Saint Augustin démontre que l’abolition des rites de l’Ancienne Alliance a été prédite dans les Ecritures

https://i0.wp.com/media.evangelizo.org/images/artists/s/schefer_ary/large/Saint_Monique_and_Saint_Augustin.jpgNous devons d’abord réfuter une erreur commune parmi les Juifs : à les entendre, les livres de l’Ancien Testament ne nous concerneraient en aucune manière, puisque nous observons, non les anciens rites, mais des rites nouveaux. A quoi vous sert la lecture de la Loi et des Prophètes, puisque vous ne voulez point en observer les préceptes ? Voilà ce qu’ils nous disent, parce que nous ne pratiquons pas la circoncision du prépuce sur les enfants mâles; parce que nous mangeons des viandes déclarées immondes par la Loi ; parce que nous n’observons point, d’une manière charnelle, leurs sabbats, leurs néoménies, et leurs jours de fêtes ; parce que nous n’immolons à Dieu aucune victime tirée de nos troupeaux, et que nous ne célébrons point la pâque avec un agneau et des pains azymes ; parce qu’enfin nous négligeons d’autres anciens rites, que l’Apôtre désigne sous le nom générique d’ombres des choses futures. Saint Paul les appelait ainsi, car, de leur temps, ils annonçaient la révélation des mystères à la connaissance desquels nous avons été appelés, afin que, dégagés des ombres anciennes, nous jouissions de leur pure lumière. Il serait trop long d’engager avec eux une discussion sur chacun de ces points en particulier, de leur faire comprendre comment, en nous dépouillant du vieil homme, nous pratiquons la circoncision sans nous dépouiller de la chair de notre corps; de leur dire que nous apportons, dans nos mœurs, la sévérité qu’ils apportent dans le choix de leurs viandes : en un mot, de leur montrer que nous offrons nos corps à Dieu, comme une hostie vivante, sainte et agréable; qu’au lieu du sang des brutes, nous répandons nos âmes intelligentes en de saints désirs, et que nous sommes purifiés de toute souillure par le sang de Jésus-Christ, comme par le sang d’un agneau sans tache. A cause de la ressemblance de son corps avec un corps de péché, le Sauveur a été figuré parles boucs des anciens sacrifices, et celui qui reconnaît en sa personne la plus grande victime, ne fait point difficulté, en face des branches de la croix, de le considérer comme le taureau de la loi mosaïque. Trouvant en lui notre repos, nous observons véritablement le sabbat, et pour nous la célébration de la nouvelle lune n’est autre chose que la sanctification d’une vie nouvelle : notre pâque, c’est le Christ ; la sincérité et la vérité, voilà nos azymes; le vieux levain ne s’y trouve pas, et s’il y a d’autres mystères figurés par les présages antiques, nous ne nous arrêterons pas maintenant à les expliquer; cela est inutile : nous nous bornerons donc à dire qu’ils ont eu leur perfection en Jésus-Christ, dont le règne n’aura pas de fin. Toutes choses devaient, en effet, se trouver accomplies en Celui qui est venu, non pour détruire la Loi et les Prophètes, mais pour les accomplir (Matt. V, 17).

Jésus-Christ n’a point aboli par le raisonnement les anciens signes des choses futures, mais il les a changés en faisant ce qu’ils prédisaient : car il voulait, pour annoncer que le Christ était déjà venu, des rites différents de ceux qui annonçaient sa venue future. Mais que signifie ce titre : « Pour ce qui doit être changé », placé en tête de certains psaumes que les Juifs ont entre les mains, auxquels ils reconnaissent l’autorité des saintes lettres ? (Le texte de ces mêmes psaumes a trait au Christ.) Évidemment il annonce le changement futur par le Christ de rites que nous savons aujourd’hui, parce que nous le voyons, avoir été changés par lui. De cette manière, le peuple de Dieu, qui est maintenant le peuple chrétien, n’est point obligé d’observer les lois des temps prophétiques, non qu’elles aient été condamnées, mais parce qu’elles ont subi une transformation. Les mystères prédits par les anciens rites ne devaient point non plus disparaître, mais il fallait que les signes de ces mystères fussent appropriés aux époques diverses auxquelles ils étaient destinés.

Le psaume soixante-huitième porte encore ce titre : « Pour ce qui doit être changé ». Le Prophète y chante la passion de Notre-Seigneur Jésus-Christ, et met dans la bouche du Sauveur certaines paroles de ses membres, c’est-à-dire, de ses disciples. Le Christ n’a lui-même commis aucun péché, mais il a supporté le fardeau des nôtres; c’est pourquoi il est dit : « Et mes péchés ne sont point cachés à vos yeux ». Nous trouvons écrit et annoncé d’avance, dans ce psaume, un fait rapporté dans l’Evangile (Matt. XXVII, 34-48.) : « Ils m’ont donné du fiel en guise de nourriture, et, pour étancher ma soif, ils m’ont abreuvé de vinaigre ». Suivant la prédiction énoncée au titre du psaume, Jésus-Christ a donc transformé ce qui était ancien. Les Juifs lisent ces passages et ne les comprennent pas : aussi croient-ils nous causer de l’embarras, en nous demandant comment nous pouvons reconnaître l’autorité de la Loi et des Prophètes, dès lors que nous ne pratiquons pas les rites qu’ils nous ont prescrits. Nous n’observons pas ces rites, parce qu’ils. ont été changés : ils ont été changés, parce que leur transformation a été prédite, et nous croyons en Celui qui les a transformés par sa venue en ce monde. Si donc nous n’observons pas les rites: prescrits par la Loi et les Prophètes, c’est que nous comprenons ce qu’ils ont prédit, c’est que nous possédons la réalité de ce qu’ils ont promis. Pour les Juifs, qui nous adressent ces reproches, ils doivent à leurs ancêtres de participer encore à l’amertume du fiel donné par eux en nourriture au Seigneur ; ils se ressentent encore de l’âcreté du vinaigre qu’ils ont offert au Christ pour apaiser sa soif : ils ne comprennent pas ces choses, car en eux se vérifie cet autre passage du Psalmiste : « Que leur table soit devant eux comme un filet; qu’elle leur soit une juste rétribution, une pierre de scandale ». En abreuvant le pain vivant de fiel et de vinaigre, ils se sont eux-mêmes saturés d’âcreté et d’amertume. Comment donc saisiraient-ils le sens d’une prophétie qui prononce contre eux cette sentence : « Que leurs yeux soient aveuglés pour qu’ils ne voient point? » Comment pourraient-ils se tenir droits, de manière à élever leurs cœurs vers Dieu, eux dont il a été prédit : « Faites que leur dos soit toujours courbé? » Ces paroles n’ont pas été prononcées contre eux tous, mais elles l’ont été contre tous ceux auxquels s’applique ce qui a été prédit. Elles ne concernent point ceux d’entre eux qui ont cru alors en Jésus-Christ, ni ceux qui croient en lui aujourd’hui, ni ceux qui y croiront depuis ce jour jusqu’à la fin des siècles : elles ne s’appliquent aucunement au vrai peuple d’Israël, c’est-à-dire, à ce peuple qui verra le Seigneur face à face : « Car tous ceux qui descendent d’Israël, ne sont pas pour cela Israélites, et tous ceux qui sont de la race d’Abraham, ne sont pas pour cela ses enfants : mais Dieu lui dit : C’est d’Isaac que sortira la race qui doit porter ton nom, c’est-à-dire, ceux qui sont enfants d’Abraham selon la chair, ne sont pas pour cela enfants de Dieu : mais ce sont les enfants de la promesse qui sont réputés être les enfants d’Abraham (Rom. IX, 6-8) ». Au contraire, ces Juifs appartiennent à la Jérusalem spirituelle et aux villes de Juda, c’est-à-dire à l’Église ; c’est d’eux que parlait l’Apôtre quand il disait : « Les églises de Judée qui croyaient en Jésus-Christ, ne me connaissaient pas de visage (Galat. I, 22.) ». Car, selon ce qui est écrit dans la suite du même psaume , « Dieu sauvera Sion, et, les villes de Juda seront bâties de nouveau, et ils y demeureront, après qu’ils l’auront acquise comme leur héritage, et la race de ses serviteurs la possédera, et ceux qui aiment son nom , y établiront leur demeure ». Mais lorsque les Juifs lisent ces paroles, ils les entendent dans un sens charnel : ils pensent à la Jérusalem d’ici-bas, qui est esclave avec ses enfants, et non point à la Jérusalem éternelle et céleste, qui est notre mère (Galat. I, 22).

Le psaume soixante-dix-neuvième porte, comme le quarantième et le soixante-huitième, ce titre : « Pour ce qui doit être changé ». Entre autres passages, on y lit celui-ci : « Regardez du haut du ciel, et voyez, et visitez cette vigne : donnez la perfection à celle que votre droite a plantée, et jetez les yeux sur le Fils de l’homme, que vous avez affermi pour vous ». Cette vigne est évidemment celle dont il est dit : « Vous avez transporté votre vigne de l’Egypte » ; car le Christ n’a point planté une vigne autre que celle-là, mais en venant sur la terre, il l’a changée et rendue plus parfaite. C’est pourquoi on lit aussi dans l’Évangile : « Il fera périr misérablement ces méchants, et il louera sa vigne à d’autres vignerons (Matt. XXI, 41) ». En effet, l’Évangéliste ne dit pas : Il l’arrachera et en plantera une autre, mais : Il louera cette même vigne à d’autres vignerons. La cité de Dieu se compose de la société des saints ; c’est la réunion des enfants de la promesse : ils disparaissent tour à tour emportés par la mort, mais leur passage successif ici-bas la conduira à sa perfection, et, à la fin des siècles, elle recevra en même temps, dans chacun d’eux, l’immortalité que le Seigneur lui réserve. Dans un autre passage, la cité de Dieu nous est représentée, d’une manière différente, sous l’emblème d’un olivier fertile, et le Psalmiste lui prête ce langage : « Pour moi, je serai dans la maison du Seigneur comme un olivier qui porte du fruit, parce que j’ai mis toute mon espérance dans la miséricorde de Dieu pour l’éternité, et pour tous les siècles des siècles (Ps. LI, 10) ». Si des rameaux infidèles, orgueilleux, et, par là même, stériles, ont été arrachés du tronc pour permettre à l’olivier sauvage, c’est-à-dire aux Gentils, d’y être greffé à leur place, ce n’est point une raison pour que la racine de l’arbre, c’est-à-dire des patriarches et des prophètes, ait pu se dessécher ; « parce que », dit Isaïe, « quand le nombre des enfants d’Israël égalerait celui des grains de sable, de la mer, un petit reste sera sauvé (Isaïe, X, 22) », mais par celui dont il est dit une première fois : « Et sur le Fils de l’homme que vous avez affermi pour vous » ; et, une seconde fois : « Que votre main s’étende sur l’homme de votre droite et sur le Fils de l’homme que vous avez affermi pour vous, et nous ne nous éloignerons plus de vous ». Ce Fils de l’homme, qui est Jésus-Christ, rend parfaite la vigne sainte, en y adjoignant son petit reste, les, Apôtres, et les autres hommes d’entre les Israélites, qui ont cru, en grand nombre, au Christ-Dieu, puis la plénitude des nations : il a écarté les anciens rites, leur en a substitué de nouveaux, et ainsi se trouve vérifié le titre de ce psaume : « Pour ce qui doit être changé ».

Nous allons donc apporter aux Juifs des témoignages plus éclatants, et dont ils sentiront, bon gré, mal gré, toute la force. « Le temps vient », dit le Seigneur, « ou je confirmerai mon alliance avec la maison de Jacob : non selon l’alliance que j’ai faite avec leurs pères au jour où je les pris par la main pour les faire sortir de Égypte (Jérém. XXXI, 31, 32.) ». La prédiction est certaine : elle n’est plus renfermée en des titres de psaumes dont l’intelligence n’est à la portée que d’un petit nombre; tous peuvent entendre et comprendre cette voix prophétique. Une alliance nouvelle a été promise : elle devait être toute différente de celle qui avait été contractée avec le peuple d’Israël, lors de sa sortie d’Égypte. Nous appartenons à cette nouvelle alliance et elle ne nous force point d’observer les rites prescrits sous l’empire de l’ancienne : au lieu de nous reprocher l’abandon de l’antique Testament, à nous qui possédons le Nouveau promis à nos pères, pourquoi les Juifs ne reconnaissent-ils pas qu’ils sont demeurés les observateurs d’un culte devenu caduc et inutile ? Aussi, puisque, suivant ce qui est écrit au Cantique des cantiques, « le jour commence à luire, et que les ombres se dissipent (Cant. II, 17.) », le sens spirituel doit briller de tout son éclat; le culte charnel doit finir. «Le Seigneur, Dieu des dieux, a parlé, et il a appelé la terre depuis le lever du soleil jusqu’à son couchant ». Oui, il a appelé toute la terre à une nouvelle alliance, cette terre à laquelle le Psalmiste dit ailleurs : « Chantez au Seigneur un cantique nouveau; que toute la terre chante au Seigneur ». Dieu n’a donc point parlé comme il a fait autrefois du haut du Sinaï : alors il ne s’adressait qu’à un seul peuple d’Israël, appelé par lui du pays d’Égypte : depuis, il a appelé toute la terre à partir du lever du soleil jusqu’à son couchant. Si les Juifs voulaient comprendre cette parole du Seigneur, ils entendraient son appel et il s’en trouverait, parmi eux, à qui s’appliqueraient ces autres paroles du même psaume : « Écoutez, mon peuple, et je vous parlerai : Israël, écoutez-moi, et je vous attesterai la vérité moi, Dieu, je suis votre Dieu. Je ne vous reprendrai point pour vos sacrifices, car vos holocaustes sont toujours devant moi. Je n’ai pas besoin de prendre des veaux de votre maison, ni des boucs de vos troupeaux, parce que toutes les bêtes des forêts m’appartiennent, aussi bien que celles qui sont répandues sur les montagnes, et les bœufs : je connais tous les oiseaux du ciel, et la beauté des champs est en ma puissance. Si j’ai faim, je ne vous le dirai pas, puisque toute la terre est à moi avec tout ce qu’elle renferme. Est-ce que je mangerai la chair des taureaux, ou boirai-je le sang des boucs ? Immolez à Dieu un sacrifice de louanges, et rendez vos veaux au Très-Haut; invoquez-moi au jour de l’affliction, et je vous en délivrerai, et vous m’honorerez ». Ici, la transformation des sacrifices anciens est d’une évidence incontestable, car Dieu annonce qu’il ne les acceptera plus, et il impose à ses adorateurs un sacrifice de louanges : non pas, qu’en cela, il nous demande nos hommages comme s’il en avait besoin, mais parce qu’il veut faire servir à notre salut les louanges que nous lui adresserons, car voici la conclusion du psaume précité : « Le sacrifice de louange m’honorera, et c’est la voie par laquelle je lui montrerai le salut qui vient de Dieu ». Mais quel est le salut de Dieu, sinon le Fils de Dieu, le Sauveur du monde, le jour, Fils du jour Père, c’est-à-dire, la lumière de la lumière, dont la venue en ce monde a inauguré la nouvelle alliance? Voilà pourquoi encore, immédiatement après ces paroles : « Chantez au Seigneur un cantique nouveau ; que toute la terre chante au Seigneur; bénissez son saint nom » , le Prophète déclare que le Sauveur sera bientôt annoncé ; puis il ajoute : « Annoncez le jour issu du jour, son Salut (Ps. XCV, 1, 2) ». Prêtre et victime tout ensemble, Jésus-Christ a donc offert le sacrifice de louange, accordant aux méchants le pardon de leurs fautes, et aux bons la grâce de bien faire. Pour adorer Dieu, on lui offre le sacrifice de louange, « afin que celui qui se glorifie, se glorifie dans le Seigneur (I Cor. I, 31) ».

Source : Saint Augustin, Contre les Juifs

Publicités