La grâce de la bonne mort pour les hérésiarques ?

 

 

Montan, fondateur du montanisme

Epileptique ou démoniaque, comme le disent les Pères de l’Eglise, Montan était sujet à des convulsions extraordinaires, il prétendit que, dans ces accès, il recevait l’inspiration directe de l’Esprit-Saint, et la mission d’élever à un nouveau degré de perfection le dogme et la morale du christianisme. Il se fit deux disciples de deux femmes opulentes, Priscilla et Maximilla, entrainées par une illusion grossière ; ou par l’aveuglement de la passion, quittèrent leur famille pour s’attacher à ce fanatique. A son exemple, elles eurent des convulsions, des extases, prophétisèrent et partagèrent avec Montan l’honneur de figurer à la tête de la secte. Montan déclarait être la plénitude de l’Esprit-Saint et en conséquence, se fit nommé le Paraclet. Il fut condamné par un Concile réunissant plusieurs évêques mis au courant du nouvel hérésiarque. Montan aveuglé par l’esprit d’orgueil et de démence, auquel il était livré, ne se soumit point à la sentence portée contre lui. Il continua à jouer le rôle d’illuminé, et l’on croit que, dans un de ses accès convulsionnaires, il se donna lui-même la mort, de concert avec Maximilla, sa prophétesse, probablement pour se mettre plus tôt en possession de la béatitude éternelle. (1)

Cubric dit Manès, fondateur du manichéisme

Cubric qui échangea son nom servile contre le titre usurpé de Manachem, « Paraclet » qui était alors venu faire un débat public trouva non sans surprise l’évêque Saint Archelaüs averti de la présence de Manès. Saint Archelaüs révéla tout le passé dudit Manès qui manqua de peu de se faire lyncher par la foule. Le roi de Perse avait confié son fils à Manès qui prétendait pouvoir guérir ce dernier mais au contraire, il précipita dans la mort le jeune prince par des incantations sacrilèges. Emprisonné naguère pour ce crime, il tua ses gardiens et réussi à s’évader. Le roi de Perse ordonna que Manès fut retrouvé afin qu’il soit condamné à mort. On le retrouva quelques temps après sa fuite dans une forteresse nommé Arabion et il fut ramené auprès du roi qui le condamna à être écorché vif. Sa peau, remplie de foin, fut suspendue à un gibet, près des portes de la ville. (2)

Arius, fondateur de l’arianisme

Alors qu’Arius allait chasser Saint Alexandre le Patriarche de Constantinople pour s’emparer de son siège. Saint Alexandre, âgé de plus de 90ans ordonna un jeûne de sept jours aux fidèles et fit cette supplication à Dieu, prosterné, en larmes : « Seigneur, s’il faut qu’Arius soit reçu demain dans l’assemblée des fidèles, retirez votre serviteur de ce monde. Mais si vous avez encore pitié de votre Eglise, ne permettez pas que votre héritage soit profané. Frappez Arius du poids de votre colère, et que l’hérésie ne s’enorgueillisse pas plus longtemps de sa victoire ! ». Le lendemain, Arius parcourait la ville de Constantinople, entouré de la foule de ses partisans, qui lui formaient un cortège triomphal. Arrivé sur la grande place, en vue de la basilique où priait Saint Alexandre, il fut saisi d’un tremblement nerveux, et demanda à se retirer dans un lieu secret. Comme il tardait beaucoup à reparaitre, on y entra, et on le trouva étendu mort, baigné dans son sang, et ses entrailles répandues. (3)

Julien l’apostat, Empereur de Rome, auteur de terribles persécutions contre les chrétiens

A l’instant même de la mort de Julien l’apostat, Saint Sabas prévenu par une révélation divine versa un torrent de larmes, ses frères lui en demandèrent la raison, il répondit : « Le loup cruel qui dévastait la vigne du Seigneur, vient de tomber sous la vengeance divine. Il est mort ; la persécution est terminée ! ». « Julien écrit Sozomène avait conçu pour le Christ une haine personnelle qui s’affirmait dans toutes les occasions avec une énergie sans égale. Il apprit qu’une statue de Jésus-Christ avait été érigée à Paneas par une chrétienne suite à sa guérison miraculeuse, il fit détruire la statue pour la remplacer par la sienne. Mais quelques jours après, la statue impériale fut frappée par la foudre, qui en brisa tout le buste jusqu’à la poitrine. On peut encore aujourd’hui dit Sozomène, voir à Panéas cette statue mutilée de Julien, témoignage irrécusable de la vengeance divine. Le même fait est raconté par Eusèbe de Césarée. Quelques temps après, Julien se lança dans une expédition contre les perses. Alors que Julien s’élançait contre les persans fuyards lors d’une bataille, un corps d’archers persans qui avait feint la fuite faisait pleuvoir sur l’Empereur et son escorte une grêle de flèches qui lui perça le foie. « On m’a raconté, dit Théodoret, (4), qu’à ce moment Julien porta la main à sa blessure, recueillit le sang qui s’échappait à flots et le lançant vers le ciel, s’écria : Tu as vaincu, Galiléen ! ». (5)

Priscillien, fondateur du priscillianisme et des premières sociétés occultes

Priscillien, qui répandait son hérésie fut arrêté par l’ordre de l’Empereur Maxime. Malgré les instances de Saint Martin de Tours pour obtenir la grâce des priscillanistes, l’Empereur Maxime revint sur la promesse de grâce envers les priscillanistes qu’il avait faite à Saint Martin et demanda à ce qu’on interroge Priscillien sur ses pratiques. Priscillien avoua les obscénités de sa secte, les désordres qui se commettaient dans les réunions nocturnes ; enfin il confessa qu’une des pratiques de leurs conciliabules était de se mettre dans un état complet de nudité pour la prière publique. Après de tels aveux, Priscillien fut incarcéré. Le préfet adressa son rapport à l’Empereur, auquel il appartenait de prononcer en dernier ressort. Maxime décida de le poursuivre dans un procès criminel. Le résultat devait être une sentence de mort. Priscillien fut condamné à avoir la tête tranchée après le réquisitoire de Patricius, trésorier du fisc. Quelques autres disciples de Priscillien furent condamnés à mort, les autres à l’exil. (6)

Martin Luther, principal instigateur de la réforme protestante

Un soir que Martin Luther se laissa vaincre par son intempérance habituelle et but avec tant d’excès que nous fûmes obligés de l’emmener absolument accablé par l’ivresse et de le coucher dans son lit… Le lendemain nous revînmes près de notre maître pour l’aider à se vêtir, selon notre habitude. Nous vîmes alors, ô douleur, notre dit maître Martin pendu à son lit et misérablement étranglé. Nous annonçâmes aux princes, ses convives de la veille, l’exécrable fin de Luther. Ceux-ci, frappés de terreur comme nous-mêmes, nous engagèrent aussitôt par mille promesses et par les plus solennelles adjurations, à garder avant tout, sur cet événement, un profond et éternel silence afin que rien ne fût divulgué ; ils nous demandèrent ensuite de détacher du licou l’horrible cadavre de Luther, de le mettre dans son lit et de répandre parmi le peuple que mon maître avait subitement quitté la vie. (7)

Thomas Cranmer, principal instigateur de la réforme anglicane en Angleterre

Le plus célèbre de ces suppliciés fut Cranmer. C’est lui qui avait fourni à Henri VIII les moyens de se passer du Pape pour répudier Catherine d’Aragon ; c’est lui qui, pendant les deux règnes précédents, avait perpétré ou amnistié tous les forfaits de la réforme anglicane ; c’est encore lui, qui s’était fait inquisiteur et envoyé au bûcher des catholiques ou bien des hérétiques qui n’approuvaient pas son hérésie; depuis il s’était fait conspirateur contre la reine et insulteur public du christianisme. Jeté dans les prisons de la tour au début du règne de Marie, il avait été, plus tard, transféré à Oxford, pour prendre part aux controverses publiques ; depuis dix-huit mois il végétait en prison, quand, le 12 septembre 1555, il fut cité devant l’évêque de Glocester, jugé, condamné au feu et exécuté. Par crainte des tourments et amour de la vie, avant d’aller au supplice, il avait abjuré sept fois ses erreurs quand il vit que ces lâchetés ne lui servaient de rien, il se rétracta et brûla, dit-on, d’abord la main qui avait signé ces palinodies. (8)

Jean Calvin, principal instigateur de la réforme protestante en Suisse

Après Pâques en 1564 le cerveau de Calvin ne se prêtait plus au mouvement de la pensée ; sa main était paralysée comme sa tête ; ses doigts, qui avaient broyé tant de calomnies, noirci tant de réputations, déchiré tant de nobles esprits, remué tant de fiel et d’absinthe, étaient surpris par le froid de la mort. Calvin fit son testament sans se repentir de rien, ni pardonner à personne. Le 27 mai, il perdit connaissance, et l’agonie commença; à huit heures du matin, il avait cessé de vivre. On cacha son cadavre, parce qu’il portait les traces d’une lutte désespérée avec le trépas et d’une décomposition où l’œil aurait vu les signes visibles de la colère divine ou les marques d’une maladie infâme. Un étudiant, s’étant glissé dans la chambre du défunt, souleva le drap et écrivit : « Calvin est mort frappé de la main d’un Dieu vengeur ; d’une maladie honteuse dont le désespoir a été le terme. » (9)

Ulrich Zwingle, chef de file de la réforme protestante en Suisse alémanique

Cependant les hostilités fermentaient entre les catholiques et les protestants ; suspendues depuis deux ans par une trêve, elles éclatèrent en 1531. En présence de la guerre, Zwingle demanda sa retraite et sollicita du moins l’exemption d’entrée en campagne. Zwingle reçut du sénat l’ordre d’accompagner les troupes ; il fut blessé sur le champ de bataille et à la vue du mourant, les soldats catholiques s’approchèrent de lui en lui demandant s’il veut se confesser ; il fait un signe négatif, mais qu’ils ne comprennent pas. Ils l’exhortent à recommander son âme à la Sainte Vierge ; et d’après son refus plus expressif, un d’entre eux lui plonge l’épée dans le cœur, en lui disant : « Meurs donc, hérétique obstiné. » (10)

Voltaire de son vrai nom François-Marie Arouet, chef de file de la philosophie des lumières

En 1778, Voltaire tomba malade, se confessa et se rétracta de ce qu’il avait écrit contre la religion, voyant que la maladie disparaissait, il repartit de plus belle, se fit couronner au théâtre, agrégé à une loge F.M et eut à l’Académie les honneurs d’une séance. Le héros de ces ovations ne tarda pas à retomber malade et plus sérieusement. Le curé de Saint-Sulpice et l’Abbé Gauthier se présentèrent avec une rétractation plus explicite que la première ; mais le malade avait perdu connaissance ; les deux prêtres se retirèrent. Alors entra Tronchin, le médecin de Voltaire qui vit le vieux moribond dans des agitations affreuses criant qu’il était abandonné de Dieu et des hommes, et dévorant ses excréments. « Je voudrais, ajoutait-il que tous ceux qui ont été séduits par les livres de Voltaire, eussent été témoins de sa mort ; il n’est pas possible de tenir contre un pareil spectacle ». (11)

Jean-Jacques Rousseau, philosophe des lumières

Rousseau ne voyait que persécutions, qu’ennemis, que trahisons, et ses lettres sont pleines de ses doléances éternelles à cet égard. Les idées noires lui montèrent à la tête ; il s’imagina que le monde entier jurait sa perte, il avait fait faire, dans sa maison, une chausse-trappe et au moindre bruit, il s’y réfugiait. En 1778, il se fit mourir par le poison à Ermenonville près de Paris. (12)

Friedrich Nietzsche, philosophe nihiliste

En 1889, Nietzsche sombre dans la démence et passe les dix dernières années de sa vie dans un état mental végétatif et un mutisme quasi complet. Nietzsche chantait et hurlait sans cesse depuis plusieurs jours, prétendant être le successeur de Napoléon pour refonder l’Europe, créer la « grande politique ». Vu l’état extrême d’agitation de Nietzsche, Overbeck se fait aider d’un dentiste bâlois de passage à Turin, qui pour le calmer lui fait croire qu’à Bâle on prépare les festivités et les cérémonies qu’il croit lui être dues. Au départ de la gare de Turin, Nietzsche veut haranguer la foule ; on lui fait comprendre que ce n’est pas digne d’un homme de son rang. Arrivé à Bâle, on le conduit dans une clinique d’aliénés dont le directeur s’était entretenu avec Nietzsche sept ans plus tôt. Nietzsche se rappelle en détail cette rencontre, mais ne se rend pas compte qu’il est dans un asile d’aliénés — il remercie pour le bon accueil qui lui est fait (13)

1) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 7
2) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 8
3) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 9.
4) Theodoret., Hist. Eccles., lib III, cap. XX.
5) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 10.
6) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 10.
7) Récit de la mort de Martin Luther fait par son domestique, Rudtfeld, récit publié par le savant Sédulius en 1606.
8) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 34.
9) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 33.
10) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 33.
11) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 39.
12) Histoire générale de l’Eglise, Abbé Darras, Tome 39.
13) Podach, L’effondrement de Nietzsche

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