Vaincre Satan, c’est vaincre ses passions

CroixBien des gens s’écrient : Comment vaincre Satan, quand nous ne le voyons pas ? Mais n’avons-nous pas un maître qui n’a point dédaigné de nous montrer comment on arrive subjuguer des ennemis invisibles ? C‘est en parlant de ce maître que l’Apôtre a dit : « Se dépouillant lui-même de la chair, il a exposé les principautés et les puissances à une ignominie publique, triomphant d’elles courageusement en lui-même (1) ».

Ainsi donc nous aurons vaincu ces puissances invisibles, nos ennemies, dès que nous aurons subjugué les passions qui sont au fond de notre cœur ; et si nous éteignons en nous-mêmes les désirs qui nous font rechercher les biens de ce monde, nous arrivons nécessairement à vaincre en nous celui qui a établi son empire dans le coeur de l’homme en y allumant ces mêmes désirs. Quand Dieu dit à Satan: « Tu mangeras de la terre »,il a dit au pécheur: «Tu es terre, et tu retourneras en terre (2) ». Ainsi le pécheur a été livré à Satan pour que Satan fît de lui sa nourriture. Donc, ne restons pas terre, si nous ne voulons pas servir de pâture à Satan. La nourriture que nous prenons devenant partie de notre corps, les aliments eux-mêmes, par l’action des organes, s’assimilent à notre substance ; ainsi la perversité, l’orgueil et l’impiété, avec leurs habitudes pernicieuses, font de chacun de nous un autre Satan, c’est-à-dire un être semblable à lui. L’on demeure alors soumis à Satan, comme le corps est soumis à l’âme. Voilà ce que signifie « être mangé par le serpent ». Quiconque redoute le feu éternel, allumé pour Satan et ses anges (3), doit chercher à vaincre en soi ce mauvais génie. Nous repousserons victorieusement de notre cœur ces ennemis du dehors qui nous assiègent, en étouffant les désirs de la concupiscence qui nous asservissent. Ces esprits viennent-ils à rencontrer des hommes qui leur ressemblent ? ils les entraînent à partager leurs châtiments.

— 1.Jean, XII, 31.
— 2. I Timot, VI, 10.
— 3. Jean, XVI, 33.

Saint Augutin – Du combat chrétien, In Œuvres complètes de Saint Augustin, traduites pour la première fois sous la direction de M. Raulx, Bar-Le Duc, 1869, Tome XII. P. 44-59 – Chap II.

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