Stations de la passion de Jésus-Christ

STATIONS DE LA PASSION DE JÉSUS-CHRIST
Clous et couronne d'épines

Jésus-Christ est mort, et c’est pour nous ; c’est pour opérer notre salut qu’il est mort : il est donc bien juste, bien convenable, de réveiller souvent en notre esprit le souvenir de sa mort, de méditer ce qu’il a souffert dans le cours de sa passion. On le fera avec succès en se mettant devant les yeux les différentes stations de la Passion, qui sont au nombre de sept ; et c’est pour aider à le faire qu’on a mis ci-après ces stations, qu’on pourra lire tous les vendredis de l’année et particulièrement dans les deux dernières semaines du Carême ; et on le fera toujours avec fruits : car la dévotion à la Passion de Jésus-Christ a été regardée dans tous les temps comme la dévotion des prédestinés.

PREMIÈRE STATION : JÉSUS-CHRIST AUX JARDIN DES OLIVES

O Jésus, mon Sauveur, qui avez sué le sang et l’eau dans le jardin de Gethsémani à la vue de vos tourments et de mes péchés, et qu vous êtes dépouillé de votre force pour vous revêtir de mes infirmités, au point qu’un ange fut envoyé pour vous fortifier, je vous adore tout baigné de votre sang ; je vous remercié très humblement d’avoir voulu tant souffrir pour moi. Je déteste tous mes péchés qui vous ont causé une si triste agonie, et je suis résolu de plutôt mourir que de jamais renouveler votre passion intérieure. Faites-moi la grâce de concevoir de mes iniquités ue si grande et si vive douleur, que je résiste désormais jusqu’au sang aux tentations du démon, du monde et de la chair, et que je me conforme en toutes choses à votre divine volonté, comme vous fîtes alors à celle de votre Père Céleste. Ainsi soit-il.

DEUXIÈME STATION : JÉSUS-CHRIST CHEZ ANNE ET CAÏPHE

Divin Jésus, qui, conduit premièrement chez Anne, et interrogé par lui sur votre doctrine, reçûtes, avec une douceur admirable, d’un vil serviteur, un soufflet aussi honteux que violent ; qui, mené ensuite à Caïphe, fûtes accablé d’opprobres, en présence de cet orgueilleux pontife, par le scribes et les anciens du peuple, pour avoir déclaré votre filiation divine et le droit que vous exerceriez un jour, en qualité de fils de l’homme, de juger les vivants et les morts : le compatis aux injures que l’on vous fit alors, et je déplore l’aveuglement de Caïphe, qui, occupant une place ou il devait examiner la fausseté des accusations portées contre vous, bien loin de se faire lui-même votre défenseur, dit que vous méritiez la mort. Je me jette à vos pieds, ô mon Juge et mon Roi, pour vous demander pardon de vous avoir tant de fois souffleté et outragé, tant en votre propre personne par mes péchés énormes, qu’en celles de mon prochain, puisque vous tenez pour fait à vous-même tout le mal qu’on lui a fait.
Je forme la résolution de souffrir désormais pour vous toutes les injures qui me seront faites, et de ne jamais plus vous offenser en la personne de mes frères, en action ni en paroles, par colère ou par vengeance.

TROISIÈME STATION : JÉSUS-CHRIST CHEZ PILATE ET HÉRODE

Je vous rend grâce, ô doux Jésus ! Qui, présenté devant les tribunaux de Pilate et d’Hérode, interrogé par ces juges païens, demeurâtes dans le silence à toutes les accusations et les calomnies que l’on avança contre vous, comme un agneau qui ne résiste point à celui qui le tond. Vous pouviez, devant l’un, exposer les mystères de votre royauté, lui faire sentir la force de la vérité : et devant l’autre vous auriez pu faire des miracles qui l’aurait empêché de vous traiter de fou, de vous revêtir d’une robe blanche, comme un insensé. Accordez-moi la grâce de retenir ma langue et de n’être point ému des médisances et des affronts. Que je les souffre sans me plaindre, comme vous avez souffert d’être méprisé par Hérode et par toute sa cour, et d’être mis en parallèle avec un voleur séditieux et homicide, par Pilate. Donnez-moi assez de force pour n’être point ébranlé par les persécutions de mes ennemis, afin que, suivant vos principes, je sois maître de mon âme par la patience ; que par elle je gagne ceux qui me font injure, et qu’enfin, recevant tout avec actions de grâces, je rapporte tout uniquement à la plus grande gloire de votre saint nom.

QUATRIÈME STATION : JÉSUS FLAGELLÉ DANS LE PRÉTOIRE

O Jésus ! Victime innocente, nourrie et comme engraissée de patience, je vous adore attaché à la colonne pour être flagellé, et offrant à votre Père céleste le sang que vous allez répandre dans ce cruel supplice. Mon cœur est d’autant plus touché de l’état pitoyable où vous fûtes réduit, que c’est moi qui vous ai frappé par le ministère des impitoyables bourreaux qui ont déchiré et comme sillonné votre chair. J’entends au fond de mon cœur votre voix qui me dit : « Mon fils, âme pécheresse, j’ai souffert cette cruelle flagellation, pour vos impuretés et vos libertés criminelles, pour expier l’amour désordonné que vous aviez de votre chair, votre sensualité, vos immodesties, votre mollesse ; c’est pour vous que j’ai souffert des plaies si profondes. » Seigneur, ah ! Je reconnais ma faute, et je vous conjure, par vos douleurs, de sanctifier mon corps et mon âme, de laver l’un et l’autre dans votre précieux sang, et de pas souffrir qu’ils soient jamais souillés d’aucun péché. Guérissez mes plaies par les vôtres, et, comme vous consentîtes à être dépouillé de vos vêtements pour attaché nu à la colonne, dépouillez moi du vieil homme et de ses œuvres criminelles pour me revêtir du nouveau, qui a été créé à votre ressemblance dans la sainteté et la justice.

CINQUIÈME STATION : JÉSUS MONTANT AU CALVAIRE

Jésus, le plus grand de tous les rois, qui, après avoir été couronné d’épines, et n’étant point encore rassasié d’opprobres et de tourments, quoique épuisé de forces, voulûtes bien encore porter jusque sur la montagne du Calvaire la croix qui devait être l’instrument de votre supplice, je vous adore dans cette circonstance de votre Passion. Je baise en esprit les vestiges de vos pieds, et je suis dans l’étonnement en réfléchissant aux fatigues insupportables de cette nouvelle marche, de cet étrange voyage que vous empruntez pour moi, de tous les pas que vous y faites, et à l’extrême faiblesse de votre corps, déjà épuisé par tant d’autres souffrances. Accordez-moi la grâce d’embrasser courageusement toutes les crois qu’il plaira à votre providence de m’envoyer, et, puisque vous m’invitez à venir après vous, à me renoncer moi-même et à porter ma croix, donnez moi la force d’accomplir ce que vous commandez, et la grâce qui m’est nécessaire pour profiter de l’avis que donnez aux saintes femmes qui vous suivent pas à pas de pleurer sur elles mêmes et sur leurs enfants plutôt que sur vous. Oh ! que je pleure avec elles, mais sur la dureté de mon cœur et l’excès de mes crimes, qui sont la véritable cause de vos peines !

SIXIÈME STATION : JÉSUS SUR LA CROIX

C’est ici, ô mon Rédempteur et mon Dieu ! La plus douloureuse des stations que vous ayez faite dans tout le cours de votre Passion, c’est aussi la plus ignominieuse : c’est la passion de la mort. Les autres n’ont été que passagères, mais celle-ci est permanente : vous y restez, vous y expirez, vous y consommez le sacrifice : c’est là l’effet de l’amour inconcevable que vous avez eu pour les hommes ; ce ne sont point tant les clous qui vous ont attaché et fixé à ce gibet infâme, que la charité que vous avez eue pour vos ennemis. Je vous adore, je vous aime, je m’attache à vous et je vous supplie d’accomplir en moi votre parole en m’attirant à vous de telle sorte qu’étant détaché de toute affection pour les choses d’ici bas, je ne pense plus qu’à souffrir pour vous et à mourir avec vous en croix. O Jésus ! Ma vie, qui êtes mort pour moi, ô très doux Agneau immolé pour mon salut ! Victime d’amour et de patience, qui pouviez descendre de la croix malgré vos bourreaux, fixez-moi dans le bien ; que je perde plutôt la vie que de vous faire mourir dans mon cœur.

SEPTIÈME STATION : JÉSUS DANS LE TOMBEAU

Après tant de tourments, ô mon Sauveur ! Il était temps d’entrer sans le repos. L’innocence de votre vie, et plus encore la divinité de votre personne, exigeaient une sépulture honorable, un tombeau glorieux, une demeure tranquille et pacifique. On vous la donne, Seigneur, après avoir embaumé votre corps, qui est mis dans une sépulcre neuf ; des mains vierges s’acquittent de ce pieux devoir ; les anges de paix se tiennent assidus près de vous, et vos fidèles servantes, présentes en esprit à votre tombeau, ne tardent pas de vous y donner en personne des marques de leur tendre affection. Ensevelissez, s’il vous plaît, avec vous, tous mes désirs et tous mes sens ; enveloppez-moi, comme d’un suaire, des mérites précieux dont vous m’avez racheté ; embaumez-moi du parfum exquis de votre sainte mort et de vos vertus ; enfermez-moi dans la plaie de fit la lance à votre cœur, afin qu’il me serve de tombeau plus riche que tous les marbres. C’est là que, insensible à tous les biens de ce monde, je vivrai sur la terre comme étranger, en attendant que je jouisse de votre éternelle présence dans la céleste patrie.

Ainsi soit-il.


Source : Horloge de la Passion ou Réflections et Affections sur les souffrances de Jésus-Christ, par Saint Alphonse de Liguori, traduit de l’Italien par Mgr Gaume.
Ouvrage disponible sur ce lien :

 

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