Doit-on adorer les reliques des saints ? Réponse de saint Thomas d’Aquin

ARTICLE VI — doit- on adorer les reliques des saints ?

1. Il semble qu’on ne doive adorer les reliques des saints d’aucune manière. Car on ne doit pas faire quelque chose qui puisse être une occasion d’erreur. Or, il semble que l’adoration des reliques des morts appartienne à l’erreur des gentils qui rendaient de très-grands honneurs à ceux qui n’étaient plus. On ne doit donc pas adorer les reliques des saints.

2. Il semble insensé de vénérer une chose insensible. Or, les reliques des saints sont des corps insensibles. C’est donc une folie que de les vénérer.

3. Un corps mort n’est pas de même espèce qu’un corps vivant, et par conséquent il ne paraît pas être le même numériquement. Il semble donc qu’on ne doive pas adorer le corps d’un saint après sa mort.

Mais c’est le contraire. Gennade dit (Lib. de ecclesiast. dogm. cap. 73) : Nous croyons que l’on doit honorer les corps des saints et surtout les reliques des bienheureux martyrs, comme les membres du Christ. Puis il ajoute : Si on est opposé à ce sentiment, on n’est pas un disciple du Christ, mais un disciple d’Eunome et de Vigilance.

CONCLUSION. — Puisque nous vénérons les saints de Dieu, il faut aussi que nous vénérions leurs corps et leurs reliques.

Il faut répondre que, comme le dit saint Augustin (De Civi Dei lib. 1, cap. 13), si l’habit d’un père, son anneau et d’autres objets semblables, sont d’autant plus chers à ses descendants que ceux-ci ont plus d’affection pour leurs parents; on ne doit mépriser d’aucune manière leurs corps qui nous sont plus précieux et plus étroitement unis que tous les vêtements qu’ils ont portés, puisqu’ils appartiennent à la nature de l’homme. D’où il est évident que celui qui a de l’affection pour quelqu’un, vénère ce qui reste de lui après la mort, non-seulement son corps ou des parties de son corps, mais encore ses objets extérieurs, comme ses vêtements et d’autres choses semblables. Or, il est clair que nous devons avoir en vénération les saints de Dieu, comme les membres du Christ, les enfants et les amis de Dieu, et nos intercesseurs. C’est pourquoi nous devons rendre un honneur convenable à leurs reliques, en leur mémoire, et surtout à leurs corps qui ont été les temples et les organes de l’Esprit-Saint, habitant et agissant en eux, et qui doivent être rendus conformes au corps du Christ, par la résurrection glorieuse. Aussi Dieu honore-t-il convenablement leurs reliques en faisant des miracles en leur présence.

Il faut répondre au premier argument, que ce raisonnement est celui de Vigilance que saint Jérôme rapporte en ces termes (Cont. Figil. cap. 2) : Sous prétexte de religion, nous voyons qu’on est presque revenu au rite des gentils. On adore, en la baisant, je ne sais quelle poussière que l’on conserve dans un petit vase enveloppé d’un linge précieux. Saint Jérôme s’élève contre ce sectaire en disant (Epist. ad Rip.) : Nous n’adorons pas (de l’adoration de latrie), je ne dis pas les reliques des martyrs, mais ni le soleil, ni la lune, ni les anges; mais nous honorons les reliques des martyrs pour que nous adorions celui dont ils sont les témoins; et nous honorons les serviteurs pour que l’honneur que nous leur rendons remonte vers le Seigneur. Par conséquent, en honorant les reliques des saints, nous ne tombons pas dans l’erreur des gentils qui offraient aux morts un culte de latrie.

Il faut répondre au second, que nous n’adorons pas ce corps insensible pour lui-même, mais à cause de l’âme qui lui a été unie et qui maintenant jouit de Dieu, et aussi à cause de Dieu dont ils ont été les ministres.

Il faut répondre au troisième, que le corps mort d’un saint n’est pas numériquement le même qu’il a été d’abord, pendant qu’il vivait, à cause de la diversité de sa forme qui est l’âme ; cependant il est le même par l’identité de la matière qui doit être de nouveau unie à sa forme.

Source : Somme Théologique, III, Qu. XXV, art.VI

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