Cardinal Bona : les obsessions et les possessions du démon

Cardinal BonaLe démon, accompagnant la haine qu’il a contre les hommes d’une infinité de ruses et d’artifices, non seulement les excite au mal par une infinité de suggestions cachées, mais il les attaque quelquefois ouvertement en assiégeant leur corps, en y entrant et en s’en rendant le maître, de telle sorte qu’il y agit comme s’il vivait par lui, et comme si les membres du corps étaient ses organes.

C’est pour cela qu’on appelle ces personnes qui sont obsédées ou possédées par les démons, des énergumènes ou des démoniaques. Or cette opération et cette action du démon dans l’homme se fait en deux manières, savoir spirituellement ou corporellement. Le démon opère spirituellement dans l’homme lorsqu’il possède son âme et son cœur, et qu’il y opère en la manière qu’il est dit dans l’Évangile qu’il entra dans le cœur de Judas pour lui suggérer de trahir Notre-Seigneur (Joan. 13. 2. 27.). Il agit corporellement dans l’homme, ou lorsqu’il le tourmente au dehors par diverses peines qu’il lui fait souffrir, ou lorsqu’étant entré dans lui et s’en étant rendu le possesseur, il fait agir son corps comme il veut. Or afin qu’un homme soit véritablement énergumène ou possédé, ce n’est pas assez que le démon le tourmente au dehors comme il a tourmenté Job, saint Antoine et quelques autres Saints ; mais il faut encore que le démon soit dans le corps et qu’il y fasse des opérations visibles.

Outre le témoignage de l’Écriture sainte et de l’histoire ecclésiastique, le consentement de tous les docteurs et l’expérience propre donnent assez d’assurance qu’il y a véritablement des personnes possédées par les démons. On reconnaît la vérité de ces possessions par les opérations qui les accompagnent, d’autant que les substances spirituelles, selon la doctrine des théologiens, étant très actives par elles-mêmes, opèrent où elles sont présentes. Des manières d’agir de bêtes sauvages, des grimaces affreuses, des cris et des hurlements épouvantables, une immobilité et une insensibilité de membres, une cessation des fonctions de la vie, une agitation violente, et autres semblables impressions sont des signes de la présence des démons dans les corps, dont la plupart néanmoins n’en donnent que des soupçons légers et des doutes. Les marques extérieures dont on tire de plus fortes conjectures, sont des actions tout à fait extraordinaires, comme de se jeter dans le feu ou dans l’eau, s’efforcer de s’ôter la vie en s’étranglant ou en se précipitant, rompre de grosses chaînes de fer, porter des fardeaux dont la pesanteur excède des forces naturelles, proférer des blasphèmes, avoir en horreur de toucher les choses saintes.

D’autres signes encore plus forts et presque certains, sont de parler les langues étrangères que l’on n’a jamais apprises, de lire, d’écrire, de peindre, de chanter en musique sans avoir jamais rien appris de toutes ces choses ; discourir des sujets les plus relevés sans en avoir jamais été instruit ; découvrir ce qui est caché, lorsqu’il est tellement inconnu qu’on ne le peut savoir par aucune subtilité d’esprit ou par aucune industrie humaine, soit en ce qui regarde le passé, soit en ce qui regarde le présent, soit en ce qui regarde l’avenir ; dire des choses qui se font aux lieux les plus éloignés dans le moment même qu’elles arrivent ; refuser absolument de réciter le symbole des Apôtres, ou quelque autre chose de piété, et de demander pardon de ses péchés ; ne se souvenir point, après que la vexation et l’opération du démon est passée, de ce que l’on a dit, et ne pouvoir répondre aux questions que l’on en fait.

D’autres auteurs ont écrit abondamment sur ce sujet. Mais ce que je viens d’en dire suffit pour mon dessein.

Source : Traité du discernement des esprits – Cardinal Bona

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