Mgr Delassus : guérir une nation malade

Mgr Delassus« On ne guérit pas une nation malade, dit encore le P. Aubry, avec de l’enthousiasme, des sentiments, de grands cris d’espérance jetés dans les chaires, les tribunes, les journaux et les livres. »

Et surtout, on ne convertit pas en prêchant aux hommes leurs droits et en taisant leurs devoirs ; en marquant du dédain pour l’humilité, l’obéissance, l’esprit de pauvreté et même la divine charité ; en encourageant la convoitise des choses de ce monde et en remettant à plus tard de parler des espérances éternelles.

Ceci n’apporte à l’âme que le froid de l’égoïsme ; et cela – les grandes phrases et les grands discours – ne fait qu’une flambée dans l’imagination.

Il faut un autre feu pour réchauffer le monde et lui rendre la vie.
Il faut que les hommes recommencent à savoir que la grâce sanctifiante qui est donnée au Saint Baptême créée en eux une nouvelle vie d’ordre surnaturel et divin qui les fait vraiment enfant de Dieu par une participation réelle à la nature divine. Les juifs estiment être la seule race humaine ; nous sommes, nous chrétiens, une race sur surhumaine, plus élevés au-dessus du reste de l’humanité, par la grâce, que les autres hommes ne le sont, par la raison, au dessus des animaux. Il faut que les fils d’Adam réapprennent comment, par l’incarnation et la Rédemption, cette grâce a découlé du sein de Dieu dans le cœur de Jésus-Christ, sa source, son réservoir sur la terre ; – comment, de cette source, elle est versée dans les trésors de l’Église qui, en sa qualité et en vertu de ses fonctions de mère, vit de cette grâce et en fait vivre ses enfants ; comment elle se répand dans tout le corps mystique de Jésus-Christ, c’est-à-dire dans toute créature déifiée, depuis le Pape, tête et centre de l’Église, jusqu’au dernier fidèle en passant par les veines de la hiérarchie ; – comment elle féconde l’élément humain et produit la vie chrétienne avec sa riche moisson de fruits dans les âmes ; – comment en cet ordre admirable, la grâce habituelle divinise l’homme ; – comment cette divinisation n’est pas un e métaphore, mais une réalité, puisque, dès ici-bas et par les vertus infuses, la participation à la vie divine commence pour se consommer dans la gloire par la vision intuitive et l’amour béatifique.

Le feu qui doit revivifier le monde ne peut avoir d’autre foyer que les belles intuitions de la théologie aspirées et reçues dans un cœur pur.

Sans le feu divin qu’elles communiquent à l’âme, le zèle, quelqu’actif, quelqu’étendu, quelqu’entreprenant qu’il soit, reste infécond. On ne le voit que trop. Que d’efforts dépensés en pure perte ! Que d’agitations non seulement stériles mais qui, au lieu d’élever le peuple à la hauteur du prêtre, abaissent le prêtre jusqu’au peuple !

Poussant à ses dernières limites l’hypothèse des ravages que cause présentement l’esprit moderne dans les âmes et dans la société, le P. Aubry dit : «  Quand les idées régnantes, les désertions et les scandales aurait enlevé à l’Église la moitié, puis les trois quart, puis les neuf dixièmes, puis les neuf cent quatre-vingt-dix-neuf millièmes de sa famille, si le millième demeuré fidèle est excellent et radical, tout sera regagné, car ce millième formera la petite armée de Gédéon, la semence saine et irréprochable d’une nouvelle société. Combien serait plus puissante, pour la régénération d’un peuple comme le nôtre, une telle phalange sortie d’écoles théologiques solides, armée de toute la force surnaturelle de l’Évangile, fortifiée de principes sûrs et inébranlables contre l’esprit du siècle ! Certainement elle vaincrait, à moins que l’Écriture n’eût menti en disant : Haec est victoria quae vincit mundum fides nostra. »

Non ! L’Esprit Saint n’a point menti. C’est la foi et la foi seule qui a triomphé, qui triomphe et qui peut toujours triompher du monde.

«  La foi, c’est le germe transformateur ; elle fermente dans l’âme, envahit, absorbe, transforme tout l’être humain et, par l’être humain, toute la société ».

 


Source : Mgr Delassus, l’Américanisme et la conjuration antichrétienne.

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