L’excellence de la vie intérieure

St BonaventureVita contemplatim, dit le Docteur angélique, simpliciter melior est… et potior quam activa. La vie contemplative est meilleure que la vie active et lui est préférable.

Saint Bonaventure accumule les comparatifs de supériorité pour montrer l’excellence de cette vie intérieure : Vita sublimior, securior, opulentior, suavior, stabilior, vie plus sublime, plus riche, plus sûre, plus suave, plus stable.

Vita sublimior.

La vie active s’occupe des hommes, la vie contemplative nous fait entrer dans le domaine des plus hautes vérités, sans détourner ses regards du principe même de toute vie. Principium quod Deus est quaeritur. Plus sublime, elle a un horizon et un champ d’action plus étendus: Martha in uno loco corpore laborabat circa aliqua, Maria in multis cantate circa multa. In Dei enim contemplatione et amore videt omnia; dilatatur ad omnia, comprehendit et complectitur omnia, ita ut ejus comparatione, Martha sollicita dici possit circa pauca.(1)

Vita securior.

En elle moins de dangers. Dans la vie presque uniquement active, l’âme s’agite, s’enfièvre, éparpille ses énergies, et par là-même s’affaiblit. Il y a triple défaut : Sollicita es (2) ce sont les soucis de la pensée, sollicitudinis in cogitatu ; Turbaris : voici les troubles que font naître les affections, turbationis in affectu ; enfin, Erga plurima : multiplication d’occupations, d’où division dans l’effort, dans les actes, divisionis in actu. — Une seule chose s’impose au contraire pour constituer la vie intérieure : l’union à Dieu: Porro unum est necessarium. Le reste n’est, ne peut être que secondaire, accompli seulement en vertu de cette union et pour la fortifier davantage.

Vita opulentior.

Avec la contemplation, tous les biens : Venerunt mihi omnia bona pariter cum ilia (3) Elle est la part excellente entre toutes : Optimam partem elegit (4). En elle, affluent plus de mérites. Pourquoi ? Parce qu’elle augmente à la fois l’élan de la volonté et le degré de grâce sanctifiante et fait agir l’âme par un principe de charité.

Vita suavior.

L’âme vraiment intérieure s’abandonne au bon plaisir divin, accepte d’un même cœur patient les choses agréables comme les pénibles, ira même jusqu’à se montrer joyeuse dans les afflictions, heureuse de porter sa croix.

Vita stabilior.

Si intense qu’elle soit, la vie active a son terme ici-bas ; prédications, enseignements, travaux de toutes sortes, tout cela cesse au seuil de l’éternité. La vie intérieure, elle, est sans déclin: Quae non auferetur ab ea. Par elle le séjour ici-bas n’est qu’une continuelle ascension vers la lumière, ascension que la mort vient rendre incomparablement plus radieuse et plus rapide.

Pour résumer les excellences de la vie intérieure, on peut lui appliquer ces mots de saint Bernard : « En elle l’homme vit plus purement, tombe plus rarement, se relève plus promptement, marche plus sûrement, reçoit plus de grâces, repose plus tranquille, meurt plus rassuré, est plus vite purifié et obtient une plus grande récompense. »

Source : Dom J. B. Chautard – l’âme de tout apostolat.


1 Marthe en un seul lieu se livrait corporellement à de rares travaux. Marie par la charité travaille en plusieurs lieux et à des ouvrages nombreux. En contemplant, et en aimant Dieu, elle voit tout, elle s’étend à tout, elle comprend et embrasse tout. On peut donc dire que comparée à Marie, Marthe s’inquiète pour peu de choses (RICHARD DE S. VIOT. In Cant., 8).

2 Marthe, Marthe, vous vous inquiétez et vous vous agitez pour peu de choses, une seule chose est nécéssaire (Luc, X, 41, 42)

3 Tous les biens me sont venu avec elle (SAP., VII, 11)

4 Elle a choisi la meilleure part qui ne lui sera point ôtée (Luc, X, 42)

5 Haec (vita) sancta, pura, et immaculata, in quo homo vivit puritus, cadit rarius, surgit velocius, incedit cautius, irrogatur frequentius, quiescit securus, moritur fiducius, purgatur citius, praemiatur copiostus (S. BERNARD, Hom. Simile est… hom neg.)

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