Égalité des cultes dans la société moderne : son origine selon Mgr Delassus

Mgr DelassusC’est à un juif de XVIII ème siècle, Guillaume Dohm, qu’il faut faire remonter la pensée initiale de l’égalité des cultes. Il en a été l’instigateur et le docteur auprès des princes du monde moderne. Il était archiviste de S.M le roi de Prusse et secrétaire au département des affaires étrangères lorsqu’il écrivit, en 1781, son mémoire De la réforme politique de la situation des juifs, adressé et dédié à tous les souverains.

Il y étale la théorie de l’État indifférent en religion, neutre, athée, ce qui est plus grave, dominateur de toutes les religions.
– « Le grand et noble emploi du gouvernement, dit-il, consiste à mitiger les principes exclusifs de toutes ces différentes sociétés catholique, luthérienne, socinienne, mahométane, de façon qu’elles ne tournent point au préjudice de la grande société.
– « Que le gouvernement permette à chacune de ces petites sociétés particulières d’avoir l’esprit de corps qui lui est propre, de conserver même ses préjugés quand ils ne sont pas nuisibles ; mais qu’ils s’efforcent d’inspirer à chacun de ses membres un sujet plus grand d’attachement pour l’État ; et il aura atteint le grand but qui lui qu’il lui convient d’avoir en vue, quand les qualités de gentilhomme, de paysan, de savant, d’artisan, de chrétien, ou de juif seront toutes subordonnées à celle de citoyen. »
C’est bien l’idée napoléonienne : ce programme tracé de vingt ans d’avance, Napoléon a bien voulu le réalisé.

Après de longs débats, il réussit à introduire dans le Concordat même, et surtout il déposa dans les articles organiques, dont il accompagna subrepticement, un germe qui ne demandait qu’à se développer pour devenir cette autre constitution civile du Clergé que M. Briand a forgée dans la loi de séparation et qu’il espérait bien nous faire accepter.

Le Concordat porte ceci : « Le gouvernement de la République reconnait que la religion catholique, apostolique et romaine, est la religion de la grande majorité du peuple français. » Dans ces mots, il n’y a que la reconnaissance d’un fait, d’un fait qui aurait pu ne pas être à ce moment là et qui peut changer avec le temps ; non la reconnaissance du droit que donne l’Église catholique à sa divine origine, et celle de la situation unique que cette origine lui fait.

Le Concordat, par cette rédaction, reconnaissait au protestantisme et au judaïsme, à raison de la fraction de citoyens qui en font profession, des droits dans les états semblables à ceux du catholicisme. Ces droits semblables devinrent bientôt des droits égaux, et, actuellement, c’est aux protestants et aux juifs, qui restent cependant toujours le petit, très petit nombre, qu’est faite la situation privilégiée.

Le Pape (ndlr : S.S. Pie VII), à la date du 12 mai 1801, écrivit au premier Consul pour lui exprimer sa douleur de cette exigence : « Nous ne vous cacherons pas, et tout au contraire nous vous en ferons l’aveu éclatant, combien nous avons éprouvé une joie vive aux premières ouvertures qui nous ont été faites pour le rétablissement de la religion catholique en France ; et l’espérance flatteuse que cette religion serait rétablie dans son antique splendeur comme dominante, m’a fait voir avec bien de la douleur l’article désagréable qui, dans le projet officiel, a été proposé comme la base de toutes les autres… Nous ne pouvons nous empêcher de vous mettre sous les yeux, qu’étant constitué par Dieu pour la défense cette religion et sa propagation, nous ne pouvons, par un article d’une convention solennelle, en sanctionner la dégradation… Si la religion catholique est celle de la majorité des Français, pouviez-vous douter que leurs vœux ne soient remplis en lui rendant son premier lustre ? Serez-vous retenu par l’opposition du petit nombre, sur lequel la majorité l’emporte à un si haut degré ? A cause d’eux, priverez-vous la France et l’autorité publique des grands avantages que lui procurerait l’entier rétablissement de la religion catholique ? »

Rien n’y fit, et le Pape, pour éviter un plus grand malheur, dut en passer par la volonté de Bonaparte.

Le problème de l’heure présente – Mgr Delassus, p. 108, Tome 1 – ESR. Citation aussi présente dans la conjuration antichrétienne Tome 1.

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