L’absurdité du culte chez les protestants

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Un ministre protestant luthérien dans son « église »

D’après sa règle de foi et sa règle de mœurs, le Protestantisme ne devrait pas avoir de culte public. Lire soi-même une Bible pour y puiser sa foi et se sauver par sa foi, sans se donner la charge des bonnes œuvres : cela ne demande ni temples, ni ministres. À la maison ou en promenade, au club, au casino, au théâtre, partout, le Protestant peut remplir l’acte essentiel et unique de sa religion.

Mais le Protestantisme qui se dit si libre dans ses pensées, ne l’est pas tant qu’il s’en vante : il copie volontiers le Catholicisme : et parce que les catholiques ont des églises, les protestants ont des temples. Vous avez vu, quelque part, dans les faubourgs d’une grande ville, une maison carrée, sans caractère architectural, ayant des fenêtres ce qu’il faut pour voir clair et des portes ce qu’il faut pour admettre quelques rares visiteurs, une croix au fronton en guise d’enseigne. Entrez, c’est une église protestante. Le mobilier de cette église est d’une parfaite insignifiance. Quatre murs, des bancs, une chaise, une table et c’est tout. A voir cet édifice vide et nu, vous croyez à peine que ce puisse être un temple consacré au culte du Seigneur ; vous le prendriez tout aussi volontiers pour une salle de conférences littéraires, pour un cercle musical, un cabinet de lecture, un bureau de réunion réservé à peu importe quelle œuvre civile. Dans ce mobilier insignifiant, il y a encore du superflu. Et d’abord, la chaire est de trop. La chaire, sans doute, est le siège du ministre qui vient lire la Bible et la commenter.

Mais lire la Bible, tout le monde doit pouvoir le faire, et s’il ne le peut, le principe sacré de cette lecture n’est donc pas susceptible d’application universelle. Mais commenter la Bible, c’est lui donner verbalement des notes et des commentaires, c’est l’expliquer, par conséquent la supposer obscure : et si la Bible est obscure, comment peut-on dire que chacun doit se former une foi par cette lecture.

Au point de vue protestant, la lecture de la Bible, faite en public, par un ministre, est au moins une inutilité ; son commentaire est un sacrilège. Et la table, qu’en dirons-nous? Cette table est destinée au service de la cène annuelle. Comme le Catholique doit communier au moins à Pâques humblement, le Protestant doit, au moins une fois l’an, en souvenir de la Cène, manger, au temple, un morceau de pain et boire un verre de vin. Je n’ai jamais pu comprendre pourquoi les Protestants accomplissaient ainsi cette cérémonie et j’avoue que si j’étais Protestant, je proposerais d’introduire dans la réforme, une réforme de cette modeste cuisine. Du moment qu’on rejette l’Eucharistie comme sacrement, il n’y a plus, après la Cène, qu’une cérémonie sans importance. Le sacrement écarté, il ne reste de la Cène, pour le Protestant, que le repas d’adieu, le banquet fraternel qu’offrit Jésus à ses Apôtres avant de consommer son sacrifice. Or la Cène ne fut pas, sans doute, un festin à la Lucullus ; mais ce fut, au moins, un dîner plus qu’ordinaire. On avait choisi un local convenable, vaste, parfaitement orné. Sur la table se trouvaient, en abondance, les mets choisis de l’Orient. Judas avait peut-être fait danser un peu l’anse du panier: il était économe, c’est tout dire : mais enfin, tout en lésinant par derrière, il avait voulu faire bien les choses et se montrer bon Apôtre.

Donc, je proposerais que la cène protestante fût une vraie cène à l’Apostolique, un dîner bien servi, avec des vins de choix, deux ou trois entrées, quelques entremets, un rôti, gigot ou dindon, peu importe, un saumon, la salade, du dessert en abondance, enfin le café, les trois eaux-de-vie et les cigares à discrétion. On mangerait cela entre frères, en souvenir des Apôtres et du Sauveur, ce qui n’ôterait rien à l’appétit ; on dirait dévotement le Bénédicité et les Grâces, si tant est que ce ne soit pas des superstitions papistes ; on permettrait les toasts au Champagne. Bref, on festoierait de tout cœur et en toute dévotion. De plus, si je ne craignais d’augmenter la dépense, je proposerais encore de rendre la cène plus fréquente, je la conseillerais au moins tous les dimanches et je la laisserais facultative aux grands dévots, par exemple aux ministres, tous les jours. Et par cette double réforme, je ferais certainement plus de convertis au Protestantisme que n’ont pu en faire les Anglais avec toutes leurs Bibles et les Allemands avec leur Métaphysique.

Source : Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 33, p.457-459

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