La primauté de Pierre et de ses (vrais) successeurs : argument historique.

Saint Pierre statue  2


THÈSE RATIONALISTE.

D’après les rationalistes, le texte : Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église « n’a pris le sens et la portée dogmatique que les théologiens de la papauté lui ont donnée, qu’au IIIème siècle, lorsque les Évêques de Rome en eurent précisément besoin pour soutenir leurs prétentions naissantes ». La primauté de saint Pierre, prétendent-ils, n’a nullement été reconnue par les autres apôtres, et en particulier par saint Paul, car ce dernier, non seulement ne recense pas toujours Pierre le premier (I Cor., i, 12 ; iii, 22) ; Gal., ii, 9), mais il ne craint même pas de « lui résister en face » (Gal., ii, 11).

THÈSE CATHOLIQUE.

Les Actes des Apôtres fournissent à l’historien catholique de nombreux témoignages qui attestent que Pierre a exercé sa primauté dès les premiers jours de l’Église naissante.

1. Après l’Ascension, c’est Pierre qui propose le remplacement de Judas pour compléter le collège des Douze (Act., i, 15, 22).

2. Le premier, il prêche l’Évangile aux Juifs le jour de la Pentecôte (Act., ii, 14 ; iii, 6).

3. Le premier, éclairé par l’ordre de Dieu, il reçoit les Gentils dans l’Église (Act., x, 1).

4. Il visite les Églises (Act., ix, 32).

5. Au Concile de Jérusalem, il clôt la longue discussion qui s’est engagée, en disant que la circoncision ne doit pas être imposée aux païens convertis, et personne ne fait opposition à son avis (Act., xv, 7, 12). Et si Jacques parle après lui, ce n’est pas pour discuter son opinion, mais uniquement, parce que, préposé à l’Église de Jérusalem, il juge qu’il y a lieu d’imposer aux Gentils quelques prescriptions de la loi juive dont l’infraction pourrait scandaliser les chrétiens d’origine juive qui forment la masse de son Église.

On nous objecte, il est vrai, que saint Paul n’a pas reconnu la primauté de Pierre.
-Comment se fait-il alors que, trois ans après sa conversion, il soit venu à Jérusalem pour le visiter (Gal., i, 18, 19).
-Pourquoi est-il allé à Pierre, plutôt qu’aux autres, plutôt qu’à Jacques qui présidait à l’Église de Jérusalem? N’est-ce pas une preuve évidente qu’il le regardait comme le chef des Apôtres?

S’il en était ainsi, réplique-t-on, pourquoi ne le nomme-t-il pas toujours le premier?
La chose est bien simple, c’est que saint Paul ne recense jamais ex professo le collège apostolique, et ne fait que citer quelques noms en passant. Parfois aussi, comme au passage (I Cor., I, 12), il lui arrive de suivre une gradation ascendante, puisque, après Pierre, il nomme le Christ.

Mais, dit-on, et c’est là un terrain d’attaque cher aux rationalistes, oubliez-vous le conflit d’Antioche où Paul ne craignit pas de résister en face à Pierre?

Pour que nos adversaires ne nous accusent pas de diminuer l’importance du conflit, nous allons le rapporter d’après les propres paroles de saint Paul. « Quand Képhas vint à Antioche, écrit-il aux Galates (II, 11-14), je m’opposai à lui en face, parce qu’il était visiblement en faute. En effet, avant l’arrivée de certaines personnes d’auprès de Jacques, il mangeait avec les Gentils. Mais quand elles furent arrivées, il se retira et se tint à l’écart, par crainte de ceux de la circoncision. Et les autres Juifs s’associèrent à son hypocrisie, en sorte que Barnabé aussi fut entraîné par leur duplicité. Mais quand je vis qu’ils ne marchaient pas droit selon la vérité de l’Évangile, je dis à Képhas en présence de tous : Si toi qui es Juif, tu vis à la manière des Gentils et non pas à celle des Juifs, comment peux-tu contraindre les Gentils à vivre en Juifs ? »
Comme on peut le constater, le conflit est né de la fameuse question, soulevée par les judaïsants, de savoir si la loi mosaïque avait gardé son caractère obligatoire et s’il était exigé de passer par la circoncision pour entrer dans l’Église chrétienne. Or, — qu’on remarque bien ce point, — les deux Apôtres ont toujours été d’accord pour répondre que non : il n’y a donc pas eu conflit entre eux sur le terrain dogmatique. Et voici où le litige va surgir. Il arriva que saint Pierre, pour ne pas provoquer les récriminations des judaïsants, s’abstint de manger avec les Gentils qui s’étaient convertis sans passer par le judaïsme.

Certainement une telle manière de faire pouvait être interprétée en sens divers.

1. Ou bien l’on pouvait y voir une simple mesure de prudence que justifiait le but poursuivi. S’adressant à des milieux différents, l’un, apôtre des circoncis, l’autre, des incirconcis, faut-il s’étonner que saint Pierre et saint Paul aient eu à adopter, dans les questions de discipline, des attitudes différentes? N’est-il pas raconté par ailleurs dans les Actes des Apôtres, que saint Paul, placé à l’occasion dans une circonstance identique, n’a pas agi autrement, et qu’en dépit de ses convictions, il a circoncis Timothée, à cause des Juifs qui étaient dans ces contrées (de Lystres et d’Iconium: Act., xvi, 3).

2. Ou bien l’on pouvait prendre la conduite de saint Pierre pour de l’hypocrisie et de la lâcheté : et c’est ainsi que la chose fut jugée par saint Paul. Il sembla à ce dernier que, pour éviter les conséquences regrettables de l’attitude de Pierre, il était de son devoir de le reprendre. Nous nous trouvons donc dans un cas de correction fraternelle faite par un inférieur, et dans laquelle ce dernier, selon toute apparence, manqua de mesure et de déférence, emporté sans doute par un zèle excessif. (ndlr : cela n’a rien à voir les assertions de certains qui par là nient l’infaillibilité des Papes…)

Mais que si saint Paul attachait une telle importance à la conduite de saint Pierre, objecterons-nous à notre tour aux rationalistes, n’est-ce pas, de toute évidence, que son influence sur les églises était plus grande et moins incontestée ? L’argument des rationalistes retourne donc contre eux, et le conflit d’Antioche, loin de prouver contre la primauté de Pierre, nous en apporte un nouveau témoignage.

Source : Abbé Boulenger, manuel d’apologétique.

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