Saint Alphonse-Marie de Liguori : ABUS DE LA MISÉRICORDE DE DIEU

Saint Alphonse1. Pour tromper l’homme et le perdre éternellement, le démon emploie sans cesse deux ruses.

 Après le péché, il le pousse au désespoir en lui mettant sous les yeux la divine justice avec toutes ses rigueurs.

Avant le péché, et pour l’y faire tomber, il excite dans son cœur une confiance excessive en la divine miséricorde. Cette seconde ruse lui réussit mieux que la première, et l’espoir du pardon perd beaucoup plus d’âmes que la crainte du jugement.

« Dieu est miséricordieux », telle est la réponse habituelle des pécheurs obstinés, quand on les presse de se convertir. Sans doute, Dieu est miséricordieux; mais il faut remarquer ce que dit la Sainte Vierge dans son cantique: « La miséricorde s’étende sur ceux qui le craignent » (Lc 1, 50); en d’autres termes, le Seigneur use de miséricorde envers ceux qui craignent de l’offenser, mais non pas envers ceux qui comptent sur sa miséricorde pour l’offenser davantage.

Seigneur, je vous remercie de la lumière que vous m’accordez en ce moment : vous me faites connaître votre longue patience à supporter mes égarements. Hélas ! Je suis un de ces malheureux qui se sont prévalus de votre bonté pour multiplier leurs offenses.

 2. « Dieu est miséricordieux. » Assurément, mais il est juste aussi. Les pécheurs voudraient que Dieu se contentât d’exercer la miséricorde sans jamais sévir.

Or, pardonner toujours et ne punir jamais, Dieu ne le peut pas ; c’en serait fait de sa justice. « Si Dieu tolérait indéfiniment les pécheurs présomptueux qui s’appuient sur sa miséricorde, disait le vénérable Jean d’Avila, il attenterait à sa justice » (Jean d’Avila, Œuvres très complètes de sainte Thérèse, liv. 3, lettre 21, tome 4, Paris, 1845, 119). Il est obligé de châtier les ingrats. Il les supporte quelque temps, mais il finit toujours par les livrer aux rigueurs de sa colère.

Mon bien-aimé Seigneur, je vois que vous ne m’avez pas frappé comme je l’ai mérité; si vous l’aviez fait, à cette heure, je gémirais en enfer, ou, tout au moins, abandonné de vous, je m’obstinerais dans le mal. Je veux, au contraire, me convertir, je ne veux plus vous offenser; je déteste de tout mon cœur les offenses dont je me suis rendu coupable envers vous. Désormais, je veux vous aimer ; même je veux surpasser tous les autres en amour, puisque votre patience à mon égard a surpassé votre patience à l’égard de tous les autres.

3. « On ne se moque pas de Dieu » (Ga 6, 7), dit l’Apôtre. N’est-ce pas se moquer de Dieu, que de vouloir l’offenser sans fin en cette vie, avec la prétention d’aller jouir de lui pendant l’Éternité ?

« Ce que l’homme aura semé, dit encore l’Apôtre, c’est cela qu’il recueillera » (Ga 6, 8). Celui qui sème de bonnes œuvres, recueillera des récompenses; celui qui sème des péchés, ne moissonnera que des châtiments.

Elle est en horreur aux yeux de Dieu, l’espérance de ceux qui pèchent parce que le Seigneur est enclin à pardonner: « Leur espérance, dit Job, est une chose détestable » (Jb 11, 20). Aussi n’a-t-elle d’autre résultat que d’attirer plus tôt sur eux l’exécution de ses menaces: est-ce qu’un roi tarde à frapper des sujets qui s’autorisent de sa bonté pour continuer à l’outrager ?

Mon Jésus, je n’ai que trop imité ces sujets rebelles. Oui, parce que je vous savais très miséricordieux, j’ai fait peu de cas de vos commandements. Je confesse mon ingratitude et je déteste toutes mes offenses. Maintenant je vous aime plus que moi-même; je ne veux plus vous causer le moindre déplaisir. Quel malheur pour moi, si je venais encore à vous offenser par le péché mortel ! Mon Dieu, ne le permettez pas, faites-moi plutôt mourir.

 Ô Marie, vous êtes la Mère de la persévérance, aidez-moi.


Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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