Saint Alphonse-Marie de Liguori : LE PRIX DU TEMPS

horloge train1. Le temps est un trésor inestimable; car, à chaque minute, nous pouvons acquérir des trésors de grâce et de gloire éternelle.

En enfer, qu’est-ce qui fait verser des larmes aux damnés ? C’est la claire vision qu’il n’y a plus de temps pour eux, qu’il n’y a plus moyen de conjurer leur ruine éternelle. Les infortunés ! De quel prix ne payeraient-ils pas une seule heure, qu’ils emploieraient à faire un acte de contrition, à changer leur triste destinée !

Au ciel, on ne verse pas de larmes; mais si les élus pouvaient en verser, ce serait au souvenir du temps perdu: « En notre vie, gémiraient-ils, que d’instants inutilisés ! Instants précieux dont nous aurions pu tirer profit pour mériter une plus grande gloire, instants qui ne reviendront jamais ! »

Mon Dieu, vous me donnez le temps de pleurer mes péchés et de réparer par mon amour les offenses que je vous ai faites: soyez-en mille fois remercié !

2. Rien n’égale donc la valeur du temps.

Mais comment se fait-il que, parmi les hommes, le temps soit la chose la plus méprisée ? Celui-ci s’amuse à jouer, cinq, six heures par jour; celui-là, arrêté devant une fenêtre ou dans une rue, perd une bonne partie de la journée à regarder les passants. Leur demandez-vous ce qu’ils font ? Ils répondent immanquablement : « Nous passons notre temps. »

Ô temps si méprisé, c’est toi qu’ils désireront le plus, quand ils seront sur le point de mourir! Ils demanderont une heure seulement de ce temps si longuement gaspillé; ils s’offriront à faire n’importe quel sacrifice pour l’obtenir; mais ce sera trop tard! Pour toute réponse, ils recevront l’ordre de quitter la terre: « Pars de ce monde, âme chrétienne ! Pars, il n’y a plus de temps pour toi ! »

« Hélas ! Diront-ils en gémissant, j’ai perdu ma vie ! Durant les années que Dieu me prodigua, je pouvais me sanctifier, et je ne l’ai pas fait; maintenant, c’est trop tard ! » À quoi bon ces regrets, alors que le moribond touche à l’instant redoutable qui décidera de son éternité ?

3. « Marchez, pendant que vous avez la lumière » (Jn 12, 35), dit Notre Seigneur. « Car, dit-il encore, la nuit vient pendant laquelle personne ne peut travailler » (Jn 9,4).

Le  moment de la mort, c’est la nuit; on n’y voit plus, on n’est plus en état de rien faire. Aussi le Saint Esprit nous donne-t-il le salutaire avertissement de marcher par le chemin des commandements de Dieu, pendant que nous avons sa divine lumière et qu’il fait jour. Quoi ! Nous voyons approcher le moment où va se trancher la grande question de notre éternité, et nous osons perdre notre temps ! Hâtons-nous plutôt, tenons nos comtes prêts; car voici ce que dit encore Notre Seigneur, lui qui doit nous juger : « À l’heure que vous ne pensez pas, le Fils de l’homme viendra » (Lc 12, 40).

Sans retard, ô mon Jésus, sans retard pardonnez-moi donc. Et qu’est-ce que j’attends ?

Serait-ce d’être d’abord jeté dans cette éternelle prison où je n’aurai d’autre ressource que de pleurer et de redire à jamais avec tous les damnés : « Il n’y a plus de temps, et nous ne sommes pas sauvés ? » (Jr 8, 20). Non, Seigneur, je ne veux plus résister à vos appels pleins d’amour. Qui sait si cette méditation que je lis, n’est pas la dernière invitation que vous m’adressez ? Je me repens, ô Bien suprême, de vous avoir offensé ; je vous consacre le reste de mes jours. Je vous prie de m’accorder la sainte persévérance. Je ne veux plus vous causer aucun déplaisir; je veux vous aimer toujours.

Ô Marie, Refuge des pécheurs, je mets en vous ma confiance.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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