Saint Alphonse-Marie de Liguori : JÉSUS, HOMME DE DOULEURS

mise en croix1. Isaïe, contemplant dans la lumière prophétique le divin Rédempteur, l’appelle « un homme de douleur » (Es 53, 3). Pas d’expression plus exacte, puisque toute la vie de Jésus Christ fut une vie de souffrances. Il avait pris sur lui toutes nos dettes. Assurément, en tant que Dieu-homme, il aurait pu, par une seule prière, satisfaire pour les péchés du monde entier; mais il ne se contente pas d’une satisfaction suffisante : il voulut offrir à la justice divine une satisfaction rigoureuse. Pour ce motif, if embrasse toute une vie de mépris et de douleurs; il en vint même, par amour pour nous, jusqu’à se laisser comme le dernier et le plus vil des hommes, selon la prédiction du même Isaïe : « Nous l’avons vu, lui l’homme méprisé; lui, le dernier des hommes » (Es 53, 2-3).

Ô mon Jésus méprisé! C’est donc à force de mépris endurés pour moi que vous avez expié les mépris dont je me suis rendu coupable envers vous! Ah! Que ne suis-je mort avant de vous avoir offensé !

2. Ô ciel ! Quel homme sur la terre fut jamais la proie des afflictions et des tourments à l’égal de notre très aimant Rédempteur ? Tout homme, ici-bas, quelque éprouvé qu’il soit, a de temps en temps des soulagements et des consolations. C’est ainsi que Dieu traite miséricordieusement ses créatures, même celles qui sont ingrates et révoltées contre lui. Mais telle ne fut pas sa conduite envers son Fils bien-aimé: la vie de Jésus Christ en ce monde ne fut pas seulement la vie la plus pénible, mais elle fut un supplice continuel, depuis le premier instant de son existence jusqu’à sa mort, sans aucune consolation, sans aucun soulagement. En un mot, le Verbe de Dieu naquit pour souffrir, pour être « l’Homme de douleurs ».

Ô mon Jésus ! Malheur à celui qui ne vous aime pas, ou qui vous aime peu, Vous qui nous avez tant aimés, nous, misérables vers de terre, malgré tant d’offenses ! Donnez-moi la force de vous aimer, je vous en conjure, de vous aimer seul désormais, puisque seul vous méritez d’être aimé.

3. Ordinairement, les hommes ne portent qu’une fois le poids de leurs peines, je veux dire au moment même qu’ils les endurent, parce qu’ils ne connaissent pas celles qui leur sont réservées dans l’avenir. Mais Jésus Christ avait, en tant que Dieu, la parfaite connaissance de tous les événements futurs: il ressentit donc, à chaque instant de sa vie, non seulement les peines qui fondaient sur lui à l’instant même, mais encore toutes celles qui l’attendaient, particulièrement les horribles tortures de sa Passion. Il eut continuellement devant les yeux la flagellation, le couronnement d’épines, le crucifiement, cette mort cruelle, enfin, dans un océan de douleur et d’ignominies.

Ô mon Jésus, sainte Marie-Madeleine de Pazzi n’avait-elle pas raison de vous proclamer « fou d’amour pour nous ? » (V. Puccini, Vita della veneranda suor M. Maddalena de’ Pazzi, liv; I, ch. 11, Florence 1611, 18). Ah ! Pourquoi tant souffrir pour qui vous a tant offensé ? Aussi, je vous en conjure, laissez-moi vous aimer. Oui, Jésus, mon Amour et mon Tout, accueillez-moi, fortifiez-moi. Je veux me sanctifier uniquement pour vous faire plaisir. Vous voulez que je sois tout à vous, et moi je veux être tout vôtre.

Ô Marie, vous êtes mon Espérance.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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