Saint Alphonse-Marie de Liguori : LA GRANDE AFFAIRE DE NOTRE SALUT

Saint Alphonse1. L’affaire du salut éternel est pour nous la plus importante de toutes les affaires. Pourtant, en fait, avec quel soin la traitons-nous ?

Pour assurer le succès d’un projet temporel, quelle diligence déployée ! Pour obtenir telle place, gagner tel procès, conclure tel mariage, que de conseils sollicités, que de précautions prises ! L’on en perd l’appétit et le sommeil! Par contre, pour assurer son salut éternel, que fait-on ? Rien, moins que rien, puisqu’on fait tout pour perdre son âme; comme si l’enfer, le ciel, l’éternité, étaient, non des vérités de foi, mais des fables et des mensonges.

Ah ! Mon Dieu, éclairez-moi de votre lumière; ne permettez pas que je continue, comme par le passé, à vivre en aveugle.

2. Une maison a-t-elle subi quelque dégât ? Vite on y remédie. Un bijou s’est-il égaré ? Tout est mis sens dessus-dessous pour le retrouver. Perd-on son âme, perd-on la grâce de Dieu ? L’on persiste à dormir, à rire comme si de rien n’était. D’un côté, sollicitude infinie pour les biens temporels ; de l’autre, négligence extrême pour le salut éternel ! « Heureux, dites-vous, ceux qui se sont détachés de tout pour l’amour de Dieu ! » Vous n’en demeurez pas moins attachés aux choses de la terre.

Vous avez pris un tel soin, ô mon Jésus, de mon salut, que vous avez donné votre sang et votre vie pour l’assurer. Moi, j’ai fait si peu de cas de votre grâce, que je l’ai méprisée et perdue pour des riens. Je me repens, Seigneur, de vous avoir infligé pareil outrage. Loin de mon cœur, désormais, tous les biens terrestres ! Je veux m’appliquer uniquement à vous aimer, vous, mon Dieu! Dieu digne d’un amour infini !

3. Pour sauver nos âmes, le Fils de Dieu donna sa vie; pour les perdre, le démon fait tout au monde. Nous pour nous sauver, que faisons-nous ? Rien. Nous sommes la négligence même.

« Insensé, disait saint Philippe de Néri, celui qui ne s’applique pas à sauver son âme ! » (G. Bacci, Vita di San Filippo Neri Fiorentino, liv. 2, ch. 1: « Celui qui pense être sage sans la vraie sagesse ou sauvé sans l’aide du Sauveur, n’est pas raisonnable, mais anormal, pas sage mais fou. » La traduction française ne donne qu’un résumé du texte italien où la phrase ci-dessus ne figure pas). Ranimons notre foi. Qu’après cette courte vie, nous attende une autre vie, éternellement heureuse, éternellement malheureuse, c’est une certitude absolue. Dieu lui-même nous l’enseigne: « Devant les hommes sont la vie et la mort, le bien et le mal; ce qu’il aura choisi, lui sera donné » (Si 15, 17). Choisissons; mais ne faisons pas le choix qui nous forcerait à nous repentir éternellement.

Mon Dieu, faites-moi comprendre quelle grave injure je vous ai faite en vous offensant, en vous abandonnant pour courir après les créatures. De toute mon âme, je me repens de vous avoir méprisé, vous, le souverain Bien. Maintenant je reviens à vous, ne me repoussez pas. Je vous aime plus que toute chose: à l’avenir je veux tout perdre plutôt que de perdre votre grâce. Au nom de l’amour que vous me portiez en mourant pour moi, secourez-moi toujours, ne m’abandonnez jamais.

Ô Marie, Mère de Dieu, soyez mon Avocate.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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