Homélie III de Saint Jean Chrysostome sur II Thessaloniciens

1.L’enfer, la géhenne n’est pas un supplice temporaire mais éternel. — Comment Dieu sera glorifié par les élus. — La gloire du fidèle, c’est l’affliction reçue à cause du Christ.

2. De l’avènement du Christ, et de notre réunion avec lui. — Des imposteurs qui montraient des lettres supposées de saint Paul. — De l’antéchrist.

3. De la nécessité où les fidèles mettaient l’apôtre de leur répéter, par écrit, ses enseignements donnés de vive voix. — L’effet de la prédication ne dépend pas uniquement des docteurs et des maîtres; il faut l’attention de ceux qui reçoivent la parole et l’application de leur mémoire. — Des passions qui s’opposent à l’effet de la prédication.

4. Contre l’avarice. — Les richesses et les épines; les riches et les chameaux. — Il faut, par tous les moyens, extirper de nos âmes l’amour des richesses. — Contre les riches qui viennent s’étaler dans les églises. — Texte d’une verve admirable sur les riches qui croient faire grand honneur à Dieu. — De la lecture de l’Ecriture sainte.

1. Grand nombre d’hommes ont bon espoir; ce n’est pas qu’ils s’abstiennent du péché, mais c’est qu’ils regardent la géhenne comme moins rigoureuse qu’on ne le dit. Ils la croient plus douce que les menaces ne l’annoncent; temporaire, non éternelle, et ils font là-dessus beaucoup de dissertations. Quant à moi, non seulement je ne la crois pas plus douce que les menaces ne nous l’annoncent, mais je la crois beaucoup plus terrible, et j’en puis donner un grand nombre de preuves, et conclure ce qui en est, des paroles mêmes qui nous annoncent la géhenne. Toutefois, je n’en veux rien faire, quant à présent; il suffit de la crainte, inspirée par les seules paroles, quand même nous n’en expliquerions pas le sens. Non, l’enfer n’est pas temporaire : écoutez ce que dit Paul de ceux qui ne veulent pas connaître Dieu , qui ne croient pas à l’Évangile. Ceux-là seront punis d’une mort éternelle. Ce qui est éternel peut-il être temporaire? « Confondus », dit l’apôtre, « par la face du Seigneur ». Il indique par là la promptitude irrésistible du supplice. Ces riches si orgueilleux, il ne faut pas, dit l’apôtre, déployer contre eux un grand effort : il suffit que Dieu se présente et se montre, et les voilà tous en proie aux châtiments, au supplice. La présence du Seigneur sera, pour les uns, la lumière; pour les autres, le supplice.

« Et par la gloire », dit l’apôtre, « de sa puissance, lorsqu’il viendra pour être glorifié dans ses saints, et pour se faire admirer dans tous ceux qui auront cru en lui ». Que dites-vous ? Dieu sera glorifié ? Sans doute ; « dans tous ses saints », dit l’apôtre. Comment cela? Quand ces orgueilleux, dit-il, verront ceux qu’ils frappaient, qu’ils méprisaient, qu’ils raillaient, se tenir auprès de Dieu, c’est alors qu’apparaîtra la gloire de Dieu , ou plutôt, et la gloire des élus , et la gloire de Dieu ; du Dieu, qui ne les a pas abandonnés, qui les a rendus glorieux et illustres; et la gloire des élus, qui auront été jugés dignes d’un si grand honneur. Comme ils composent sa richesse, parce qu’ils sont fidèles, de même ils sont sa gloire. parce qu’ils vont entrer dans la possession de ses biens. La gloire du bien suprême, c’est de pouvoir se répandre et se communiquer. « Et pour se faire admirer dans tous ceux qui auront cru en lui »; c’est-à-dire, par le moyen de ceux qui auront cru en lui. Voici encore une fois le mot « dans », signifiant « par le moyen de ». C’est par le moyen de ces fidèles que Dieu se rend admirable. En effet, quand ceux qui étaient dans la misère, dans l’abjection, éprouvés par des maux innombrables et qui ont gardé la foi, sont élevés par lui à une gloire si éclatante , c’est alors que sa puissance se montre. Ils paraissaient abandonnés, et les voilà dans la jouissance , dans la plénitude de la gloire. C’est alors surtout que se montre toute la gloire de Dieu et sa puissance. Comment cela maintenant? Écoutez les paroles qui suivent : « Puisque le témoignage que nous avons rendu à la parole a été reçu dans l’attente de ce jour-là. C’est pourquoi nous prions sans cesse pour vous ». Ce qui veut dire : quand on voit apparaître des fidèles qui ont souffert des maux sans nombre pour ne pas abandonner leur foi ; quand ils ont résisté ; quand ils ont cru, Dieu est glorifié, et c’est alors que se montre aussi la gloire des fidèles. Un grand nombre simulent la foi, aussi ne dites de personne qu’il est bienheureux; attendez la mort; car c’est en ce jour que se montrent ceux qui ont cru : « C’est pourquoi nous prions sans cesse pour vous, et nous demandons à notre Dieu qu’il vous rende dignes de sa vocation, qu’il accomplisse, par sa puissance , tous les desseins favorables de sa bonté sur vous et l’œuvre de votre foi ».

« Qu’il vous rende dignes », dit l’apôtre, « de sa vocation », montrant par là qu’un grand nombre ont été rejetés. Voilà pourquoi il ajoute : « Qu’il accomplisse tous les desseins favorables de sa bonté ». Car celui qui était recouvert de baillons, a été, lui aussi, appelé, mais il n’est pas resté fidèle à sa vocation. D’où il résulte que ce malheureux ne s’est trouvé que plus écarté de la chambre de l’Époux. Il y avait cinq vierges qui furent appelées. « Levez-vous », dit l’Écriture, « voici l’Époux » (Matth. XXV, 6) ; et elles s’apprêtèrent, mais elles ne sont pas entrées. Donc, pour bien faire entendre la vocation dont il parle, l’apôtre ajoute : « Et qu’il accomplisse tous les desseins favorables de sa bonté sur vous et l’œuvre de votre foi par sa puissance ». Voilà, dit-il, la vocation que nous cherchons. Voyez comme il leur insinue doucement la modestie. Il ne veut pas que l’excès des éloges les transporte, comme s’ils avaient fait de grandes choses, qu’ils tombent dans la négligence, et il leur montre ce qui leur manque encore dans ce genre de vie. C’est aussi ce qu’il écrivait aux Hébreux : « Vous n’avez pas encore résisté jusqu’à répandre votre sang , en combattant contre le péché ». (Hébr. XII, 4.) — « Tous les desseins favorables de sa bonté », dit-il; c’est-à-dire, son bon plaisir, ce qu’il est résolu à faire, ce qui est décidé; c’est comme s’il disait : De telle sorte qu’il arrive ce que Dieu veut résolument, ce qui lui plaît, à savoir que rien ne soit défectueux en vous, que vous soyez comme il veut vous voir. « Et l’œuvre de votre foi ». Qu’est-ce à dire? La force qui supporté les persécutions; pas de relâchement, dit-il, pas de défaillance. « Afin que le nom de Notre Seigneur Jésus-Christ soit glorifié en vous, et que vous soyez glorifiés en lui, par la grâce de notre Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ » (II. Thess, I, 12.).

2. Voyez : il a plus haut parlé de la gloire, il en parle encore ici. Il a dit qu’eux-mêmes sont glorifiés de telle sorte qu’ils puissent savourer cette gloire; il dit maintenant, ce qui est beaucoup plus considérable, qu’ils glorifient Dieu même; il dit qu’ils recevront cette gloire. Et maintenant, ce qu’il ajoute, c’est que, lorsque le maître est glorifié, les esclaves aussi sont glorifiés; car ceux qui glorifient le maître, sont bien plus glorifiés eux-mêmes, et, par ce seul fait et indépendamment de ce fait. Qu’est-ce en effet que la gloire ? L’affliction reçue à cause du Christ, et partout il l’appelle la gloire; et plus nous aurons supporté de honte et d’ignominie, plus nous mériterons l’illustration. Ensuite, montrant que cette illustration même est le don de Dieu, il dit : « Par la, grâce de notre Dieu et de Notre-Seigneur Jésus-Christ ». C’est à lui-même que nous devons la grâce de le glorifier en nous, de le voir nous glorifier en lui. Comment est-il glorifié en nous? Par ce fait que nous ne lui préférons rien. Comment sommes-nous glorifiés en lui ? Par ce fait que c’est de lui que nous est venue notre force, le courage de résister à nos maux; car, quand la tentation arrive, Dieu est glorifié, et nous sommes glorifiés en même temps. Les hommes le glorifient de ce qu’il nous a ainsi fortifiés; les hommes nous admirent de ce que nous nous sommes montrés dignes du don de Dieu. Or, tout cela se fait par la grâce de Dieu.

«Or, nous vous conjurons, mes frères, par l’avènement de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et par notre réunion avec lui, que vous ne vous laissiez pas légèrement ébranler dans votre sentiment ». (II Thess. II, 1, 2.) Quand sera la résurrection? Il n’en dit rien; mais qu’elle ne viendra pas tout de suite, il l’affirme. « Et par notre réunion avec lui », dit-il, voilà une parole qui est aussi digne d’attention. Voyez comme elle prouve encore, en nous glorifiant, en nous exhortant à la vertu, que le Seigneur nous apparaîtra pour nous sanctifier tous. Il parle ici de l’avènement du Christ, et de notre réunion avec lui, car ces choses auront lieu ensemble. Il redresse les pensées, il leur dit de ne pas chanceler, de ne pas tomber trop vite dans l’incertitude. « Et que vous ne vous troubliez pas, en croyant, sur la foi de quelques prophéties, sur quelques discours, ou sur quelques lettres qu’on supposerait venir de nous, que le jour du Seigneur soit près d’arriver ». Il semble marquer ici qu’on portait une lettre supposée de Paul, qu’on se la montrait, en disant que le jour du Seigneur était proche; qu’il en était résulté qu’un grand nombre de personnes étaient tombées dans l’erreur. L’apôtre veut donc prévenir ces égarements; il écrit aux fidèles pour les raffermir, il leur dit . « Et que vous ne vous troubliez pas, en croyant sur la foi de quelques prophéties, sur quelques discours ». Ce qui revient. à ceci: Quand même un prophète vous dirait cela, ne le croyez pas ; quand j’étais auprès de vous, je vous ai avertis, vous ne devez pas abandonner la foi qui vous a été enseignée. — « De quelques prophéties »; il désigne par là les faux prophètes, parlant sous l’inspiration d’un esprit impur. Ces imposteurs, pour opérer la persuasion, n’avaient pas seulement recours à des raisonnements perfides, ce que l’apôtre indique en disant : « Sur quelques discours »; mais, de plus, ils montraient une lettre supposée de Paul, qui appuyait leur dire; voilà pourquoi l’apôtre ajoute : « Ou sur quelque lettre qu’on supposerait venir de nous ».

Donc, les voulant raffermir par tous les moyens, il leur dit : « Que personne ne vous séduise en quelque manière que ce soit, car ce jour ne viendra point que l’apostasie ne soit arrivée auparavant, et qu’on n’ait vu paraître l’homme de péché, cet enfant de perdition, cet ennemi de Dieu qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, voulant lui-même passer pour Dieu (3, 4) ». Il parle ici de l’antéchrist, et il découvre de grands mystères. Qu’est-ce que « l’apostasie? » C’est l’antéchrist qu’il entend par l’apostasie, parce que l’antéchrist doit en perdre un grand nombre qui feront défection. « Jusqu’à séduire, s’il était possible », dit l’Évangile, « les élus mêmes ». (Matth. XXIV, 24.) Il l’appelle de plus « l’homme de péché », car il en fera d’innombrables, et en fera faire aux autres de terribles ; il l’appelle de plus « cet enfant de perdition », parce qu’il faut que lui-même périsse. Maintenant, quel est-il? Serait-ce Satan? Nullement, mais un homme entreprenant l’œuvre entière de Satan. « Et qu’on n’ait vu paraître cet homme », dit le texte, « qui s’élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré ». C’est qu’en effet il ne conduira pas les hommes au culte des idoles; mais ce sera un adversaire de Dieu; il détruira tous les dieux, et il ordonnera qu’on l’adore lui-même, en place de Dieu; et il siégera dans le temple de Dieu, non pas dans le temple de Jérusalem, mais dans le temple de l’Église, « voulant lui-même passer pour Dieu ». L’apôtre ne dit pas : Se disant Dieu, mais : Essayant de passer pour Dieu. Car il fera de grandes oeuvres et montrera des signes admirables. « Ne vous souvient-il pas que je vous ai dit ces choses lorsque j’étais encore avec vous (5) ? »

3. Comprenez-vous la nécessité de répéter ces choses, et de les reproduire dans les mêmes termes? En effet, ces fidèles à qui il avait donné de vive voix ces conseils, se trouvèrent avoir encore besoin d’avertissements. C’est ainsi qu’après l’avoir entendu parler sur les afflictions : « Car », dit-il, « lorsque nous étions parmi vous, nous vous prédisions que nous aurions des afflictions à souffrir » (I Thess. V, 4), ils oublièrent de même ces paroles, et on le voit forcé de leur écrire pour leur rendre la fermeté. De même, après l’avoir entendu parler sur l’avènement du Christ, ils eurent encore besoin de ses lettres pour se maintenir dans les voies de la sagesse. L’apôtre s’adresse donc à leur mémoire; il leur montre qu’il ne dit rien de nouveau, qu’il ne fait que reproduire ce qu’il a toujours dit. Voyez les laboureurs, ils ne jettent qu’une fois la semence, mais elle ne réussit pas toujours, il faut beaucoup de culture et de soins, il faut creuser la terre et recouvrir les graines que les oiseaux mangeraient. C’est notre histoire ; si le souvenir continué ne préserve pas ce que l’on a jeté dans nos âmes, tout se dissipe dans l’air. Le démon nous ravit la semence; notre négligence la perd, le soleil la dessèche, la pluie la supprime; les épines l’étouffent. C’est pourquoi il ne suffit pas de la jeter et de se retirer; pour assurer le fruit, grand besoin est d’assiduité; il faut chasser les oiseaux; il faut retrancher les épines ; il faut amasser de la terre sur le sol pierreux; il faut écarter, enlever tout ce qui est nuisible.

Mais, en ce qui concerne la terre, toute la tâche appartient à l’agriculteur, parce que la terre est inanimée, elle n’est que passive; en ce qui concerne notre terre spirituelle, il en est tout autrement, tout ne dépend pas uniquement des docteurs et des maîtres. Si ce n’est pas la plus grande partie de la tâche qui appartient aux disciples, c’en est au moins la moitié. A nous à jeter la semence; mais à vous à faire ce qui vous est dit; à montrer, par vos actions, les fruits de votre mémoire ; à arracher les épines jusqu’à la racine. Les épines, c’est l’amour de l’argent, passion stérile, hideuse, qui ne produit que d’inutiles douleurs, importune à ceux qui l’éprouvent, et non-seulement stérile, mais, de plus, contraire à toute fructification. Voilà ce que sont les richesses; non-seulement incapables de porter des fruits pour. l’éternité, mais gênantes , embarrassantes pour quiconque voudrait porter de tels fruits. Ce sont des êtres sans raison qui se nourrissent d’épines , des chameaux ; aliment pour le feu, somptuosité inutile, voilà ce que sont les richesses; absolument inutiles, ne servant qu’à embraser la fournaise, qu’à faire brûler ce feu du dernier jour, qu’à alimenter la déraison et toutes les passions qui troublent l’âme, la haine, la rancune et la colère. Tel est aussi le chameau qui mange les épines. Les personnes expérimentées dans ces sortes de choses, disent que parmi les animaux, nul n’est plus irritable, d’une colère plus méchante, nul n’est plus vindicatif que le chameau . tel est l’effet des richesses; elles nourrissent le délire des passions. Quant à ceux qui ont la raison en partage, elles les piquent, elles les blessent; c’est ce que font les épines. Cette plante est dure et âpre, elle naît d’elle-même. Voyons comment elle naît, afin que nous l’extirpions. Elle naît dans les lieux abrupts, pierreux, secs, où il n’y a aucune source. Quand il se trouve un homme âpre, d’un caractère raboteux, escarpé, c’est-à-dire inaccessible à la pitié, là on voit naître l’épine. Maintenant, les laboureurs qui veulent, extirper ce fléau n’emploient pas le fer, que font-ils? Ils mettent le feu, c’est ainsi qu’ils purgent tout à fait la terre. En effet, il ne suffit pas de couper à la surface, en laissant la racine à l’intérieur; il ne suffit pas d’arracher la racine, parce qu’il resterait dans la terre un élément qui suffirait pour la vicier, de même qu’un mal qui s’est attaché au corps, y imprègne ses restes. Il faut que le feu, attirant à la surface le poison des épines, l’aspire hors des entrailles de la terre délivrée. Comme une ventouse appliquée sur la chair, fait sortir tout ce qui viciait le corps, de même le feu fait sortir tout ce qu’il y a de vicieux dans les épines, et purge la terre.

A quel propos cette réflexion ? C’est qu’il faut, par tous les moyens; extirper l’amour des richesses et purger notre âme. Nous avons à notre disposition un feu qui fait sortir ce poison de l’âme, c’est le feu de l’Esprit, allumons-le en nous, il ne détruira pas seulement les épines, mais il en desséchera le poison. Si nous les laissons en nous; tous nos efforts d’ailleurs sont inutiles. Tenez, regardez, voici un riche qui entre ici, un homme ou une femme, peu importe; son soin n’est pas d’entendre la parole de Dieu; ce qui l’occupe, c’est la manière de se montrer, de s’asseoir avec fracas, avec une prétention glorieuse. Cette femme se demande comment elle surpassera les autres par la magnificence de sa toilette; comment, par son extérieur, par son aspect, par sa démarche, elle excitera l’admiration, l’adoration de sa beauté. Et toutes ses pensées, et toutes ses inquiétudes ne vont que là ; une telle ou une telle m’a-t-elle vue ? Suis-je bien admirée? Suis-je bien parée? Et ce n’est pas là seulement ce qui la travaille, mais si ses vêtements allaient recevoir des taches, si sa robe allait être déchirée; et voilà toute son inquiétude. Et maintenant l’homme riche fait son entrée pour s’étaler devant le pauvre, et le frapper par la pompe de son costume et le grand nombre de ses serviteurs; ceux-là se tiennent auprès de lui, écartant le peuple, chose que cet orgueilleux ne daigne pas faire lui-même, chose tellement indigne d’un homme libre, que, malgré la vanité qui le gonfle, il n’ose pas faire cela lui-même, il s’en rapporte aux esclaves, qui lui font cortège. Car cette tâche exige qu’il y ait des esclaves, des esclaves impudents; et quand ce riche est assis, le voilà aussitôt assailli par les inquiétudes domestiqués tiraillant son esprit en tout sens; l’orgueil qui le possède, déborde tout autour de lui. Et il croit faire grand honneur, et à nous et au peuple, qui sait? et à Dieu peut-être, de ce qu’il est entré dans la maison de Dieu. Une pareille enflure n’est-elle pas incurable ?

4. Dites-moi, un homme va trouver un médecin et ne demande aucun service à ce médecin ; mais il estime que c’est lui qui fait honneur a la médecine, et il oublie de demander un remède à son mal, pour ne s’occuper que de sa toilette. Quel bien lui en reviendra-t-il ? Aucun, ce me semble; or, maintenant je vous dirai la cause de tout cela, si bon vous semble; on s’imagine que c’est auprès de nous qu’on vient, lorsque l’on vient ici; on s’imagine que c’est nous qu’on entend, lorsque l’on entend notre parole; on ne remarque pas, on ne réfléchit pas que c’est auprès de Dieu que l’on est venu, que c’est Dieu lui-même qui parle. En effet, quand le lecteur se lève et dit : « Voici ce que dit le Seigneur » ; quand le diacre., imposant silence, ferme toutes les bouches, ce qu’il en fait, ce n’est pas par égard pour le lecteur, mais par respect pour Celui qui, par l’organe du lecteur, parle seul au peuple. Si ces vaniteux savaient que c’est Dieu qui parle par le Prophète, ils rabaisseraient tout leur faste. Quand les magistrats leur adressent la parole, ces riches se gardent bien d’avoir des distractions; à plus forte raison faut-il les éviter quand Dieu parle. Nous sommes ses ministres, ô mes bien-aimés; nous ne vous disons pas nos pensées, mais les pensées de Dieu; le ciel vous envoie chaque jour les lettres qu’on vous lit. Voyons, répondez-moi, je vous en prie; nous sommes tous ici rassemblés. Je suppose que tout à coup arrive ici un homme avec une ceinture d’or, la tête haute, la démarche fière; il se dit envoyé par un des rois de la terre; il apporte une lettre pour entretenir la cité tout entière de choses de la plus grande importance. Est-ce qu’aussitôt vous ne vous tourneriez pas tous de son côté? N’est-il pas vrai que, même sans la recommandation du diacre, vous feriez tous un grand silence? Pour moi, je n’en doute pas : j’ai entendu lire, ici même, des lettres de l’empereur. Eh bien ! pour l’envoyé d’un souverain de la terre vous êtes tous attentifs, et, pour un envoyé de Dieu, lorsque du haut du ciel retentissent les accents du Prophète, aucun de vous ne veut être attentif? Est-ce que vous ne croyez pas que c’est au nom de Dieu qu’on vous parle? Nos épîtres viennent de Dieu. Sachons donc entrer dans les églises avec le respect convenable, écouter la parole avec un saint respect. A quoi bon y entrer, me dit celui-ci, si je n’entends pas une voix qui me parle? Voilà qui perd tout; quel besoin avez-vous d’un prédicateur qui vous parle? Ce besoin trahit notre lâcheté. Quel besoin avez-vous qu’on vous parle? Tout est simple et facile dans les divines Écritures. Tout ce qui est de nécessité, y est visible. Mais vous cherchez des plaisirs pour vos oreilles. Voilà pourquoi vous voulez des discours. Car enfin, répondez-moi, quelle était la pompe des discours de Paul, et cependant il a converti la terre. Quel était l’ornement de la parole de Pierre, un homme sans lettres?

Mais je ne sais pas, me répond-on, ce qu’il y a dans la divine Écriture; pourquoi ne le savez-vous pas ? Est-ce de l’hébreux, est-ce du latin, est-ce une langue étrangère, est-ce que l’Écriture ne vous parle pas grec ? mais c’est obscur, me répond-on. Où est l’obscurité? parlez; ne sont-ce pas des histoires? Vous comprenez celles qui sont claires; interrogez-moi sur celles qui ne le sont pas. Il y a des milliers d’histoires dans l’Écriture ; dites-m’en une de celles qui sont obscures. Mais vous n’en ferez rien. Vains prétextes, excuses mauvaises. Mais entendre chaque jour, me réplique-t-on, les mêmes choses ! Qu’est-ce à dire, répondez-moi? Et dans vos théâtres n’entendez-vous pas les mêmes choses? Et dans vos courses de chevaux? Et toutes les choses ne sont-elles pas les mêmes choses, et n’est-ce pas toujours le même soleil qui se lève ? Ne sont-ce pas toujours les mêmes aliments? Je veux vous faire une question, puisque vous dites que vous entendez toujours les mêmes choses, répondez-moi : De quel prophète est le passage qu’on vient de lire? De quel apôtre ou de quelle épître? Vous ne sauriez le dire ; vous me faites l’effet, bien au contraire, d’entendre des nouveautés. Mais, voilà, quand vous voulez céder à l’indolence, vous dites: Ce sont toujours les mêmes choses ; et quand on vous interroge, vous montrez que vous n’avez rien écouté. Puisque ce sont les mêmes choses, vous devriez les savoir, mais vous n’en savez rien. État lamentable et digne de toutes nos larmes : celui qui forge l’argent, prend une peine inutile. Ce que vous auriez dû remarquer précisément, c’est que, parce que ce sont les mêmes choses, nous ne vous imposons aucun travail, nous ne vous disons rien d’étrange, nous ne varions pas. Mais soit, l’Écriture vous fait toujours entendre les mêmes choses; mais nous, nous vous disons toujours des paroles nouvelles et qui doivent vous surprendre. En êtes-vous plus attentifs ? Nullement. Si nous disons : Pourquoi ne retenez-vous pas nos paroles? vous nous répondez Nous n’avons entendu,qu’une fois, et comment est-il possible; de tout retenir? Si nous disons : Pourquoi n’êtes-vous pas attentifs quand on lit la sainte Écriture? vous répondez :C’est toujours là même chose, et je n’entends que des excuses à la négligence et des prétextes. Mais ces excuses ne seront pas toujours de mise, le temps viendra où les lamentations seront superflues et inutiles. Loin de nous ce malheur; mais, bien plutôt, faisons pénitence ; écoutons avec sagesse, avec piété, la parole; appliquons-nous aux bonnes œuvres ; sanctifions tout à fait notre vie, afin d’obtenir les biens promis par Dieu à ceux qui l’aiment, par la grâce et par la bonté, etc.

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