note explicative 13).

Réfléchissons un peu : si  Agathon avait  vraiment reçu une nouvelle aussi sensationnelle  –   inouïe  dans  l’histoire  de  l’Église  et  en  contradiction  flagrante  avec  la lettre qu’il venait d’écrire pour certifier l’orthodoxie des papes – il aurait certainement réagi.  Or  dans  la  Vita  Agathonis  ne  figure  aucune  mention  de  la  condamnation d’Honorius, ce qui indique qu’elle est purement fictive. De même, les légats, si réellement on avait tenté d’anathématiser Honorius, auraient assurément fait leurs commentaires. Leur  mutisme  soudain  et  anormal  indique  qu’un  copiste  inséra  l’anathème  contre Honorius, mais oublia d’inventer  également quelques discours des légats, qui auraient rendu  la  chose  plausible.  « Mais  supposez  que  le  nom  d’Honorius  n’ait  point  été  mêlé dans tout ceci, le silence des légats se conçoit très bien. Ils n’avaient évidemment rien à dire  en  ce  cas »  (Dumont  :  « Le  VIe  concile  et  le  pape  Honorius »,  in:  Annales  de philosophie chrétienne, Paris 1853, p. 58).

LETTRES  FICTIVES  DE  LÉON  II. Agathon mourut le 10 janvier 681. Il fut remplacé  seulement  vers  la  fin  de  l’année  par  Léon  II  (681  –  683).  L’évêque  de Constantinople, Théodore, fabriqua alors des lettres fictives du pape Léon II, qui aurait (soi-disant) confirmé l’anathème contre Honorius (nombreuses preuves de la  falsification  dans  Dumont,  p.  418  –  419  et  dans  Caesar  Baronius  :  Annales Ecclesiastici,  Anvers  1600  (plusieurs  rééditions),  anno  683).  Théodore  accrédita ainsi chez les Grecs la fable de l’anathème contre Honorius. Cette fable arriva aux oreilles  de  Rome.  Deux  siècles  après,  Rome  vengea  solennellement  la  mémoire outragée d’Honorius.

LE CONCILE DE ROME : Lors du concile tenu à Rome en 869, le pape Adrien II fit une allocution et déclara : « Nous lisons que le pontife romain a jugé les prélats de toutes les Églises ; mais nous ne lisons point qu’il ait été jugé par qui que ce soit » (cité par Léon XIII  : encyclique  Satis  cognitum,  29  juin  1896).  Et  pourtant,  les  Grecs  affirmaient qu’Honorius  avait  été  jugé.  Comment  expliquer  cette  divergence  entre  l’affirmation  du pape Adrien II et celle des Grecs ?

C’est Anastase le bibliothécaire qui va fournir la réponse. Il écrivit au pape Jean VIII que les actes du VIIe concile œcuménique détenus par les Grecs étaient interpolés, parce qu’ils  contenaient  notamment  des  éléments  apocryphes  du  VIe  concile.  « Il  est  fort  à noter que dans ce concile se rencontrent plusieurs canons et décisions des apôtres et du VIe concile, dont l’interprétation n’est chez nous ni connue, ni reçue » (Anastase : Préface de sa traduction du VIIe concile, in: Dumont, p. 434). Ainsi donc, les Orientaux croyaient à la condamnation d’Honorius, sur la foi d’actes falsifiés, tandis que les Occidentaux, en possession des actes authentiques, tenaient Honorius en grand honneur.

Cette divergence entre Orient et Occident dans la cause d’Honorius est corroborée par l’omission (Grecs) ou la mention (Romains) d’Honorius dans les diptyques après le VIe concile. À Constantinople, le nom d’Honorius était effacé des diptyques sous Justinien II. Justinien II fut assassiné par l’usurpateur Bardane, disciple du monothélite Macarios. Le monothélite Bardane fit rétablir Serge et Honorius dans les diptyques. Mais au bout de deux ans, il fut renversé à son tour par le nouvel empereur Anastase II, qui enleva à nouveau Serge et Honorius des diptyques (témoignage d’un contemporain grec, le diacre
Agathon de Constantinople : Épilogue, 714, in: Dumont, p. 420). À Rome, par contre, le nom  d’Honorius  ne  fut  jamais  enlevé  des  diptyques  (témoignage  d’Anastase le  bibliothécaire, qui habitait à Rome au IXe siècle, in: Baronius, anno 681).

Cette question des diptyques a son importance. Car être mentionné dans les diptyques est une preuve d’orthodoxie. « Je promets de ne point réciter durant les saints mystères les  noms  de  ceux  qui  sont  séparés  de  la  communion  de  l’Église  catholique »  (St.  Hormisdas  :  Libellus  fidei,  Il  août  515).  Puisque  Honorius  continuait  à  figurer  dans  les diptyques à Rome, cela indique qu’il ne fut jamais retranché de la communion de l’Église catholique.  Autrement  dit  :  jamais  l’Église  de  Rome  ne  ratifia  la  (prétendue)
condamnation  d’Honorius,  inventée  par  le  faussaire  grec  Théodore,  et  reprise  par  le
schismatique grec Photius.

LE  VIIIe  CONCILE  ŒCUMÉNIQUE  :  Lors  de  la  7è   séance  du  VIIIe  concile œcuménique (Constantinople IV), le pape Adrien II constata que les Grecs, mais non les papes, disaient qu’Honorius était anathème. Adrien II dit que juger un pape était une chose entièrement contraire au droit canonique. « C’est là une présomption intolérable qu’on ne peut écouter. Qui d’entre vous, je le demande, a jamais entendu pareille chose, ou  qui  jamais  a  rencontré  quelque  part  mention  d’une  si  téméraire  énormité  ?  Nous avons bien lu que le pontife romain a prononcé sur les chefs de toutes les Églises, nous n’avons pas lu que sur lui personne ait prononcé. Car bien qu’il ait été dit anathème à Honorius, après sa mort, par les Orientaux, il faut savoir qu’il avait été accusé d’hérésie, pour  laquelle  cause  seulement  il  est  licite  aux  inférieurs  de  résister  à  l’impulsion  des supérieurs, et de rejeter leurs mauvais sentiments. Mais alors même il n’aurait pas été permis à qui que ce fut des patriarches et des autres évêques de porter aucune sentence à son  sujet,  si  au  préalable  le  pontife  du  même  premier  Siège  n’était  intervenu précédemment par l’autorité de son consentement » (in: Mansi, 1. XVI, col. 126).

Adrien Il  dit  bien  qu’Honorius  fut accusé  par  les  Orientaux,  mais  il  établit  également  que  l’on  ne trouve aucune approbation pontificale d’un pareil acte. Cela confirme bien que les exemplaires des actes du VIe concile détenus par les Grecs ont été altérés par des faussaires.

« Les manuscrits faits à Rome sont bien plus véridiques que ceux fabriqués par les Grecs, parce que chez nous, on ne pratique ni les artifices ni les impostures » (St. Grégoire le Grand : Lettre 6 à Narsem.).

Adrien  II,  afin  de  montrer  que  nul  n’a  le  droit  d’anathématiser  un  pape,  évoqua ensuite le cas du pape Symmaque, qui avait été accusé (calomnieusement) de plusieurs
crimes. « Le roi d’Italie Théodoric, voulant attaquer le pape Symmaque jusqu’à obtenir sa  condamnation  en  justice »  convoqua  de  nombreux  clercs  de  son  royaume  et  leur  dit que plusieurs crimes horribles avaient été commis par Symmaque. Il leur enjoignit de se réunir en synode et de « constater cela par un jugement ». Les prélats se réunirent par déférence pour le roi. Mais ils savaient que la « primauté » du pape ne permettait pas qu’il fut « soumis au jugement de ses inférieurs ». Que faire ? Juger un pape en violation du droit, ou bien encourir la colère du roi en refusant de s’ériger en juge ? « À la fin, ces prélats vraiment vénérables, quand ils virent qu’ils ne pouvaient pas, sans autorisation pontificale, porter leur main contre la tête [le pape] – et ce quels que fussent les actes du pape  Symmaque  dénoncés  -,  ils  réservèrent  tout  au  jugement  de  Dieu »  (in:  Mansi,  t. XVI, col. 126).

Toujours en vue de montrer qu’il est illicite d’accuser et de juger un pape, Adrien II cita en exemple l’attitude de Jean, évêque d’Antioche. Ce prélat avait anathématisé un évêque,  mais  avait  interdit  de  s’attaquer  au  pape.  Jean  n’avait  pas  hésité  à  anathématiser l‘hérétique Cyrille, évêque d’Alexandrie ; et pourtant, ce même Jean écrivit dans une lettre au pape St. Célestin 1er , approuvée par le concile d’Éphèse (3è session), qu’il était illicite de juger le Siège de Rome, vénérable par l’ancienneté de son autorité. « Si  l’on  donnait  la  licence  à  ceux  qui  veulent  de  maltraiter  par  des  injures  les  Sièges plus  anciens  [majores =  « plus  anciens »  ou  « plus  grands »]  et  de  porter  des  sentences (contrairement aux lois et canons) contre eux, alors qu’ils n’ont aucun pouvoir contre ces
Sièges, les affaires de l’Église iront jusqu’à la confusion extrême » (in: Mansi, t. XVI, col.
126).

Le discours d’Adrien II fit son effet. Les Pères du concile rédigèrent, en effet, un canon exprès  contre  certains  Grecs  (dont  Photius,  qui  avait  attaqué  Honorius  et  prétendu
déposer  le  pape  légitime  Nicolas  1er )  qui  prétendaient  critiquer,  voire  juger  des  papes.

L’Église catholique n’a jamais accepté une telle insolence. La (prétendue) condamnation d’Honorius fut expressément critiquée par Adrien II et les Pères du VIIIe concile : « La parole de Dieu, que le Christ a dite aux saints apôtres et à ses disciples (« Qui vous reçoit me reçoit » [Matthieu X, 40] et « qui vous méprise me méprise » [Luc X, 16]), nous croyons qu’elle a été adressée aussi à tous ceux qui, après eux et à leur exemple, sont devenus souverains pontifes. […] Que personne ne rédige ni ne compose des écrits et des discours contre  le  très  saint  pape  de  l’ancienne  Rome,  sous  prétexte  de  PRÉTENDUES  fautes qu’il  aurait  commises  ;  ce  qu’a  fait  récemment  Photius,  et  Dioscore  bien  avant  lui. Quiconque aura l’audace d’injurier par écrit ou sans écrit le Siège du prince des apôtres, Pierre,  sera  condamné  comme  eux.  […]  Si  un  concile  universel  est  assemblé  et  qu’il s’élève quelque incertitude et controverse au sujet de la Sainte Église de Rome, il faut avec respect, en toute convenance, s’instruire sur la question émise, accepter la solution, en profiter ou y servir, sans avoir l’audace de prononcer contre les pontifes de l’ancienne Rome » (VIIIe concile œcuménique (867), canon 21).

Le pape Adrien II imposa à tous les clercs d’Orient et d’Occident la signature de laprofession  de  foi  du  pape  St.  Hormisdas.  Honorius  eut  ainsi  son  « certificat d’orthodoxie »,  car  cette  profession  de  foi  dit  que  la  promesse  du  Christ  « s’est  vérifiée dans les faits ; car la religion catholique a toujours été gardée sans tache dans le Siège apostolique ».

DÉCISIONS DE VATICAN I FAVORABLES À HONORIUS 1er: les Pères du Vatican établirent une liste de bons livres sur les « cas historiques » de prétendues chutes des papes (chapitre 4).

Que pensent les Pères du Vatican de la (prétendue) condamnation d’Honorius lors du VIe concile œcuménique? Cela peut se déduire d’une allusion discrète, mais ferme. Au chapitre 4 de Pastor aeternus, les Pères du Vatican écrivent que « ce Siège de Pierre demeurait pur de toute erreur » et renvoient, en note, à ceci: « cf. la lettre du pape saint Agathon à l’empereur, approuvée par le VIe concile œcuménique ». Dans les schémas préparatoires de Pastor ae­ternus, des extraits de cette lettre étaient cités; dans le schéma dé­finitif, il ne restait que la référence en bas de page. D’après les Pè­res du Vatican, on doit retenir du VIe concile œcuménique non pas une (FICTIVE) condamnation d’Honorius, mais bel et bien la lettre (AUTHENTIQUE) du pape régnant, certifiant que tous les papes étaient orthodoxes et luttaient contre les hérésies. De surcroît, ils citent le formulaire d’Hormisdas-Adrien II et disent expressément: « Nos prédécesseurs ont travaillé infatiga­blement à la propagation de la doctrine salutaire du Christ parmi tous les peuples de la terre et ils ont veillé avec un soin égal à sa conservation authentique et pure, là où elle avait été reçue ».

Anastase le bibliothécaire disait : « Si nous voulons accumuler tout ce que nous pouvons recueillir pour la défense d’Honorius, le papier nous manquera plutôt que le discours ! » Anastase le bibliothécaire (800 – 879) vécut à Rome, où il travaillait pour les papes. Il était leur archiviste et leur traducteur. Célèbre pour sa connaissance du grec, il traduisit les actes des conciles. Il compara les actes originaux des conciles conservés à Rome avec les copies faites par les Grecs à Constantinople et découvrit que les Grecs étaient des faussaires. Notre conclusion sera celle d’Anastase le bibliothécaire: Honorius a été « accusé calomnieusement » par des faussaires!

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