Le Dimanche, le culte des Saints et la liturgie chez les protestants

sola scripturaPour le dimanche, les Protestants l’ont conservé, bien qu’il soit contraire aux Ecritures. Dieu avait créé le monde en six jours et s’était reposé le septième : ce septième jour était le Sabbat des Juifs. Après la résurrection du Sauveur, les Catholiques supprimèrent le Sabbat et célébrèrent le Dimanche, qui fut, pour eux, le mémorial du premier jour de la création et le souvenir vivant du jour où s’était parachevée l’œuvre de la Rédemption. Les Protestants ont conservé cette tradition, bien que les Saintes-Lettres n’en parlent pas.

S’ils voulaient tenir à leur règle de foi, les Protestants devraient célébrer le samedi au lieu du dimanche. — Il faut, du reste, leur rendre cette justice, qu’ils sanctifient le saint Jour par
le repos, avec beaucoup d’exactitude, en Angleterre et en Amérique. Le seul côté fâcheux de cette fidélité, c’est qu’au lieu d’aller au temple, les protestants des villes vont à la campagne et honorent le bon Dieu en se promenant, en chassant, en se livrant à leurs plaisirs. Quant aux fêtes et au culte des Saints, pour les Protestants, c’est une idolâtrie. Ces gens-là ne veulent pas qu’on honore les Saints et la sainte Vierge, parce que, disent-ils, les honorer, c’est les adorer. Beau raisonnement, mais qui cache une grande misère. S’il leur fallait honorer les saints, à qui voulez-vous que les Protestants s’adressent? Aux saints de l’Église catholique, à saint Pierre, à saint Paul, à saint Jean, à saint Augustin, à saint Ambroise, à saint Grégoire, à saint Remy, à saint Eloi, à saint Vincent de Paul? mais ces Saints étaient des enfants soumis de la sainte Église, d’affreux papistes.

Quant aux saints du Protestantisme, il n’en faut pas parler. Le Protestantisme n’a rien de commun avec l’énergie de la foi, l’héroïsme des vertus et l’éclat des miracles ; il ne se prête qu’aux vertus communes, aux opinions, et c’est trop peu pour que Dieu l’honore. Si quelqu’un s’avisait de dire saint Luther, saint Calvin, saint Mélanchthon, saint Théodore de Bèze, saint Zwingli, je crois, Dieu me pardonne, qu’il en mourrait de rire ! Donner le nom de saints à des gens qui se traitaient de gueux ! « Je ne suis pas, a dit un philosophe protestant, le grand Leibnitz, de ceux qui, oubliant la faiblesse humaine, rejettent du service divin tout ce qui touche aux sens, sous ce beau prétexte que l’adoration doit se faire en esprit et en vérité. » Le fait est que les Protestants, à force de parler de l’adoration en esprit et en vérité, n’ont gardé, dans leur culte, ni vérité, ni esprit. Dieu, sans doute, n’a pas besoin des pompes du culte, il demande surtout nos cœurs. Dieu, pourtant, a commandé les magnificences du tabernacle mosaïque ; il a agréé l’admirable temple de Salomon ; il a accepté, même dans la crèche, l’or et l’encens des rois. D’ailleurs, si Dieu peut se passer de nos dons, nous devons, nous, les lui offrir, pour rapporter, à sa majesté, le tribut de toute créature et lui offrir l’hommage de nos adorations. Dans tous les temps, chez tous les peuples, les hommes ont donc bâti des temples ; il les ont décorés de toutes les richesses de la terre et relevés par les plus admirables inventions du génie.

Dans l’Église, en particulier, les sanctuaires brillent de toutes les splendeurs de la création. Depuis l’Église du hameau, jusqu’à la basilique des grandes cités, c’est à qui l’emportera en magnificence. Marbre somptueux, gigantesques édifices, tours monumentales et flèches aériennes, vitraux historiés et tuiles vernissées, peintures à fresque et riches tableaux, tabernacles et chandeliers d’or, grandes voix de la musique sous ces voûtes mystérieuses : l’Église a convié tous les éléments et tous les arts à la décoration de ses temples. Et une voix qui s’élève, du fond des âmes, vous dit que cela répond à tous les vœux du cœur.

L’enfant qui vient à l’Église d’un pas léger, et le vieillard qui s’en approche à pas lents ; la jeune vierge qui chante les cantiques et l’homme mûr qui mêle sa voix aux mélodies sacrées ; les multitudes qui s’associent, d’une âme tantôt recueillie, tantôt épanouie, à tous les accents de la chaire, à tous les mystères de l’autel, ah ! elles peuvent dire si des temples nus suffisent aux besoins de la vie humaine. Non ! non ! il faut à l’Église de plus nobles jouissances et de plus larges ouvertures. La méditation pure a ses attraits, mais l’esprit ne peut s’y tenir longtemps. Il faut aux sens un objet saint, à l’intelligence un lieu de repos, au cœur une ouverture vers le ciel. Il faut que, dans les temples saints, s’accomplissent tous les mystères de l’Agneau célébré dans l’Apocalypse. — Les Protestants, écrasés par ces raisons, nous disent qu’ils préfèrent, à toutes nos richesses, la simplicité. La simplicité est une bonne chose, presque une vertu, mais il ne faut rien exagérer. Des temples abaissés au rôle de salle de lecture, ne sont pas des temples simples, ce sont des temples pauvres, où l’âme végète dans le vide, où les plus nobles besoins ne trouvent point leur satisfaction. — Des temples nus et point de culte : voilà, en somme, la liturgie du Protestantisme. Comment le Dieu de la Bible, qui exige nos hommages, constants, empressés, sans réserve, se contenterait-il des quelques simagrées protestantes ?

Source : Histoire générale de l’Église, Abbé Darras, Tome 33, p.460-462.

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