la hiérarchie et les ordres des anges par Mgr Gaume

ange 2Seconde partie : la hiérarchie et ordres des anges.

Une multitude sans ordre est la confusion : tel ne peut être l’état des anges. « Toutes les œuvres de Dieu, dit l’Apôtre, sont ordonnées » ; ou, comme il est écrit ailleurs : « Dieu a fait toutes choses avec nombre, poids et mesure, » c’est-à-dire avec un ordre parfait. L’ordre est la première chose qui nous frappe dans le monde matériel. L’ordre produit l’harmonie, et l’harmonie suppose la subordination mutuelle de toutes les parties de l’univers. A son tour, cette harmonie révèle une cause intelligente qui l’a créée et qui la maintient.

Évidemment la même harmonie doit exister, plus parfaite s’il est possible, dans le monde des esprits, archétype du monde des corps et chef-d’œuvre de la sagesse créatrice. La subordination, par conséquent la hiérarchie des êtres qui la composent, est donc la loi du monde invisible comme elle est la loi du monde visible. Tels sont l’enseignement de la foi et l’affirmation invariable de la raison.

Or, suivant l’étymologie du mot : La hiérarchie est un principat sacré (Hierarchia est sacer principatus. S. Th., Ip.,q. CVIII, art. 1, corp.). Principat signifie tout à la fois le prince lui-même et la multitude rangée sous ses ordres. De là, trois belles conséquences, qui jettent une vive lumière sur l’ordre général de l’univers et sur le gouvernement particulier de la Cité du bien. Dieu étant le créateur des anges et des hommes, il n’y a, par rapport à Lui, qu’une seule hiérarchie, dont Il est le suprême hiérarque. Il en est de même par rapport au Verbe Incarné. Roi des rois, Seigneur des seigneurs, à qui toute puissance a été donnée au ciel et sur la terre, Il est le suprême hiérarque des anges et des hommes, par conséquent de l’Église triomphante et de l’Église militante.

Vicaire du Verbe Incarné, Pierre est le suprême hiérarque de l’Église militante, en vertu de ces divines paroles : Pais mes agneaux, pais mes brebis. A son tour, Pierre a établi d’autres hiérarques qui, eux-mêmes, ont établi des recteurs subalternes, chargés de diriger les différentes provinces de la Cité du bien. Tous, néanmoins, ne forment qu’une seule et même hiérarchie, puisque, tous militent sous un même chef, Jésus-Christ. Nous verrons bientôt que la hiérarchie angélique est le type de la hiérarchie ecclésiastique, type elle-même de la hiérarchie sociale.

Si on considère le principat dans ses rapports avec la multitude, on appelle hiérarchie l’ensemble des êtres soumis à une seule et même loi. S’ils sont soumis à des lois différentes, ils forment des hiérarchies distinctes, sans cesser de faire partie de la hiérarchie générale. C’est ainsi qu’on voit, dans un même royaume et sous un même roi, des villes régies par des lois différentes1 Or, les êtres ne sont soumis aux mêmes lois, que parce qu’ils ont la même nature et les mêmes fonctions. Il en résulte que les anges et les hommes, n’ayant ni la même nature ni les mêmes fonctions, forment des hiérarchies distinctes. Il en résulte encore que tous les anges n’ayant pas les mêmes fonctions, le monde angélique se divise en plusieurs hiérarchies.

Que les anges et les hommes forment des hiérarchies distinctes, la raison et la preuve en est dans la perfection relative des uns et des autres. Cette perfection est d’autant plus grande, que les êtres participent plus abondamment des perfections de Dieu. Créature purement spirituelle, l’ange y participe plus que l’homme. En effet, l’ange reçoit les illuminations divines dans l’intelligible pureté de sa nature, tandis que l’homme les reçoit sous les images plus ou moins transparentes des choses sensibles, telles que la parole et les sacrements.

L’ange est donc une créature plus parfaite que l’homme, et doit par conséquent former une hiérarchie différente. De plus, comme il y a hiérarchie, c’est-à-dire ordre de subordination dans le monde angélique, il est évident que tous les anges ne reçoivent pas également les illuminations divines. Il y a donc des anges supérieurs aux autres. Leur supériorité a pour fondement la connaissance plus ou moins parfaite, plus ou moins universelle de la vérité.

« Cette connaissance, dit saint Thomas, marque trois degrés dans les anges ; car elle peut être envisagée sous un triple rapport.

« Premièrement, les anges peuvent voir la raison des choses en Dieu, principe premier et universel. Cette manière de connaître est le privilège des anges qui approchent le plus de Dieu, et qui, suivant le beau mot de Saint Denis, se tiennent dans son vestibule. Ces anges forment la première hiérarchie.»

« Secondement, ils peuvent la voir dans les causes universelles créées, qu’on appelle les lois générales. Ces causes étant multiples, la connaissance est moins précise et moins claire. Cette manière de connaître est l’apanage de la seconde hiérarchie.»

« Troisièmement, ils peuvent la voir dans son application aux êtres individuels, en tant qu’ils dépendent de leurs propres causes, ou des lois particulières qui les régissent. Ainsi connaissent les anges de la troisième hiérarchie. »

Il y a donc trois hiérarchies parmi les anges, et il n’y en a que trois : une quatrième ne trouverait pas sa place. En effet, ces trois hiérarchies ont leur raison d’être dans les trois manières possibles de voir la vérité en Dieu, dans les causes générales, dans les causes particulières ; c’est-à-dire, comme par le sublime aréopagite, dans la vie plus ou moins abondante dont jouissent les anges qui les composent1.

La révélation nous découvre encore dans chaque hiérarchie trois chœurs ou ordres différents. On appelle chœur ou ordre angélique, une certaine multitude d’anges, semblables entre eux par les dons de la nature et de la grâce. Chaque hiérarchie en renferme trois, rien que trois. Plus serait trop ; moins, pas assez. En effet, chaque hiérarchie compose comme un petit État. Or, chaque État possède nécessairement trois classes de citoyens, ni plus ni moins. « Si nombreux qu’ils soient, dit saint Thomas, tous les citoyens d’un État se réduisent à trois classes, suivant les trois choses qui constituent toute société bien ordonnée : le principe, le milieu et la fin. Aussi, nous voyons invariablement trois ordres parmi les hommes : les uns sont au premier rang, c’est l’aristocratie ; les autres au dernier, c’est le peuple ; les autres tiennent le milieu, c’est la bourgeoisie.»

« Il en est de même parmi les anges. Dans chaque hiérarchie, il y a des ordres différents. Comme les hiérarchies elles-mêmes, ces ordres se distinguent par l’excellence naturelle des anges qui les composent et par la différence de leurs fonctions. Toutes ces fonctions se rapportent nécessairement à trois choses, ni plus ni moins : le principe, le milieu et la fin. » Nous le verrons clairement par l’explication des fonctions particulières de chaque ordre.

Avant de la donner, constatons que la magnifique hiérarchie du ciel ou de l’Église triomphante se prouve elle-même, en se reflétant à nos yeux dans la hiérarchie de l’Église militante, cette autre portion de la Cité du bien. Il suffit d’ouvrir les yeux pour voir que l’Église de la terre se divise en trois hiérarchies, et chaque hiérarchie en trois ordres.

La première se compose des prélats supérieurs, et renferme trois ordres : le souverain pontificat, l’archiépiscopat et l’épiscopat. Au souverain pontificat se rapporte le cardinalat, car les cardinaux sont les coadjuteurs du souverain pontife ; comme à l’archiépiscopat se rapporte le patriarchat, dont la juridiction s’étend à plusieurs diocèses et même à plusieurs provinces.

La seconde se compose des prélats moyens, qui reçoivent la direction des prélats supérieurs, et qui remplissent certaines fonctions, soit en vertu de leur autorité propre, soit par délégation. Elle renferme aussi trois ordres : les abbés, à qui est confié le pouvoir de bénir et quelquefois de confirmer. Les prieurs et les doyens des collégiales ou des communautés, dont les pouvoirs sont plus ou moins étendus. Les recteurs ou les curés chargés de la conduite des paroisses, et auxquels se rapportent, en leur qualité d’auxiliaires, les vicaires et les clercs inférieurs. Tous ont pour mission d’administrer les sacrements.

La troisième se compose des fidèles ou du peuple, auxquels il appartient de recevoir les biens spirituels, mais non de les administrer. Comme les autres, cette dernière hiérarchie renferme trois ordres : les vierges, les continents et les mariés, dont les devoirs sont différents, comme leur vocation elle-même est distincte.

Dans la régularité de leur fonctionnement, ces hiérarchies et ces ordres présentent la plus belle harmonie que l’homme puisse contempler ici-bas, et cette harmonie n’est que l’image de l’harmonie, mille fois plus belle, que nous verrons dans le ciel. Là, se montreront à nos yeux, sans nuage et sans voile, les trois hiérarchies angéliques, avec leurs neuf chœurs, resplendissants de lumière et de beauté.

Dans la première : les Séraphins, les Chérubins et les Trônes .

Dans la seconde les Dominations, les Principautés et les Puissances .

Dans la troisième ; les Vertus, les Archanges et les Anges .

1 On voit aussi par là que la centralisation dans un grand empire est contraire aux lois fondamentales de l’ordre ; et, comme conséquence inévitable, qu’elle doit produire le froissement, le malaise, la révolte et la ruine (V. le jacobinisme maçonnique centralisateur contraire donc aux « lois fondamentales de l’ordre »).

 

Traité du Saint-Esprit, Mgr Gaume.

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