L’amour n’est pas un jeu

https://i0.wp.com/cdn.shopify.com/s/files/1/0250/2340/products/image-bundle-resurrection-jesus-christ.jpgIl poursuit l’humanité âme par âme, jour par jour, et ce n’est que vaincu et méprisé jusqu’à la dernière heure, qu’enfin il reprend son amour, et s’en va pour jamais : car l’amour, c’est là sa loi, ne repasse point aux mêmes rivages, et une fois qu’il les a quittés, il n’y reparaît plus.

Le Dante a mis sur la porte de son enfer cette fameuse inscription :

Par moi, l’on va dans l’éternelle douleur ;
Par moi, l’on va dans la cité de la plainte
Par moi, l’on va dans la nation perdue…
Vous qui entrez laissez ici l’espérance.

Mais pourquoi laisser l’espérance ? Pourquoi, en un lieu où la bonté divine doit se trouver, puisqu’elle est inséparable de Dieu, faut-il abdiquer toute heureuse perspective, si lointaine qu’elle soit ? Le poète nous l’explique dans un vers que je ne me rappelle jamais sans un tressaillement d’admiration :

C’est l’éternelle justice qui m’a fait, et le premier amour.

Si ce n’était que la justice qui eût l’abîme, il y aurait du remède ; mais c’est l’amour aussi, c’est le premier amour qui l’a fait, voilà ce qui ôte toute espérance. Quand on est condamné par la justice, on peut recourir à l’amour ; mais quand on est condamné par l’amour, à qui recourra-t-on ? Tel est le sort des damnés. L’amour qui a donné son sang pour eux, cet amour-là même, c’est celui qui les maudit. Eh quoi ? Un Dieu sera venu ici-bas pour vous, il aura pris votre nature, parlé votre langue, touché votre main, guéri vos blessures, ressuscité vos morts ; que dis-je ? Un Dieu se sera livré pour vous aux liens et aux injures de la trahison, il se sera laissé… attaché à un poteau, déchiré de verges, couronné d’épines ; il sera mort enfin pour vous sur une croix ! Et après cela, vous pensez qu’il vous sera permis de blasphémer et de rire, et d’aller sans crainte aux noces de toutes vos voluptés ?

Oh ! Non, détrompez-vous, l’amour n’est pas un jeu, on n’est pas impunément aimé par un Dieu, on n’est pas impunément aimé jusqu’au gibet. Ce n’est pas la justice qui est sans miséricorde, c’est l’amour. L’amour, nous l’avons trop éprouvé, c’est la vie ou la mort et, s’il s’agit de l’amour d’un Dieu, c’est l’éternelle vie ou l’éternelle mort.

(P. Lacordaire, conférences de Notre-Dame de Paris, conf. LXXII.)

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