Les fonctions des anges par Mgr Gaume (suite)

ange 5Troisième partie : les fonctions des anges (suite).

Avant de quitter la première hiérarchie angélique, il nous paraît nécessaire de dire un mot des sept Anges Assistants au trône de Dieu, dont il est parlé dans l’un et l’autre Testament. « Je suis Raphaël, un des sept Anges qui nous tenons debout devant Dieu, disait Raphaël à Tobie. » « Jean, aux sept Églises qui sont en Asie. Grâce à vous et paix de la part de Celui qui est, et qui était, et qui doit venir, et de la part des sept Esprits qui sont en présence de Son Trône, » écrivait le disciple bien-aimé (Tob., XII, 15 ; Apoc., I, 4)

Fidèle interprète des enseignements divins, la tradition catholique vénère, en effet, sept Anges plus beaux, plus grands, plus puissants que tous les autres, qui entourent le Trône de Dieu, toujours prêts à exécuter, soit par eux-mêmes, soit par d’autres, ses volontés souveraines. Afin de la confirmer, le Roi des Anges s’est plu souvent à Se montrer aux saints et aux martyrs, environné de ces sept Princes éblouissants de splendeur. Ainsi, Il apparut au commandant de la première cohorte prétorienne, saint Sébastien, pour l’animer au combat du martyre ; et, comme gage de victoire, le fit revêtir par ces sept Anges d’un manteau de lumière (Corn. a Lap., in Apoc., I, 4).

Commune aux juifs, aux philosophes et aux théologiens, une autre tradition attribue à ces sept Anges le gouvernement suprême du monde physique et du monde moral. En cela, ils sont semblables aux ministres des rois, dont la vie parait inactive, parce qu’elle s’écoule dans le voisinage du Trône ; mais qui, en réalité, est l’âme de tous les mouvements de l’empire. Figurés, suivant saint Jérôme, par le chandelier aux sept branches du tabernacle mosaïque, ils président aux sept grandes planètes, dont les révolutions déterminent la marche de tous les rouages secondaires, dans la merveilleuse machine qu’on appelle l’univers matériel.

Sous la même figure nous voyons ces sept Esprits présidant, au monde moral. « De là vient, suivant la remarque d’un savant commentateur, la distribution septénaire, si fréquente dans les œuvres divines. Comme il y a dans le monde sept planètes et sept jours dans la semaine ; de même il y a dans l’Église sept dons du Saint-Esprit et sept vertus principales, auxquels président ces sept Anges supérieurs, afin de conduire par leur moyen les hommes à la vie éternelle (Corn a Lap., ibid.). »

Écoutons encore un autre théologien : « Le nombre sept, qui désigne les sept grands Princes de la cour céleste, est un nombre précis ; car, lorsqu’on trouve dans l’Écriture le même nombre, employé plusieurs fois dans différents endroits, surtout en matière d’histoire, la règle est de la prendre dans son acception mathématique. Il y a donc sept Anges supérieurs à tous les autres. Leurs fonctions spéciales sont de veiller aux sept dons du Saint-Esprit, afin de les obtenir, de nous les communiquer et de les faire fructifier ; de dompter, en vertu d’une force spéciale, les sept démons qui président aux sept péchés capitaux, de présider aux sept corps les plus brillants du firmament, de nous faire pratiquer les sept vertus nécessaires au salut, les trois théologales et les quatre cardinales.»

« Puisque, sous la direction de Satan, sept démons président aux sept péchés capitaux et, dans leur haine implacable de l’homme, ne négligent rien pour nous faire commettre ces péchés et nous entraîner à la damnation pourquoi ne croirions-nous pas que, sous le grand Roi de la Cité du bien, sept Anges, choisis parmi les plus nobles, sont chargés de tenir tête à ces sept ennemis principaux, de nous mettre à couvert de leurs attaques et de nous faire pratiquer les vertus qui doivent assurer notre salut éternel ? L’attaque peut-elle être supérieure à la défense ? Et s’il y a parmi les mauvais anges un accord pour perdre les hommes, pourquoi n’y en aurait-il pas un parmi les bons anges pour les sauver ? »

Héritière fidèle de ces hauts enseignements, l’Église a eu soin de les reproduire dans sa hiérarchie. Disons mieux, le divin fondateur de l’Église militante a voulu qu’elle offrît, dans sa hiérarchie, l’image de la hiérarchie de sa sœur, l’Église triomphante. Pourquoi voyons-nous les apôtres, dirigés par le Saint-Esprit, établir sept diacres et non pas six ou huit ? Pourquoi les premiers successeurs de saint Pierre créent-ils sept cardinaux diacres ? Pourquoi ordonnent-ils que sept diacres assisteront le souverain Pontife et même l’évêque, quand il pontifie ? Afin de rappeler les sept Anges assistants au trône de Dieu.

« Ces sept diacres, continue Serarius, étaient appelés les yeux de l’évêque, par lesquels il voyait tout ce qui se passait dans son diocèse. Or, Dieu est le premier et le plus grand des évêques. Son diocèse, c’est le monde. Il voit tout ce qui s’y passe au moyen de sept diacres angéliques. Non pas, à coup sûr, qu’Il ait besoin des créatures, comme l’évêque a besoin de ses diacres, pour connaître toutes choses ; mais Il s’en sert par la même raison qui Lui fait employer les causes secondes au gouvernement de l’univers. Cette raison est d’honorer Ses créatures 1».

Les sept grands Princes angéliques tiennent une trop large place dans la création et dans le gouvernement du monde; ils nous obtiennent trop de faveurs, nous rendent trop de services ; ils sont trop honorés de Dieu Lui-même, pour que l’Église ait oublié de leur rendre un culte spécial de reconnaissance et de vénération. Leur mémoire est célèbre dans les différentes parties du monde catholique ; mais nulle part elle n’est aussi vivante qu’en Sicile, à Naples, à Venise, à Rome et dans plusieurs villes d’Italie.

Ces lieux, où semblent se conserver plus religieusement qu’ailleurs les antiques traditions, nous les montrent, représentés en peinture, en sculpture et même en mosaïque. Palerme, capitale de la Sicile, possède une belle église dédiée aux sept Anges, princes de la milice céleste. En 1516, leurs images, d’une haute antiquité, furent découvertes par l’archiprêtre de cette église, le vénérable Antonio Duca. Souvent pressé par l’inspiration divine, ce saint homme vint à Rome, en 1527, pour propager le culte de ces anges, leur trouver et leur bâtir un sanctuaire. Après beaucoup de jeûnes et de prières, il mérita de connaître ; par révélation, que les Thermes de Dioclétien devaient être le temple des sept Anges assistants au trône de Dieu. Les raisons du choix divin étaient que ces Thermes fameux avaient été bâtis par des milliers d’anges terrestres, c’est-à-dire par quarante mille chrétiens condamnés à ce dur travail ; que leur construction gigantesque avait duré sept ans ; qu’entre tous ces martyrs, sept brillèrent un éclat plus vif : Cyriaque, Largus, Smaragdus, Sisinnius ; Saturnin, Marcel et Thrason, qui encourageaient les chrétiens et pourvoyaient à leurs nécessités.

Cette révélation ayant été constatée, les Souverains Pontifes Jules III et Pie IV ordonnèrent de purifier les Thermes et de les consacrer en l’honneur des sept Anges assistants au Trône de Dieu, ou de la Reine du ciel environnée de ces sept Anges. Michel-Ange fut chargé du travail. Avec les riches matériaux des Thermes voluptueux du plus grand ennemi des chrétiens, le célèbre architecte bâtit la splendide église qu’on admire encore aujourd’hui. Ce fut le 5 août 1561 que Pie IV, en présence du sacré collège et de toute la cour romaine, la consacra solennellement à sainte Marie des Anges et l’honora d’un titre cardinalice2. On voit que, dans sa maternelle sollicitude, l’Église catholique ne néglige rien pour nous faire connaître les anges, pour les honorer, pour nous rapprocher d’eux et nous assurer leur puissante protection. Rien de plus intelligent qu’une pareille conduite. Nous sommes de la famille des anges et nous devons vivre avec eux pendant toute l’éternité.

Passons à la seconde hiérarchie. Nous l’avons déjà remarqué, il n’y a point de saut dans la nature. Toutes les créations se touchent et s’enchaînent par des liens mystérieux, en sorte que les dernières productions d’un règne supérieur se confondent avec les productions les plus élevées du règne inférieure 3. La même loi régit le monde des intelligences, prototype du monde des corps. Ainsi, les Trônes, dernier ordre de la première hiérarchie angélique, touchent immédiatement à l’ordre le plus élevé de la seconde, les Dominations. Si les Trônes finissent la hiérarchie des Anges assistants, les Dominations commencent les hiérarchies des Anges administrateurs. Ces dernières, au nombre de trois, sont, dans le gouvernement du monde et de la Cité du bien, ce que sont dans les sociétés humaines les Chefs des grands corps de l’État, les Généraux d’armée, les Magistrats. La plus élevée se compose des Dominations, des Principautés et des Puissances.

Indiquer et commander ce qu’il faut faire, est le rôle des Dominations. Elles sont ainsi appelées, et avec raison, parce qu’elles dominent tous les ordres angéliques, chargés d’exécuter les volontés du grand Roi comme le généralissime d’une armée domine tous les chefs de corps placés sous ses ordres, et les fait manœuvrer suivant les intentions du prince dont il est le représentant.

Pour continuer la comparaison, les Principautés, dont le nom signifie conducteurs suivant l’ordre sacré, représentent les généraux et les officiers supérieurs, qui commandent à leurs subordonnés les mouvements et les manœuvres, conformément aux prescriptions du généralissime. Princes des nations et des royaumes, ces puissants esprits les conduisent, chacun en ce qui le concerne, à l’exécution du plan divin. Dans ce ministère, le plus important de tous, ils sont secondés par les anges immédiatement soumis à leurs ordres. De là résulte la magnifique harmonie dont parle saint Augustin : « Les corps inférieurs, dit le grand évêque, sont régis par les corps supérieurs, et les uns et les autres par les anges, et les mauvais anges par les bons».

Viennent enfin les Puissances. Revêtus, comme leur nom l’indique, d’une autorité spéciale, ces anges sont chargés d’ôter les obstacles à l’exécution des ordres divins, en éloignant les mauvais anges qui assiègent les nations, pour les détourner de leur fin. Dans l’ordre humain, leurs analogues sont les puissances publiques, chargées d’éloigner les malfaiteurs et d’ôter ainsi les obstacles au règne de la justice et de la paix.

1 Voir encore le savant traité de M. de Mirville, Pneumatologie des Esprits, t. II, 352. Cet ouvrage, fruit d’une vaste érudition, contient des détails aussi intéressants que peu connus sur le monde angélique, bon et mauvais

2 Voir Andrea Victorelli, De ministeriis angel. ; et Corn. a Lap., Apoc., I, 4.

3 Nam semper summum inferioris ordinis affinitatem habet cum ultimo superioris, sicut infima animalia parum distant a plantis. S. Th., I p., q. CVIII, art. 5, corp. -Le Docteur angélique avait deviné le spectacle que présente aux yeux de tous le curieux Aquarium du Jardin d’acclimatation, à Paris : dans l’Anémone, animal fleur, ou fleur animal, on voit, ainsi que dans bien d’autres, la soudure du règne végétal et du règne animal.

Traité du Saint-Esprit, Mgr Gaume.

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