Les fonctions des anges par Mgr Gaume

anges 4Troisième partie : les fonctions des anges.

Composé de trois grandes hiérarchies, et chaque hiérarchie divisée en trois ordres distincts, le monde angélique nous apparaît comme une magnifique armée rangée en bel ordre. Savoir cela ne suffit pas. Pour jouir du spectacle d’une immense armée, dans ses formidables splendeurs, il faut la voir en mouvement. Ainsi, pour avoir une idée de la brillante armée des cieux et mesurer la place occupée, dans le plan providentiel, par les princes de la Cité du bien, il faut, les étudier dans l’exercice de leurs fonctions.

Être purifiés, illuminés et perfectionnés ; ou purifier, illuminer, et perfectionner : tel est le double but, auquel se rapportent toutes les fonctions des hiérarchies et des ordres angéliques. Quel est le sens de ces mystérieuses paroles ? Tous les anges ne connaissent pas également les secrets divins. La première hiérarchie, avons-nous dit avec saint Thomas, voit la raison des choses en Dieu Lui-même ; la deuxième, dans les causes secondes universelles ; la troisième, dans l’application de ces causes aux effets particuliers. A la première appartient la considération de la fin ; à la seconde, la disposition universelle des moyens ; à la troisième, la mise en œuvre.

Les lumières qu’ils ont puisées dans le sein même de Dieu, les anges de la première hiérarchie les communiquent, autant qu’il convient, aux anges de la seconde hiérarchie ; ceux-ci, aux anges de la troisième ; et ceux de la troisième en font part aux hommes. Mais la réciprocité n’a pas lieu, attendu que les anges inférieurs n’ont rien à apprendre aux anges supérieurs, ni les hommes aux anges.

Nécessaire au gouvernement du monde, cette communication incessante durera jusqu’au jugement dernier. Elle renferme ce que nous avons appelé la purification, l’illumination et le perfectionnement. En effet, la manifestation d’une vérité, à celui qui ne la connaît pas purifie son entendement, en dissipant les ténèbres de l’ignorance ; elle l’illumine, en faisant briller la lumière où régnait l’obscurité ; elle le perfectionne, en lui donnant une science certaine de la vérité. Telles sont les opérations des anges supérieurs, à l’égard des anges inférieurs qui, pour cela, sont dits purifiés, illuminés et perfectionnés. Pas une de ces mystérieuses opérations de la hiérarchie céleste, qui ne se retrouve dans la hiérarchie de l’Église militante.

Or, les communications angéliques se font par la parole ; car les anges, parfaites images du Verbe, ont un langage et se parlent entre eux. Que les anges parlent, saint Paul nous l’enseigne, lorsqu’il dit : Quand je parlerais les langues des hommes et des anges (I Cor., XIII, 1). Toutefois, gardons-nous d’imaginer que le langage angélique soit semblable au langage humain, et qu’il ait besoin de sons articulés où de signes extérieurs, véhicules de la pensée d’un ange à l’autre. Ce langage est tout intérieur, tout spirituel, comme l’ange lui-même. Il consiste de la part de l’ange supérieur, dans la volonté de communiquer une vérité à l’ange inférieur ; et, de la part de celui-ci, dans la volonté de la recevoir. Ces deux opérations, ne rencontrant aucun obstacle, ni dans la nature des anges, ni dans leurs dispositions individuelles, sont infaillibles et instantanées.

C’est, de la première hiérarchie que la seconde et la troisième reçoivent, l’une immédiatement et l’autre médiatement, les illuminations divines. De là, relativement à leur dignité et à leurs fonctions, cette grande division des anges, en anges assistants et en anges exécutants, ou administrateurs. Les premiers considèrent en Dieu même la raison des choses à faire, et les manifestent aux anges inférieurs, chargés de les exécuter. Telle est l’image sous laquelle l’Écriture sainte nous représente les anges de la première hiérarchie. Un de ces illustres princes de la cour du grand Roi, parlant à Tobie, lui dit : Je suis Raphaël, un des sept anges qui sommes assistants devant Dieu. Littéralement : Qui nous tenons debout devant Son trône.

Il faut dire que cette belle expression, être assistants au trône de Dieu, a plusieurs sens. Les anges assistent devant Dieu lorsqu’ils prennent Ses ordres ; lorsqu’ils lui offrent les prières, les aumônes, les bonnes œuvres, les vœux des mortels ; lorsqu’ils plaident, contre les démons, la cause des hommes au suprême tribunal ; lorsqu’ils plongent leurs regards dans les rayons de la face divine, pour en retirer les voluptés ineffables qui constituent leur félicité. Dans ce dernier sens, tous les anges, nul exceptés sont assistants devant Dieu, car tous jouissent et jouissent continuellement de la vision béatifique, alors même qu’ils accomplissent leurs missions dans le gouvernement du monde. Néanmoins, dans le sens précis, l’expression assister devant Dieu désigne les anges de la première hiérarchie, et qui n’ont pas coutume d’être employés aux ministères extérieurs.

Ces anges assistants au trône de Dieu et supérieurs à tous les autres s’appellent les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, et forment la première hiérarchie. Puisque les hiérarchies du monde inférieur ne sont qu’un reflet des hiérarchies du monde supérieur, une solide comparaison, empruntée à la cour des rois de la terre, nous aide à comprendre le rang et les fonctions de ces grands officiers de la Couronne éternelle. Parmi les courtisans, il en est qui doivent à leur dignité d’entrer familièrement chez le prince, sans avoir besoin d’être introduits ; d’autres qui ajoutent à ce premier privilège celui de connaître les secrets du prince ; d’autres enfin, encore plus favorisés, compagnons inséparables du prince, semblent ne faire qu’un avec lui.

Ces derniers nous représentent les Séraphins. Créatures les plus sublimes que Dieu ait tirées du néant, ces esprits angéliques doivent leur nom aux flammes de leur amour. Placés au sommet des hiérarchies créées, elles touchent, autant que le fini peut toucher à l’infini, à la Trinité divine, l’amour même et le foyer éternel de tout amour. Loin de refroidir leur ardeur, les missions solennelles qui leur sont quelquefois confiées semblent l’accroître et leur faire répéter, avec une volupté plus intime, le cantique entendu par Isaïe : « Les Séraphins étaient debout, et, s’appelant l’un l’autre, ils disaient Saint, saint, saint est le Seigneur Dieu des armées ; toute la terre est pleine de Sa gloire (Is., VI, 3). »

Dans les heureux courtisans qui connaissent tous les secrets du prince nous avons une image des Chérubins, dont le nom signifie plénitude de la science. D’un regard, que n’éblouissent ni ne troublent jamais les rayons étincelants de la face de Dieu, ces esprits déiformes contemplent dans leur source les raisons intimes des choses, afin de les communiquer aux anges inférieurs, dont, elles doivent déterminer les fonctions et régler la conduite. Eux-mêmes quelquefois sont envoyés en mission. C’est ainsi qu’on voit un Chérubin chargé de garder l’entrée du paradis terrestre et de l’interdire à l’homme coupable. Pourquoi un Chérubin et non pas un autre ange ? Veiller et voir de loin sont les deux qualités d’une sentinelle. Or, comme leur nom l’indique, les Chérubins possèdent ces deux qualités à un degré suréminent, même dans le monde angélique.

Par les grands seigneurs, qui ont leurs libres entrées chez le Roi, les Trônes sont représentés. Élévation, beauté, solidité : voilà les trois idées que porte à l’esprit le nom du siège, sur lequel se placent les monarques dans les occasions solennelles. Nul ne pouvait mieux désigner le troisième ordre angélique de la première hiérarchie. Les Trônes sont ainsi appelés, parce que ces anges, éblouissants de beauté, sont élevés au-dessus de tous les chœurs des hiérarchies inférieures, auxquels ils intiment les ordres du grand Roi, en partageant avec les Séraphins et les Chérubins le privilège de voir clairement la vérité en Dieu même, c’est-à-dire dans la cause des causes.

Fixés en Dieu par l’intuition de la vérité, ils sont inébranlables. De plus, comme le trône matériel est ouvert d’un côté pour recevoir le monarque qui parle de ce siège majestueux ; ainsi les Trônes angéliques sont ouverts pour recevoir Dieu lui-même, qui parle par leur bouche. A eux la noble fonction de transmettre ses communications souveraines aux anges des hiérarchies inférieures, répandus dans toutes les parties de la Cité du bien. En, effet, les Trônes, étant le dernier ordre de la première hiérarchie ou des Anges assistants, touchent immédiatement aux Dominations, qui forment le chœur le plus élevé des Anges administrateurs.

Tels sont donc, en deux mots, les rapports et les distinctions qui existent entre les anges de la première hiérarchie. Tous sont assistants au Trône. Tous contemplent les raisons, des choses dans la cause première. Le privilège des Séraphins est d’être unis à Dieu de la manière la plus intime, dans les ardeurs délicieuses d’un indicible amour. Le privilège des Chérubins est de voir la vérité, d’une vue supérieure à tout ce qui est au-dessous d’eux. Le privilège des Trônes est de transmettre aux anges inférieurs, dans la proportion du besoin, les communications divines dont ils possèdent la plénitude. C’est ainsi que l’auguste Trinité, dont l’image transperce à travers toutes les créations, brille d’un éclat incomparable dans la plus parfaite. Dans les Trônes nous voyons la Puissance ; dans les Chérubins, l’Intelligence ; dans les Séraphins, l’Amour.

Reflet de la hiérarchie céleste, la hiérarchie ecclésiastique présente le même spectacle. Dans le Diacre, vous avez la Puissance qui exécute ; dans le Prêtre, l’Intelligence qui illumine ; dans le Pontife, l’Amour qui consomme, suivant cette parole adressée au chef suprême du pontificat : «Simon, fils de Jean, M’aimes-tu plus que les autres ? -Seigneur, Vous savez que je Vous aime. -Pais Mes agneaux, pais Mes brebis». L’amour est donc le principe, le but, la loi souveraine de la Cité du bien ; comme la haine, ainsi que nous le verrons, est le principe, le but, la loi souveraine de la Cité du mal.

Traité du Saint-Esprit, Mgr Gaume.

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