Les fonctions des anges par Mgr Gaume (suite et fin)

angesTroisième partie : les fonctions des anges (suite et fin).

La troisième hiérarchie angélique est formée des Vertus, des Archanges et des Anges. Dans les soldats qui composent les différents corps d’une armée, dont chaque régiment a sa destination particulière, dans les administrateurs subalternes à la juridiction restreinte, nous trouvons l’image des trois derniers ordres angéliques et l’idée de leurs fonctions.

Les Vertus, dont le nom veut dire force, exercent leur empire sur la création matérielle, président immédiatement au maintien des lois qui la régissent et y conservent l’ordre que nous admirons. Quand la gloire de Dieu l’exige, les Vertus suspendent les lois de la nature et opèrent des miracles. C’est ainsi que les agents invisibles, dont nous sommes environnés révèlent leur présence, et montrent que le monde matériel est soumis au monde spirituel, comme le corps est soumis à l’âme.

Tous les ministères des ordres angéliques se rapportent à la gloire de Dieu et à la déification de l’homme, en d’autres termes, au gouvernement de la Cité du bien. Les hommes, sujets de cette glorieuse Cité, sont l’objet particulier de la sollicitude des anges. Entre eux et nous existe un commerce continuel, figuré par l’échelle de Jacob. Descendre les degrés de cette échelle mystérieuse et venir, dans les occasions solennelles, remplir auprès de l’homme des missions importantes, présider au gouvernement des provinces, des diocèses, des communautés, telle est la double fonction des Archanges, dont le nom signifie Ange supérieur, ou Prince des anges proprement dits.

Au-dessous de cet ordre est celui des Anges. Ange signifie envoyé. Tous les esprits célestes étant les notificateurs des pensées divines, le nom d’ange leur est commun. A cette fonction les anges supérieurs ajoutent certaines’ prérogatives, d’où ils tirent leur nom propre. Les anges du dernier ordre et de la dernière hiérarchie, n’ajoutant rien à la fonction commune d’envoyés et de notificateurs, retiennent simplement le nom d’anges. En rapport plus immédiat et plus habituel avec l’homme, ils veillent à la garde de sa double vie et lui apportent, à chaque heure, à chaque instant, les lumières, les forces, les grâces dont il a besoin, depuis le berceau jusqu’à la tombe.

Si nous, résumons cette rapide esquisse, quel immense horizon s’ouvre devant nous ! Quel imposant spectacle se déroule à nos yeux ! Il est donc vrai qu’au lieu de n’être rien, le monde supérieur est tout ; que le réel, c’est l’invisible ; que le monde matériel vit sous l’action permanente du monde spirituel ; que Dieu gouverne l’univers par Ses anges, librement, sans nécessité, sans contrainte, comme un roi gouverne son royaume par ses ministres, et un père, sa famille, par ses serviteurs. Il est vrai encore que l’action de ces esprits administrateurs atteint chaque partie de l’ensemble, en sorte que ni l’homme ni aucune créature n’est abandonnée au hasard, laissée à ses propres forces, ou livrée sans défense aux attaques des puissances ennemies.

Princes et gouverneurs de la grande Cité du bien, à laquelle se rapporte tout le système de la création, les anges, dans l’ordre matériel, président au mouvement des astres, à la conservation des éléments et à l’accomplissement de tous les phénomènes naturels qui nous réjouissent ou qui nous effrayent. Entre eux est partagée l’administration de ce vaste empire. Les uns ont soin des corps célestes, les autres, de la terre et de ses éléments ; les autres, de ses productions, les arbres, les plantes, les fleurs et les fruits. Aux autres est confié le gouvernement des vents, des mers, des fleuves, des fontaines ; aux autres, la conservation des animaux. Pas une créature visible, si grande ou si petite qu’elle soit, qui n’ait une puissance angélique chargée de veiller sur elle.

L’homme animal, nous le savons, animalis homo, nie cette action angélique ; mais sa négation ne prouve qu’une chose, c’est qu’il est animal. Pour l’homme qui a l’intelligence, cette action est évidente. Partout où la nature matérielle laisse apercevoir de l’ordre, de l’harmonie, du mouvement, un but, là, on reconnaît aussitôt une pensée, une intelligence, une cause motrice et directrice. Or, rien dans la nature matérielle ne se fait sans ordre, sans harmonie, sans mouvement, sans but.

Quel est le principe de toutes ces choses ? Il n’est pas, il ne peut pas être dans la matière, inerte et aveugle de sa nature. A coup sûr, le vent ne sait ni où ni quand il doit souffler ; ni avec quelle violence ; ni quelles tempêtes il doit soulever ; ni quels nuages il doit amonceler. La pluie, la neige, la foudre elle-même savent-elles où elles doivent se former, où elles doivent tomber ; la direction qu’elles doivent tenir, le but qu’elles doivent atteindre ; le jour et l’heure où elles doivent accomplir leur mission ? Il en est de même des autres créatures matérielles, si improprement décorées du nom d’agents.

Où donc est le principe de l’ordre, de l’harmonie et du mouvement ? A moins d’admettre des effets sans cause, il faut nécessairement le chercher en dehors de la création matérielle, dans une nature intelligente, essentiellement active, supérieure et étrangère à la matière. C’est là, en effet, et là seulement, que le place la vraie philosophie. En parlant du Créateur, principe de tout mouvement et de toute harmonie, le prophète nous dit : Les créatures font Sa parole, c’est-à-dire exécutent Ses volontés, faciunt Verbum ejus. Mais comment la parole créatrice est-elle mise en contact universel et permanent avec le monde inférieur, jusqu’au dernier des êtres dont il se compose ? De la même manière que la parole d’un monarque avec les parties les plus éloignées et les plus obscures de son empire, par des intermédiaires.

Les intermédiaires de Dieu sont les esprits célestes : qui facit angelos suos spiritus. Cette vérité est de foi universelle. Sous tous les climats, à toutes les époques, le paganisme lui-même la proclame, et la théologie catholique la manifeste dans toute sa splendeur. Savoir que toutes les parties de l’univers vivent sous la direction des anges : quelle source inépuisable de lumières et d’admiration pour l’esprit, de respect et d’adoration pour le cœur !

Dans l’ordre moral, non moins certain et plus noble encore est le ministère des anges. Ils sont, suivant la belle expression de Lactance, préposés à la garde et à la culture du genre humain. Ici encore, leurs fonctions ne sont pas moins variées que les besoins de leur pupille. Les uns gardent les nations, chacun la sienne1 . Il en est qui sont chargés du soin de chaque Église, c’est-à-dire de chaque diocèse en particulier. «Deux gardiens et deux guides, enseignent avec saint Ambroise les anciens Pères, sont préposés à chaque Église : l’un visible, qui est l’évêque ; l’autre invisible, qui est l’ange tutélaire».

Si, pour la conserver et pour empêcher le démon de la souiller ou de la détruire, la plus petite créature dans l’ordre physique, insecte ou brin d’herbe, vit sous la protection d’un ange, à plus forte raison l’être humain, si faible qu’on le suppose, est-il l’objet d’une égale sollicitude. Chaque homme a son ange gardien. Tuteur puissant, le prince de la Cité du bien veille sur nous, même dans le sein maternel, afin de protéger notre frêle existence contre les mille accidents qui peuvent la compromettre et nous priver du baptême.

Laissons parler la science : « Grande dignité des âmes, puisque, dès la naissance, chacune a un ange pour la garder ! Avant de naître, l’enfant attaché au sein maternel fait en quelque sorte partie de la mère ; comme le fruit pendant à l’arbre fait encore partie de l’arbre. Il est donc probable que c’est l’ange gardien de la mère qui garde l’enfant renfermé dans son sein : comme celui qui garde un arbre garde le fruit. Mais, par la naissance, l’enfant est-il séparé de la mère ? Aussitôt un ange particulier est envoyé à sa garde».

Compagnon inséparable de notre vie, l’ange gardien nous suit dans toutes nos voies, nous éclaire, nous défend, nous relève, nous console. Intermédiaire entre Dieu et nous, il intercède en notre faveur, il offre à l’Ancien des jours nos besoins, nos larmes, nos prières, nos bonnes œuvres, comme un encens d’agréable odeur, brûlé dans un encensoir d’or. Sa mission ne cesse pas avec la vie terrestre. Elle dure tant que l’homme n’est pas arrivé à sa fin.

Ainsi, les anges présentent les âmes au tribunal de Dieu, et les introduisent dans le ciel. Si la porte leur en est momentanément fermée, ils les accompagnent au purgatoire, où ils les consolent jusqu’au jour de leur délivrance. Quant à celles qu’un orgueil opiniâtre rend jusqu’à la mort indociles à leurs conseils, les princes de la Cité du bien les abandonnent seulement sur le seuil de l’enfer, brûlant séjour préparé à Satan, à ses anges et à ses esclaves. Comme ils ont présidé au gouvernement du monde, les anges assisteront à son jugement, ils réveilleront les morts et feront la séparation éternelle des élus et des réprouvés.

En quittant la Cité du bien, emportons un souvenir qui résume et le but de son existence et les innombrables fonctions des Princes qui la gouvernent. La Cité du bien et les ministères des anges se rapportent à un seul objet : le Verbe Incarné ; à un seul but : le salut de l’homme par son union avec le Verbe Incarné. Monarque absolu de tous les êtres, créateur de tous les siècles, héritier de toutes les choses du ciel et de la terre, le Verbe Incarné est le dernier mot de toutes les œuvres divines, comme le salut de l’homme est le dernier mot de sa pensée. Quoi de plus logique, de plus simple, de plus sublime et de plus lumineux, par conséquent de plus vrai, que cette philosophie du monde angélique, que cette histoire de la Cité du bien !1

1 Dan., X, 13 ; S. Th., r p., q. 113, art. 3, corp. -Ex iis quidam praefecti sunt gentibus, alii vero unicuique fidelium adjuncti sunt comites.

S. Basil., lib. III, contr. Eunom. -Regna et gentes sub angelis posita esse. S. Epiph. haeres., 41. -Angeli singulis prxsunt gentibus. Hier., lib. XI in Isa., c. xv. -Quin etiam unicuique genti proprium angelum presse affirmat Scriptura. Theodoret, q. in, in Gen.). Les autres, l’Église universelle. Comme une armée formidable défend une ville assiégée, ils protègent la Cité de leur roi, la sainte Église catholique, dans sa guerre éternelle contre les puissances des ténèbres (Divinis potestatibus quae Ecclesiam Dei ejusque religiosum

Traité du Saint-Esprit, Mgr Gaume.

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