LE CRUCIFIEMENT DE NOTRE SEIGNEUR

Crucifixion
Ce mystère comprend trois choses : le Calvaire avant la crucifixion ; Notre Seigneur cloué à la Croix ; l’élévation de la Croix.
Ces diverses circonstances inspirent des réflexions propres à nourrir en nous l’amour de Notre Seigneur, et le désir de souffrir pour Lui.

1

Pour Jésus il n’est point de répit ! Le Calvaire à peine gravi, on lui arrache les chaînes qui avaient pénétré très avant dans les chairs, puis ses vêtements qui, ayant adhéré à ses plaies, emportent avec eux des lambeaux sanglants. Dans cet état navrant, le corps entièrement lacéré, Jésus est exposé à l’âpreté de l’air et au regard d’une grande foule. Pendant ce temps, les instruments se préparent, le trou de la Croix se creuse : on présente à Jésus du vin mêlé avec de la myrrhe et du fiel ; mais après y avoir goûté, il n’en voulu pas boire. Et dederunt ei vinum bibere eum folle mistum. Et eum gustasset, noluit libere (Matth, XXVIII, 34). Les juifs concentrent sur Jésus toutes les variétés de la douleur, avec une cruauté qui n’est dépassée que par la patience de Jésus à souffrir toutes ces douleurs sans une plainte.

Contemplons-le dépouillé… Et à cette vue apprenons que la pauvreté parfaite et une totale désapprobation de toutes les choses terrestres forment le degré le plus proche de la Croix. Approchons respectueusement, demandons-Lui de nous donner un vrai dégagement de tout ce qui pourrait alourdir ou entraver nos âmes et nous empêcher d’être crucifié avec Lui.

O Jésus, combien Vous voilà dépouillé de tout, non seulement de vos vêtements, mais de votre chaire elle-même, violemment arrachée, et Vous l’avez voulu afin que, Vous voyant dénudé jusqu’à un tel point, nous renoncions du moins de bon cœur aux choses superflues et nuisibles.

Quand l’amère boisson lui est  présentée, Jésus goûte le fiel, mais plus ingénieux à se persécuter que ses bourreaux eux-mêmes, il refuse de boire ce vin mélanger qui aurait pu atténuer son martyre. Par là encore il fait entendre que si amères que Lui soient nos injures, ses entrailles toutes de charité n’auront jamais de fiel pour nous. Ainsi ne cesse-t-il de nous témoigner au milieu des pires supplices son amour sans mesure, un amour qui demeure alors même qu’actuellement nous procurons sa mort, nous pécheurs. Aimons donc comme Il le mérite Celui qui ne s’est jamais vengé de nous que par des bienfaits et qui, par cette Passion dont nous sommes les auteurs, nous assure une vie éternellement glorieuse et bienheureuse.

2

Le très obéissant Jésus, au premier signe de ses bourreaux, se couche Lui-même sur la Croix, et voici qu’il étend ses bras pour les laisser clouer. Il n’envisage ni l’injustice, ni la cruauté de ces hommes, ni l’horreur de ce qui lui est commandé : son regard est fixé sur son Père Céleste et rien de ce qui vient d’une telle main ne lui semble trop dur. Un tel modèle nous presse d’obéir parfaitement à ceux que nous-même avons choisi pour tenir place de Dieu, d’étendre nos mains vers ce qu’ils demandent, de fixer nos pieds là ou ils nous placent. Il ne s’agit pour nous ni de clous aigus ni de croix affreuse, mais si nous devions mourir du fait même de l’exercice de l’obéissance, rien ne pourrait nous être plus grand bonheur et plus grande gloire. N’est-ce pas précisément ce que le Christ a fait pour nous ?

Regardons longuement notre Bien-Aimé sur la Croix ; son exemple et sa société transfigureront toutes les peines. Avec paix, avec empressement, Il s’étend sur l’instrument de mort. Jamais époux n’embrassa son épouse avec autant d’amour. C’est une couche nuptiale si délicieuse à ses yeux que, pour s’y reposer, il a quitté le sein de son Père. Les clous en font la beauté et les épines la douceur ; les affronts, la nudité et les ignominies en sont la royale parure ; les souffrances aiguës de tout son être sont les seules joies de l’Époux « en ce jour de ses noces » sanglantes, les railleries et les sarcasmes forment la seule harmonie qui, en un sens tout céleste, charme ses oreilles. La Croix est à la fois l’instrument et le symbole de sa victoire dont les fruits, sans saveur pour la nature, sont délicieux pour l’esprit de la grâce et dégagent un parfum exquis dont le Ciel et Dieu Lui-même sont embaumés !

Mais hélas ! A quel prix Jésus cueille et achète de tels fruits… Voici que de longs clous s’enfoncent dans ses mains sacrées…. et maintenant ses pieds, placés l’un sur l’autre, sont transpercés de la même manière. Les nerfs et les muscles, déjà contractés, sont tendus violemment pour ajustés aux trous… Voyez « on  peut compter tous ses os » brutalement disjoints ; voyez, le sang ruisselle, recueillez-le avant qu’il ne tombe à terre… Écoutez le son du marteau… Sans doute nous en frissonnons d’horreur, mais écoutons encore, car qu’y a-t-il de plus propre à nous guérir de notre puérile et trop égoïste crainte de la souffrance ?

3

Les intolérables tortures du Christ furent renouvelées et ses maux augmentés lorsque, élevée de terre, sa Croix tomba lourdement dans la cavité préparée à cet effet. Mon âme contemple sur ce trône de douleur le roi de toutes choses, imprime si fortement son image en toi que ni le temps ni rien au monde ne puisse désormais l’effacer. Vois : Il est suspendu entre deux brigands, en présence d’ennemis qui l’insultent, sous les yeux de sa sainte Mère dont Il sent l’immense affliction.

Regarde avec Elle : en ce jour solennel, à l’heure de midi, Jésus dans la fleur et dans la force de son âge est immolé à la vue de Jérusalem, victime de la rage des juifs et des Gentils qui conspirent à le tourmenter. En Lui, rien n’est exempt de douleur, son visage est défiguré, à peine lui reste-t-il un peu de chair intacte, et voit parâtre des os. S’Il lève la tête vers le Ciel, les épines s’y enfoncent plus avant ; s’Il l’incline, le poids du corps déchire les plaies de ses mains  et de ses pieds, et la vue elle-même Lui est un supplice. Ce spectacle, capable de faire fondre un cœur de pierre, Jésus nous le donne au prix de ses douleurs, afin que, en le contemplant, nous soyons guéris des morsures venimeuses du serpent infernal : qui percussus aspexerit eum, vivet (Nomb, XXI, 8) : quiconque aura été mordu et le regardera conservera la vie.

En vérité c’est là un arbre de la science du bien et du mal, non celui auquel il était défendu de toucher sous peine de mort, mais celui dont les fruits donnent la vie et l’immortalité. Par eux, nous savons la miséricorde et la justice de Dieu et le mal du péché, l’immensité des joies célestes et l’horreur des tourments de l’enfer, l’amour de Jésus pour nous et nos dettes envers Lui. Jésus crucifié est l’arbre de vie dont il est dit que ceux qui se nourriront de son fruit ne mourront jamais. Il est la fontaine sacrée d’où se répandent quatre fleuves qui, semblables à ceux du Paradis, arrosent le jardin de l’Église.

Mon âme, tu trouves tout en Lui : vertus héroïques, amour ardent, joies pures, richesses réelles, lumière spirituelle, vie immortelle et gloire. Approche et contemple à loisir la beauté de Celui que tu aimes, Il est exposé de telle sorte que tous puissent venir à lui : ses bras sont étendus et sa tête est penchée pour te donner le baiser divin ; et, afin que sois sûr de le retrouver toujours, il a voulu être attaché comme inséparablement à la Croix.

Source : Les exercices de trente jours – méditations, par le Rnd Père de Clorivière

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