Discernement des esprits, par le P. Garrigou-Lagrange, partie 4 : l’esprit de Dieu

SIGNES DE L’ESPRIT DE DIEU

Garrigou lagrange

Ces signes s’opposent à ceux de l’esprit de nature et de l’esprit du démon. L’esprit de Dieu incline à la mortification extérieure, il diffère en cela de l’esprit de nature, mais à la mortification extérieure réglée par la prudence chrétienne et par l’obéissance, et qui n’attire pas l’attention sur nous ni n’affaiblit la santé. Il nous enseigne en outre que la mortification extérieure est peu de chose, s’il n’y a en même temps mortification de l’imagination, de la mémoire (souvenir des torts qu’on nous a faits), du cœur, de la volonté propre et du jugement propre. Il inspire également la véritable humilité qui dis­pose à l’obéissance parfaite, nous défend de nous préférer aux autres, ne craint pas le mépris, garde le silence sur nos qualités ; cependant elle ne les nie pas, si elles existent, mais en rend gloire à Dieu.

L’esprit de Dieu nourrit notre foi de ce qu’il y a de plus simple et de plus profond dans l’Évangile, par exemple l’oraison dominicale, avec la fidélité à la tradition, en fuyant les nouveautés. Cette vraie foi surnaturelle nous montre Dieu dans les supé­rieurs ; ainsi se perfectionne l’esprit de foi, parce que nous jugeons tout à la lumière de cette vertu.

L’esprit de Dieu rend l’espérance ferme, en la préservant de la présomption ; il nous dit, par exemple : il faut désirer ardemment l’eau vive de l’oraison, mais on y parvient par la voie de l’hu­milité, de l’abnégation et de la croix. Par suite, il donne une sainte indifférence pour le succès humain.

L’esprit de Dieu augmente la ferveur de la cha­rité, il donne le zèle de la gloire de Dieu et du salut des âmes, l’oubli de soi. Ainsi nous pensons d’abord à Dieu, secondairement à notre avantage. Il incline également à l’amour efficace du prochain ; il nous dit : la charité fraternelle est le principal signe du progrès de l’amour de Dieu. Il empêche le jugement téméraire, le scandale sans motif. Il inspire le zèle, certes, mais un zèle patient, doux et prudent, qui édifie par la prière et par l’exemple, et n’irrite pas par des admonitions intempestives. Il donne une grande patience dans l’adversité, l’amour de la croix, l’amour des ennemis. Il donne la paix avec Dieu, avec les autres, avec nous-mêmes, et souvent la joie intérieure.

S’il y a une chute accidentelle, alors l’esprit de Dieu nous parle de miséricorde. S. Paul dit (Gal. V, 22-23) : « Les fruits de l’esprit sont la charité, la joie, la paix, la patience, la bienveillance, la bonté, la longanimité, la douceur, la foi, la modestie, la con­tinence, la chasteté », avec l’humilité et l’obéissance.

S’il s’agit d’un acte particulier, il est plus diffi­cile de discerner s’il vient de Dieu. Cependant si, se trouvant plutôt dans la tristesse, l’âme prie et reçoit une consolation profonde, c’est le signe de la visite de Dieu, si cette consolation incite à l’obéissance humble et à la charité fraternelle.

Mais il faut distinguer le premier moment de consolation du temps suivant, où quelquefois l’âme juge par elle-même de cette consolation et peut-être d’après son amour-propre.

Il y aurait présomption à désirer des grâces proprement extraordinaires comme les visions ou les paroles intérieures ; mais si l’âme vit et persévère dans l’humilité, l’abnégation et le recueillement pres­que continuel, il n’est pas rare qu’en vertu des sept dons du Saint-Esprit, elle reçoive des inspirations, grâce auxquelles se concilient la simplicité et la pru­dence, l’humilité et le zèle, la fermeté et la douceur. Cette conciliation et cette harmonie constituent le signe le plus clair de l’esprit de Dieu.

Le secret, le silence et la croix sont absolu­ment nécessaires à ceux que Dieu conduit vraiment par des voies extraordinaires et ils ne doivent les manifester qu’à leur père spirituel ; sinon il y a grand danger d’orgueil spirituel.

Particulièrement dangereuse est la disposition à se complaire dans les révélations, à forme dogma­tique ou prophétique ; car elles s’accompagnent facilement d’illusion, et même si la première inspira­tion vient de Dieu, souvent vient s’ajouter une inter­prétation humaine plus ou moins erronée, générale­ment trop matériellement comprise. Enfin l’esprit qui procure des extases et des révélations, s’il ne per­fectionne pas les mœurs et la vie, et ne rend pas l’homme défiant de lui-même, est un esprit d’illu­sion, surtout si tout cela empêche l’accomplissement du devoir d’état et engendre des discordes. Les signes de l’esprit de Dieu sont donc l’obéissance humble, la charité fraternelle, la paix et la joie spirituelle rayonnante.

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