La primauté de Pierre et de ses (vrais) successeurs découle des paroles des écritures.

Saint Pierre statue  2

PAROLES DE LA PROMESSE.

— Les paroles par lesquelles Notre-Seigneur promit la primauté de juridiction à saint Pierre, furent prononcées à Césarée de Philippe. Jésus avait interrogé ses disciples pour savoir quelle opinion l’on se faisait de sa personne. Et Pierre, en son propre nom, et d’une inspiration spontanée, avait confessé que « Jésus était le Christ, le Fils du Dieu vivant ». C’est alors que le Sauveur lui adressa ces paroles fameuses : « Tu es heureux, Simon, fils de Jonas, car ce n’est pas la chair et le sang qui te l’ont révélé, mais mon Père qui est dans les cieux. Et moi, je te dis que tu es Pierre, et que sur cette pierre je bâtirai mon Église, et les portes de l’Enfer ne prévaudront point contre elle. Et je te donnerai les clefs du royaume des cieux, et tout ce que tu lieras sur la terre sera lié dans les cieux, et tout ce que tu délieras sur la terre sera délié dans les cieux » (Mat., xvi, 17,19).

De ce texte trois choses doivent être relevées, qui vont à la démonstration de la thèse catholique :

a) Tout d’abord il convient de remarquer que Jésus change le nom de Simon en celui de Pierre. Or le changement de nom est, d’après l’usage biblique, le signe d’un bienfait. Ainsi, Abram fut appelé Abraham, lorsque Dieu voulut contracter alliance avec lui et le désigner comme le père des croyants (Gen., xvii, 4, 5).

b) Dans le cas présent, le nouveau nom, donné à Simon, symbolise la mission dont Jésus veut le revêtir. Simon s’appellera désormais Pierre, parce qu’il doit être la pierre, la roche sur laquelle Jésus veut fonder son Église. Ce qu’est le rocher par rapport à l’édifice, Pierre le sera par rapport à la société chrétienne, à l’Église du Christ : fondement ferme qui assurera la stabilité à toute la construction, roc inébranlable qui défiera les siècles et sur lequel viendront se briser « les portes de l’enfer» autrement dit, les assauts du démon.

c) Enfin les dés du royaume des cieux sont remises entre les mains de Pierre. Nous ne nous arrêterons pas aux pouvoirs de lier et de délier ; ils ne sont pas en effet, la propriété exclusive de Pierre ; il les partage avec les autres apôtres. Mais la remise des clés est un privilège insigne et spécial, elle confère un pouvoir absolu. Le royaume des cieux est comparé à une maison. Or, — cela va de soi, — seul, celui qui a les clés et ceux à qui ce dernier veut bien ouvrir, ont accès à la maison. Voilà donc Pierre constitué le seul intendant de la maison chrétienne, l’unique introducteur au royaume de Dieu. Inutile d’insister plus : la promesse du Christ est trop claire pour qu’il reste un doute sur sa signification. Seul Pierre change de nom, seul il est appelé le fondement de la future Église, seul il en recevra les clés : si les mots ont un sens, c’est bien la primauté de Pierre qu’ils signifient.

Les adversaires objectent, suivant leur tactique habituelle, que le passage en question est inauthentique et qu’il a été interpolé au moment où l’Église avait déjà vécu un certain temps et avait accompli son évolution vers la forme catholique. Ils en voient la preuve dans ce fait que saint Matthieu est le seul à rapporter les paroles de Notre-Seigneur.
Réponse. — L’argument tiré du silence de Marc et de Luc est purement négatif. Il n’aurait de valeur que si l’on pouvait prouver que le passage devait être rapporté par eux et était commandé par le sujet qu’ils traitaient. Or une telle démonstration ne peut être faite, et le silence des deux synoptiques doit être attribué à des motifs littéraires qui ne comportaient pas l’introduction du texte.

PAROLES DE LA COLLATION.

— Le pouvoir suprême que Jésus avait commencé par promettre à Pierre, deux passages de l’Évangile nous attestent qu’il le lui a effectivement conféré

a) Mission donnée à Pierre de confirmer ses frères.

Quelque temps avant sa Passion, Jésus annonce aux Apôtres leur prochaine défaillance, mais en même temps qu’il prédit celle de Pierre, il lui déclare qu’il a spécialement prié pour lui : « Simon, Simon, voici que Satan vous a réclamés, pour vous cribler comme le froment. Moi, j’ai prié pour toi, afin que ta foi ne défaille pas, et toi, quand tu seras revenu, affermis tes frères » (Luc, xxii, 31-32). Ainsi, lorsque les Apôtres, d’abord vaincus par la tentation, se seront relevés de leur chute, purifiés par l’épreuve qui aura retranché de leur âme les faiblesses du passé, tel le crible qui sépare la paille du froment, Jésus donne à Pierre la mission de confirmer ses frères. Une telle mission implique évidemment la primauté de juridiction.

b) Pierre reçoit la charge du troupeau chrétien.

La scène se passe après la Résurrection. Voici comment saint Jean la rapporte (Jean, xxi, 15, 17). Par trois fois Jésus demande à Pierre s’il l’aime ; par trois fois, Pierre proteste de son amour et de son inviolable attachement. Alors le Sauveur, se sentant à la veille de quitter ses disciples par son Ascension, remet à Pierre la garde de son troupeau. Il lui confie le soin de la chrétienté tout entière, à la fois des agneaux et des brebis. « Pais mes agneaux », lui dit-il deux fois, puis une troisième fois : « Pais mes brebis ». Or, d’après l’usage courant des langues orientales, le mot paître veut dire gouverner. Paître les agneaux et les brebis c’est donc gouverner avec une autorité souveraine l’Église du Christ ; c’est en être le chef suprême ; c’est avoir la primauté.

Source : Abbé Boulenger, manuel d’apologétique.

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