Saint Alphonse-Marie de Liguori : PATIENCE DE DIEU À L’ÉGARD DES PÉCHEURS

Saint Alphonse1. Où trouver en ce monde quelqu’un dont la patience envers ses semblables égale la patience du Seigneur envers nous, ses créatures ? Après tant d’offenses que nous lui avons faites, non seulement il nous supporte, mais il attend notre repentir.

 Ah ! Mon Dieu, si l’un de nos frères, si mon propre père avait reçu de moi les injures que je n’ai pas craint de vous faire, depuis combien de temps ne m’aurait-il pas interdit de paraître en sa présence ? Mais vous, ô Père des miséricordes, « ne me rejetez pas de devant votre face » (Ps 51-50, 13); ayez pitié de moi.

 2. « Seigneur, s’écrie le sage, en s’adressant à Dieu lui-même, vous avez pitié de tous, parce que vous pouvez tout; et vous fermez les yeux sur les péchés des hommes, pour qu’ils se repentent » (Sg 11, 23).

Les hommes ferment les yeux sur les injures qu’ils ont reçues : les uns par vertu, car ils savent qu’ils n’ont pas le droit de se venger; les autres par impuissance, car ils n’ont pas la force nécessaire pour se venger. Mais vous, ô mon Dieu, vous avez le droit de tirer vengeance des injures commises contre votre Majesté infinie; et vous avez le pouvoir de vous venger toutes les fois que vous voulez. Néanmoins vous fermez les yeux. Ces hommes vous méprisent, ils vous font des promesses, puis ils vous manquent de parole : vous feignez de ne pas vous en apercevoir, comme si vous étiez indifférent à votre honneur.

Telle fut, Seigneur, votre miséricorde envers moi. Aussi je ne veux plus jamais vous mépriser, ô mon Dieu, Bonté infinie; je ne veux plus jamais provoquer votre colère, ni vous forcer à me châtier. Eh quoi! Voudrai-je donc, pour revenir à vous, attendre que vous m’ayez abandonné définitivement, et irrévocablement condamné à l’enfer ? Je me repens, ô souverain Bien, de tous les déplaisirs que je vous ai causés. Que ne suis-je mort plutôt que de vous offenser! Vous êtes mon souverain Seigneur et Maître, vous m’avez racheté par votre mort; vous seul m’avez aimé, vous seul méritez d’être aimé; et c’est vous seul que je veux aimer.

 3. Comment as-tu pu, ô mon âme, te conduire envers ton Dieu avec tant d’ingratitude et de témérité ? Au moment même où tu l’offensais, il pouvait te frapper de mort subite et te précipiter en enfer; mais il t’attendait; au lieu de te punir, il te conservait la vie et te comblait de bienfaits. Et toi, au lieu de lui témoigner de la reconnaissance et de répondre par ton amour à son immense amour, tu continuais à l’offenser !

 Ô Seigneur mon Dieu, vous m’avez attendu vraiment avec une miséricorde étonnante; je vous en remercie; je me repens de vous avoir offensé et je vous aime. Je devrais maintenant me trouver en enfer, où je ne pourrais ni me repentir ni vous aimer. Mais, à cette heure je le puis; je me repens donc de tout mon cœur de vous avoir offensé, vous, la Bonté infinie; je vous aime plus que toute chose, je vous aime plus que moi-même. Pardonnez-moi, et faites que, désormais, je vous aime vous seul qui m’avez tant aimé. Que je vive uniquement pour vous, mon Rédempteur, qui êtes mort pour moi! J’espère tout par les mérites de votre Passion.

 Ô Marie, Mère de Dieu, aidez-moi, priez pour moi.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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