Saint Alphonse-Marie de Liguori : FOLIE DE CELUI QUI NE S’APPLIQUE PAS À SAUVER SON ÂME

Saint Alphonse1. « À quoi bon, dit le Seigneur, gagner le monde entier, si l’on perd son âme » (Mt 16, 26).

Combien de riches, de nobles, de rois, sont maintenant en enfer ? Quel profit retirent-ils de leurs richesses et de leurs dignités, sinon des remords et des regrets qui déchirent leur cœur et le déchireront toute l’éternité ?

Je vous en conjure, mon Dieu: donnez-moi votre lumière et votre secours. Je ne veux pas vivre plus longtemps privé de votre grâce. Ayez pitié d’un pécheur qui veut vous aimer.

2. « Quel est ce mystère? S’écrie Salvien, les hommes croient à la mort, au jugement, à l’enfer, à l’éternité, et vivent sans trembler ! Comment expliquer que le chrétien croie à la vie future, et ne tremble pas pour cette vie future? » (Salvien, L’avarice, liv. 3; PL 53, 220). Tous croient à l’enfer; pourtant, beaucoup vont en enfer. Pourquoi, ô ciel ? Parce que, tout en croyant à l’enfer, ils n’y pensent pas et, faute d’y penser, finissent par y tomber.

Hélas ! Je fus longtemps, ô mon Dieu, du nombre de ces insensés. Je savais parfaitement qu’en vous offensant je perdais votre amitié et que j’écrivais moi-même la sentence de ma condamnation à l’enfer; malgré cela, je n’ai pas reculé devant le péché. « Ne me rejetez pas de devant votre face » (Ps 51/50, 13). Je reconnais la grandeur du crime que j’ai commis en vous méprisant vous, mon Dieu ; j’en suis profondément affligé. De grâce, ne me rejetez pas loin de vous.

3. « Et puis… et puis ?… » (C’est-à-dire après que vous aurez fait ceci, cela, cela encore, ne vous faudra-t-il pas mourir?) Quelle force merveilleuse n’eurent pas ces deux paroles adressées par saint Philippe de Néri au jeune François Lazzera ! Elles furent tellement efficaces, que le jeune homme prit aussitôt la résolution de quitter le monde et de se donner entièrement à Dieu. (G. Bacci, La vie admirable de saint Philippe Néri, trad. R. P. N. D. C., liv. 2, ch. 15 Lyon 1643, 306-307).

« Plût à Dieu qu’ils eussent la sagesse et l’intelligence, pour penser et se préparer à leurs fins dernières ! » (Dt 32, 29). La mort, le jugement, l’éternité, voilà nos fins dernières : la mort, qui nous enlève tout; le jugement, qui manifeste le fond des cœurs ; l’éternité, heureuse ou malheureuse, dont l’une sera nécessairement notre partage ! Si tous y pensaient et vivaient dans la pensée de leurs fins dernières, certainement personne ne se damnerait. Mais on ne considère que le jour présent, et l’on manque ainsi son salut éternel.

Je vous remercie, ô mon Dieu, de votre patience à m’attendre si longtemps et des lumières que vous m’accordez maintenant. Même quand je vous oubliais, vous ne m’avez pas oublié, je le vois. Je me repens de vous avoir tourné le dos, ô mon Souverain Bien ! À l’instant même, je prends la résolution de me donner tout à vous. Du reste, pourquoi remettre à plus tard ? Dois-je attendre que vous m’abandonniez et que la mort me surprenne dans l’état de misère et d’ingratitude où j’ai vécu jusqu’ici ? Non, mon Dieu, je ne veux plus vous causer aucun déplaisir ; je veux vous aimer, je vous aime, ô Bonté infinie; donnez-moi la sainte persévérance et votre amour; je ne vous demande rien de plus.

 Ô Marie, Refuge des pécheurs, priez pour moi.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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