Saint Alphonse-Marie de Liguori : NOTRE VIE S’ÉVANOUIT COMME UN SONGE

temps1. Qu’est-ce que le bonheur dont on peut jouir ici-bas? « Il est semblable, répond le roi David, au songe de celui qui se réveille » (Ps 73, 20).

A l’heure de la mort, toutes les grandeurs et toutes les gloires de ce monde ne sont plus pour les pauvres mondains que comme ces vaines entrevues dans un rêve : au réveil, le songe s’évanouit ; avec lui s’évanouit aussi la brillante fortune que l’on croyait posséder. Il avait donc bien raison cet homme, qui, dans son désenchantement, écrivit sur une tête de mort ces simples mots: « Cogitanti vilescunt omnia: Aux yeux de celui qui pense à la mort, toutes choses perdent leur valeur. » Comment, en effet, considérés à la lumière de la mort, plaisirs et richesses n’apparaîtraient-ils pas dans leur insignifiante réalité, c’est-à-dire, vils et passagers ? Comment, dès lors, s’attacher à des choses qu’on sait devoir quitter bientôt ?

Que de fois, ô mon Dieu, j’ai méprisé votre grâce pour les misérables biens de la terre ! Désormais je veux penser uniquement à vous servir, à vous aimer. Prêtez-moi toujours aide et assistance.

2. « Voilà donc où viennent aboutir les grandeurs et les plus hautes dignités de ce monde ! » (P. Suau, S. J., Histoire de saint François de Borgia, Paris, 1910, 62 ss. L’auteur souligne l’impression profonde que fit le cadavre de la Reine sur François de Borgia, accentuant encore son besoin de réformer sa vie, mais il n’eut à cet instant aucune attitude théâtrale. S. Alphonse se fait ici l’écho de la légende et des articles qui ont décrit François de Borgia bouleversé et prononçant des paroles telles que celles rapportées dans cette méditation).

Telles furent les paroles qui s’échappèrent des lèvres de Saint François de Borgia, à la vue du cadavre de la reine Isabelle, morte à la fleur de l’âge. Absorbé par cette pensée, il prit bientôt la résolution de quitter le monde pour se donner tout à Dieu. « Je veux, se disait-il, servir un maître qui ne puisse plus me faire défaut. »

Il faut se détacher des choses de la terre, avant que la mort vienne nous les arracher. Quelle folie de perdre notre âme, en nous attachant à des biens dont il faudra sous peu nous séparer ! Car, un jour, il nous sera dit: « Maintenant tu peux quitter ce monde, âme chrétienne. Quitte-le ».

Mon Jésus, que ne vous ai-je toujours aimé! De toutes les offenses que je vous ai faites, quel gain me reste-t-il ? Dites-moi ce que je dois faire pour réparer ma vie passée si déréglée ; je veux vous obéir en tout. Admettez à l’honneur de vous aimer un pécheur repentant qui vous aime plus que lui-même et vous demande miséricorde.

3. Pensez-y : vous n’êtes pas en ce monde pour y rester toujours. Le pays où vous vivez, il faudra le quitter. Cette maison que vous habitez, il faudra que vous en sortiez pour n’y plus rentrer. Cette chambre où vous lisez ce livre, beaucoup d’autres, vos ancêtres, vos parents, l’ont occupée avant vous; ce lit, ils y ont dormi. Maintenant, où sont-ils ? Dans l’Éternité. Vous aussi, vous serez, un jour, dans l’Éternité.

Mon Dieu, faites-moi comprendre la gravité de l’injure que je vous ai faite en vous tournant le dos, à vous, le Bien infini ; pénétrez-moi de douleur pour pleurer, comme je le dois, mon ingratitude. Ah ! Que ne suis-je mort avant de vous offenser pour la première fois ! De grâce, ne me laissez pas vivre plus longtemps sans répondre à l’amour que vous m’avez porté. Je vous aime plus que toute chose, ô mon bien-aimé Rédempteur, je veux vous aimer de toutes mes forces jusqu’à ma mort. Venez pour votre grâce au secours de ma faiblesse.

 Ô Marie, Mère de Dieu, aidez-moi de vos prières.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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