Saint Alphonse-Marie de Liguori : À LA MORT, ON PERD TOUT

cimetière1. « Il est proche le jour de perdition » (Dt 32, 35). Pourquoi l’Écriture appelle-t-elle « jour de perdition » le jour de la mort? C’est parce que, ce jour-là, l’homme perd tout ce qu’il a possédé pendant sa vie. Honneurs, amis, richesses, domaines, puissance, tout lui est enlevé.

Quelle utilité, donc, dans la possession de l’univers entier, s’il faut tout laisser sur le lit de mort, sans pouvoir rien emporter?

« A-t-on jamais vu, disait saint Ignace à François-Xavier, dans cet entretien où la grâce fit la conquête du grand apôtre des Indes, a-t-on jamais vu monarque emporter au-delà de la tombe un seul fil de son manteau de pourpre, en signe de sa dignité? Quel riche, en quittant ce monde, a pu se faire suivre d’une seule pièce d’argent, ou d’un seul serviteur? » (O. Bartoli, Saint Ignace de Loyola, trad. J. Terrien, liv. 2, Ch. 1, Paris, 1893, 217 « en est-il un seul (riche) qui ait emporté seulement un denier, pour s’en servir au-delà de la tombe, qui ait emmené avec lui un esclave… pour l’avoir à sa suite; un seul qui ait gardé même un fil de pourpre usé par le temps, pour montrer au moins, dans cet autre monde, qu’il avait été roi sur la terre? »). Mourir, c’est tout laisser. L’âme entre seule dans l’éternité; seules, la suivent ses œuvres.

 Malheureux que je suis! Où sont les œuvres dont je puisse me faire un cortège pour me présenter à la porte de l’éternité bienheureuse? Je ne découvre en ma vie que des péchés, des titres à l’enfer.

2. Inégale est la condition des hommes, lorsqu’ils viennent au monde. L’un naît riche, l’autre pauvre, celui-ci noble, celui-là roturier. Mais la mort vient tôt ou tard établir entre tous la plus complète égalité.

Entrez dans un cimetière; considérez tous ces cadavres; cherchez une différence entre le cadavre du maître et celui du serviteur, entre le cadavre du monarque et celui du sujet; vous ne la trouverez pas. Suivant l’expression d’Horace « entre le sceptre et la houe, la mort met l’égalité: sceptra ligonibus oequat » (Saint Alphonse cite ici une partie d’un vers latin qu’il attribue à Horace, et que saint Antonin cite en entier: « Mors dominum servo, mors sceptra ligonibus aequat », en l’attribuant seulement au poète sans préciser le nom. S. Antonin, Summa Theologica, tome 4, Vérone 1740, 812. Horace, dans Odes I, 4, 13-14, dit l’équivalent: « Pallida mors aequo pulsat pede pauperum tabernas regumque turres »).

 Ah! Mon Dieu, que les autres courent après les richesses de ce monde ! Je ne veux, moi, d’autres richesses que votre grâce. Mon unique Trésor, c’est Vous pour cette vie et pour l’autre.

 3. Somme toute, rien sur cette terre qui n’ait un terme. Richesses et misères finiront; honneurs et humiliations finiront; plaisirs et souffrances finiront.

Heureux au moment de la mort, non pas celui dont la vie s’écoula dans les richesses, les honneurs et les plaisirs, mais heureux celui qui supporta patiemment la pauvreté, les mépris et les souffrances! Au moment de la mort, ce qui console, ce n’est pas ce qu’on possède, mais cela seulement qu’on a fait et souffert pour Dieu.

 Mon Jésus, détachez-moi de ce monde, avant que la mort m’en arrache. Vous connaissez ma faiblesse; venez donc m’aider de votre grâce; ne permettez pas que je vous sois encore infidèle comme je l’ai été jusqu’ici. Je me repens, ô mon bien-aimé Seigneur, de vous avoir si souvent méprisé. Maintenant je vous aime plus que tous les biens de la terre; je suis résolu de perdre la vie mille fois plutôt que de perdre votre amitié. Mais l’enfer ne cesse pas de me tenter; ayez pitié de moi, ne m’abandonnez pas. Ne permettez pas que je me sépare encore de votre amour

Ô Marie, mon Espérance, obtenez-moi la sainte persévérance.

Source : La voie du Salut – Saint Alphonse de Liguori

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