Saint Alphonse-Marie de Liguori : LA GRANDE PENSÉE DE L’ÉTERNITÉ

Saint Alphonse1. C’est saint Augustin qui proclame grande la pensée de l’Éternité: « Magna cogitatio » (S. Augustin, Enarrations sur les Psaumes, Ps. 76, n. 8; PL 36, 976). Au fait, quelle pensée a porté tant de solitaires à passer leur vie dans les déserts ? Tant de chrétiens, même des rois et des reines, à s’enfermer dans les cloîtres ?  Tant de martyrs à subir toutes sortes de tortures? C’est la pensée de l’Éternité, de l’Éternité bienheureuse du ciel pour la mériter, de l’Éternité malheureuse de l’enfer pour l’éviter.

Le vénérable Jean d’Avila convertit une dame avec ce sermon très court: « Madame, pensez à ces deux mots: « Toujours, jamais » (C.A. Cattaneo, Esercizio della buona morte, disc. 11 Milan 1713, 47: « Jean d’Avila, voyant venir à lui une dame toute infatuée de vanité, lui dit sur un ton dramatique ces simples mots: « Toujours, Jamais », qui, médités par cette personne, emportèrent caprices et frivolités comme feuilles mortes au vent d’automne »).

Un moine s’était réfugié dans un tombeau pour penser sans cesse à l’Éternité ; là, sans cesse il s’écriait: « Ô Éternité! Ô Éternité! » (Il serait question de S. Jean le Reclus, dont Theodoret a tracé un portrait : Histoire Ecclésiastique 21; PG 82, 1431).

Mon Dieu, que de fois j’ai mérité l’Éternité de l’enfer! Que ne vous ai-je jamais offensé ! Donnez-moi la douleur de mes péchés, ayez pitié de moi.

 2. « Celui qui croit à l’Éternité et ne se sanctifie pas, disait le même Jean d’Avila, mérite d’être consigné dans une maison de fous » (Jean d’Avila, dans Œuvres très complètes de sainte Thérèse, tome 4, liv. 1, lettre 23, Paris, 1845, 55-61). Quand un homme se bâtit une maison, il s’efforce de la faire commode, saine et belle. « Sans doute, ? dit-il, ?  je me fatigue ; mais c’est ici que je dois passer toute ma vie. » Cet homme, que fait-il pour la demeure de son éternité?

À notre entrée dans l’Éternité, il ne s’agira pas de nous installer dans un maison plus ou moins confortable plus ou moins belle; il s’agira de nous fixer dans un palais de délices ou dans un abîme de maux; et pour combien de temps ? Non pas pour quarante ou cinquante années, mais pour toujours, tant que Dieu sera Dieu !

Les saints croyaient faire peu pour leur salut, en passant toute leur vie dans les pénitences, les oraisons et les bonnes œuvres. Et nous, que faisons-nous ?

 Ah! Mon Dieu! Tant d’années de ma vie se sont écoulées, déjà la mort approche: jusqu’ici qu’ai-je fait pour vous? De grâce, éclairez-moi; donnez-moi la force de consacrer à votre service le reste de mes jours. Je ne vous ai que trop offensé. Désormais je veux vous aimer.

 3. « Opérez votre salut avec crainte et tremblement » (Ph 2, 12).

Pour nous sauver, il faut craindre de nous damner, de façon, toutefois, à craindre moins l’enfer que le péché ; car le péché seul peut nous conduire en enfer. Qu’est-ce que craindre le péché ? C’est fuir les occasions dangereuses, se recommander souvent à Dieu, prendre les moyens de se tenir en état de grâce. Agir ainsi, c’est se sauver; agir autrement, c’est rendre son salut moralement impossible. Réfléchissons sur cette sentence de saint Bernard: « Quand l’éternité est en danger, on ne peut prendre trop de précautions: nulla nimia securitas ubi periclitatur aeternitas » (Cette sentence bien connue résume la pensée de saint Bernard qui s’est exprimé plusieurs fois à ce sujet, par ex. Sermon 30, n. 1, PL 183, 622. S. Paul de la Croix dans Lettres, 25 oct. 1768, tome 4, Rome 1924, 77, la cite également en l’attribuant à S. Grégoire le Grand, Morales sur Job, 1, 9, ch. 45; PL 75, 897).

C’est votre Sang, ô mon Rédempteur, qui fait toute mon assurance. Mes péchés m’ont perdu; mais vous m’offrez de me les pardonner, si je me repens de les avoir commis. Eh bien ! Oui, Bonté infinie, je me repens de tout mon cœur de vous avoir offensé. Ô Bien suprême, je vous aime plus que tous les biens. Je vois que vous voulez mon salut; moi, je veux me sauver, pour vous aimer à jamais.

 Ô Marie, Mère de Dieu, priez Jésus pour moi.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

Publicités