Saint Alphonse-Marie de Liguori : EN PÉCHANT, L’HOMME AFFLIGE LE CŒUR DE DIEU

Agonie1. « Les pécheurs, dit le roi-prophète, ont affligé le cœur du Très-Haut » (Ps 77/78, 56).

Dieu, souverainement parfait, immuable, ne peut souffrir ; il est supérieur à la douleur. Mais, si, par impossible, il était capable de souffrir, chaque péché commis par les hommes suffirait à le contrister, à lui faire perdre la paix.

Voilà donc, ô mon Dieu, la reconnaissance que je vous ai témoignée en retour de votre grand amour ! Que de fois j’ai préféré quelque vile satisfaction à votre amitié ! Bonté infinie, pardonnez-moi ; oui, pardonnez-moi, précisément parce que vous êtes la bonté infinie.

2. Le péché mortel ne se contente pas d’affliger le cœur de Dieu : il pousse plus loin sa malice. « Autant qu’il est en lui, dit saint Bernard, il donne la mort à Dieu ». (Jean de Medina, De poenitentia, tr. 3 de satisfactione, q. 1, Ingolstadt 1581, 248). Au fait, quelle peine profonde n’éprouvons-nous pas, lorsque nous voyons une personne enrichie par nos bienfaits, comblée des marques spéciales de notre affection, avoir l’audace de nous offenser ? Dieu nous a prodigué ses bienfaits ; même un jour, dans l’excès de son amour, il est allé jusqu’à donner pour nous son sang et sa vie. Après cela, de quel spectacle est-il témoin ? Hélas ! Il voit les hommes lui tourner le dos, mépriser sa grâce, la sacrifier pour des riens, pour assouvir un mouvement de colère, pour jouir d’une misérable et fugitive satisfaction. Assurément, si Dieu pouvait ressentir la tristesse, pareille conduite lui causerait une peine si profonde qu’il en mourrait.

Mon bien-aimé Jésus, je suis une pauvre brebis perdue par ma faute ; mais vous êtes mon bon Pasteur. Vous avez donné votre vie pour toutes vos brebis : ayez donc pitié de moi ; pardonnez-moi toutes les amertumes dont je vous ai abreuvé. Ô mon Jésus, je suis très affligé de mes offenses ; je vous aime de toute mon âme.

3. Pourquoi notre divin Rédempteur fut-il toute sa vie accablé de souffrances et d’afflictions ? Parce que ce très aimant Rédempteur eut sans cesse devant les yeux la multitude de nos péchés.

Et, notamment, quelle fut la cause de cette sueur de sang, de cette agonie mortelle qu’il eut à subir au jardin des oliviers et lui fit jeter ce cri de détresse : « Mon âme est triste jusqu’à en mourir ! » (Mt 26, 38) c’est-à-dire,ma tristesse est si grande, que je suis à chaque instant sur le point de rendre le dernier soupir ? Oui, quelle fut la cause de cette agonie mortelle et de cette sueur de sang ? Sans nul doute, la vue de nos péchés.

Je vous en supplie, ô mon Jésus, faites-moi participer à la profonde douleur que vous causèrent mes péchés dans le jardin de Gethsémani ; faites que je les pleure sans cesse jusqu’à la mort. Que ne puis-je même mourir de contrition, si tel est votre bon plaisir ! Mon Jésus, je ne veux plus jamais vous causer aucune peine ; non, je ne veux plus contrister votre cœur; je veux, au contraire, vous aimer de toutes mes forces, ô mon Amour, ma Vie, mon Tout ! Ne permettez pas que je vous offense encore.

Ô Marie, mon Espérance, ayez pitié de moi.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

Publicités