DE CEUX QUI SONT PRÉSENTS AU CALVAIRE

Passion peinture

Les sentiments si divers, si opposés, qu’inspirent à toutes sortes de personnes la vue du Christ suspendu à la Croix, nous présentent de grands sujets de méditation, très propres à nous faire faire des actes excellents. Nous verrons quels furent les sentiments des juifs, des démons, ceux de la Sainte Vierge, de Saint Jean, et d’autres.

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Pour la plupart de ceux qui sont au Calvaire, surtout pour les Juifs, le crucifiement est une joie féroce et un triomphe. Les Évangélistes nous en font ce tableau : Les bourreaux partagèrent ses vêtements et tirèrent sa robe au sort : Dividentes vero vestimenta ejus, miserunt sortes (Luc, XXIII, 34). Ceux qui paraissent le blasphémaient, branlant la tête et disant : Allons, toi qui détruis le temple de Dieu et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi -même ! Si tu es le Fils de Dieu, descend de la Croix ! Praeteruntes autem blasphemabant eum noventes capita sua. Et dicentes : Vah ! qui destruis templum Dei, et in triduo illud reaedificas, salva temetipsum : si Filius Dei es, descende de cruce, et credimus ei (Matth, XXVIII, 39-40). Et le peuple se tenait là, regardait et se moquait de Lui : Et stabat populos spectans et deribant eum principes cum eis (Luc XXIII, 35). La patiente bonté du Christ ne se lasse pas de souffrir et de multiplier encore les preuves de son amour. L’excessive barbarie des homme ne se lasse pas de tourmenter Celui qui souffre peur eux. Insensible à ses douleurs et ne pouvant plus augmenter celles de son corps, ils s’ingénient à augmenter celles de son âme par leurs blasphèmes et l’amertume de leurs railleries. De tels excès restent sans excuse car le Christ ne fût-il qu’un homme, c’est une impardonnable cruauté de le traiter ainsi.

Mais doux Jésus, que dire de moi-même ? Que dire des mauvais chrétiens ? Des chrétiens tièdes ? Vous connaissant pour Dieu notre Sauveur, sachant que vos souffrances sont pour nous, nous restons en face de la Croix sans dévotion, comme devant un spectacle banal et qui n’arrête pas nos offenses. Combien semblent agir comme s’ils voulaient pousser à bout votre patience et voir jusqu’où l’on peut provoquer votre justice et votre courroux ! Pardonnez-nous Seigneur, pardonnez à tous, et ne permettez pas que, nous, vos serviteurs, nous mettions en contradiction notre foi et notre conduite.

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Tandis que les juifs, distillaient la rage dans leur cœur, continuent à insulter le Seigneur, Lucifer et les démons ses complices sont là aussi, déjà tremblant et confondus, obligés d’être témoins de la Rédemption de l’humanité. Ils voient que l’heure est venue ou le Christ élevé de terre va tout attirer à Lui, que leur empire touche à sa fin et qu’eux-mêmes ont préparé et hâté leur défaite en poursuivant la mort de Jésus ; ils comprennent que, selon la Prophétie d’Habacuc, la gloire du Crucifié va couvrir les cieux et sa louange remplir la terre ; sa splendeur va éclater, et ses rayons tomberont de ses mains, là se cahce se puissance : Operuit cœlos gloria ejus, et laudis ajus plena est terra. Splendor ejus et lux erit : cornua in manibus ejus : ibi abscondita est fortitudo ajus (Hab., III, 4). Par la force divine cachée dans la Croix, le pouvoir de Satan va être anéanti, la mort vaincue, et les démons obligés de fuir devant cette Croix libératrice.

Avec Jésus-Christ, réjouissons-nous de son triomphe ; et en voyant de quelle manière fut abattue la force des démons par sa glorieuse Passion, comprenons aussi avec quelle facilité nous pouvons les vaincre si nous avons recours aux armes de la Croix.

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En Jésus crucifié, la Vierge Bénie contemple à la foi son Fils et le Fils unique du Père, le Sauveur du monde, le vainqueur de la mort et de l’enfer. Dans toute la mesure ou une simple créature en est capable, Elle comprend son excellence infinie, son amour pour les hommes, ‘immensité des souffrances de son âme et de son corps et leurs fruits pour la gloire de Dieu ; elle voit le Ciel recouvré, le salut du monde.

Marie sait combien le Père se complait dans le sacrifice de son Fils, elle est debout, offrant l’Agneau sans tache, fruit de ses entrailles ; elle agit et elle souffre en coopératrice de la Rédemption ; et transformée par l’amour en son Fils crucifié , Reine des martyrs, elle endure un tourment dont nul autre cœur que le sien n’est capable. L’amour de Jésus remplit l’immense capacité de ce cœur, il dépasse celui de tous les anges et de tous les hommes réunis, il est en proportion des prérogatives d’une telle mère et des amabilités d’un tel Fils, comme de l’intime Passion union de nature et de la conformité de volonté qui existe entre eux. Cet amour égale donc, en quelque manière, la perfection du Fils et la dignité de la Mère. Les sentiments et les affections provenant d’une telle connaissance et d’un tel amour, sont chose ineffable, il faut les savourer dans le silence du cœur et de l’esprit. Offrons-les à Jésus, offrons-les au Père Céleste qui s’y plait infiniment.

Au milieu de sa Compassion immense, Marie demeure ferme dans son adhésion à la volonté de Dieu et ratifie le plein consentement qu’Elle y a donné. De nous savons combien Elle nous a aussi aimé ! Il lui aurait paru moins douloureux d’être crucifiée avec son Fils ! Saint-Jean, Marie-Magdeleine et d’autres lui tienne compagnie, ils ont part à sa douleur et ses sentiments. A nous de les imiter.

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Sur la Croix,  les sentiments du Christ Lui-même sont tels qu’ils convient au Fils de Dieu, au Rédempteur des hommes, au Maître de toutes les vertus, au Souverain Juge de tous. Ce sont des sentiments tout divins, et que ses souffrances n’altèrent en rien ; son amour pour nous, son obéissance, sa patience, sa douceur demeurent les mêmes. Jésus nous aime tellement que, même sur la Croix, ses plus grandes douleurs lui viennent de son amour, et en particulier celle qui dépasse toutes les autres, l’inutilité pour un grand nombre de ce sang qu’Il verse pour tous. Il serait prêt à de nouvelles souffrances et les compterait pour peu de choses si par là tous devaient enfin profiter de sa Passion. Dans son immense amour, ce qu’Il désire le plus, c’est de nous voir suivre les exemples qu’Il nous donne du haut de sa Croix.

Comment me refuserais-je à ces désir du Roi d’amour ?

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Le Père Éternel pourrait-il être indifférent à ce qui se passe au Calvaire ? Son courroux et sa justice sont provoqué par la malice des hommes qui atteint son suprême degré, par les outrages faits à ce Fils unique qu’Il leur a donné pour Sauveur et pour Maître. Mais ce Fils crie miséricorde parce que ses persécuteurs sont cependant pour Lui des frères infiniment chers. Ce cri de son Cœur prévaut la Justice est satisfaite car Dieu reçoit une satisfaction égale et même supérieure à l’offense ; et sa plus grande gloire est procurée : Au plus fort de sa colère contre les hommes, Il se souvient de sa miséricorde : cum iratus fueris, misericordim recordaberis (Hab., III, 2). Il prend d’infinis délices dans le sacrifice de son Fils et, à cause de Lui, Il pardonne à tous ceux qui recourent à Lui et s’appliquent ses souffrances.

Confidents des secrets du Cœur de Dieu et du Cœur de son Christ, les Anges éclatent en admiration et en louanges. Avec eux, bénissons à jamais les miséricordes du Seigneur et offrons-lui les trophées de la passion.

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Le spectacle de Jésus crucifié remplit le Ciel et la terre d’admiration et de stupeur, l’enfer en est frappé d’épouvante. Serais-je seul insensible, moi pour qui le Christ est suspendu à la Croix, car je suis présent à sa pensée, et c’est pour moi qu’Il meurt ! Il meurt pour moi dans un excès d’amour ! Loin de moi de devenir comme les Juifs le contempteur de Celui que j’ai attaché à la Croix, loin de moi de m’abandonner au désespoir comme les démons ! Mais à moi la confusion et la douleur, à moi l’espérance et l’amour !

Ici est la Source d’eau vive qui jaillit jusqu’à la vie éternelle : fons aquae salientis in vitam aeternam (Jean IV, 14). Venez, puisons « aux fontaines du Seigneur ».

Jésus crucifié est le « Livre de vie », prenez-le, il vous enseignera toute la vérité.

Il est « la fleur des champs », la fleur du Calvaire : Ego sum flos campi (Cant., II, 1). Cueillez cette belle fleur sanglante, cueillez-la avec la rude tige qui la porte, placez-la sur votre cœur ; qu’elle occupe vos pensée et vous imprègne tout entier de son parfum.

Source : Les exercices de trente jours – méditations, par le Rnd Père de Clorivière

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