Saint Jérôme – traité au préfet Dardanus sur les juifs – 4ème partie

Saint Jérôme

TRAITÉ SUR LES JUIFS.

A DARDANUS, PRÉFET.

(suite)

Nous devons aussi remarquer soigneusement, d’après les livres sacrés, que les saints n’ont point demeuré dans le pays que les Juifs appellent la terre de promission, mais qu’ils n’ont fait qu’y passer comme voyageurs et comme étrangers. « Je suis un étranger et un voyageur, disait un de ces hommes justes, de même que mes pères l’ont été. » Longtemps exilé parmi les ténèbres de cette terre, il disait dans l’amertume de son cœur et avec larmes « Malheur à moi parce que le pèlerinage est long ! J’ai demeuré avec ceux qui habitent dans Cédar; mon âme a été longtemps étrangère. » Dans tous les passages où l’Écriture sainte parle des habitants de la terre, pour peu qu’on veuille examiner ce qui précède et ce qui suit, on remarquera aisément qu’elle ne donne ordinairement ce nom qu’aux pécheurs, comme dans cet endroit de l’Apocalypse de saint Jean: « Malheur aux habitants de la terre ! » Abraham est le premier à qui le Seigneur promit la terre de Chanaan : «Je vous donnerai ce pays et à votre postérité. » Cependant ce saint patriarche n’y posséda jamais rien, comme le témoigne saint Étienne dans le beau discours qu’il prononça autrefois en présence du sénat des Juifs. « Alors Abraham, » dit ce premier martyr de Jésus-Christ, « sortit du pays des Chaldéens, et vint demeurer à Charran. Après la mort de son père, Dieu le fit passer en cette terre que vous habitez aujourd’hui, où il ne lui donna aucun héritage, pas même pour poser son pied; seulement il lui promit de lui en donner la possession, ainsi qu’à sa postérité. » Mais de peur que le lecteur ne s’imagine que Dieu a donné aux enfants ce qu’il n’avait pas accordé au père, voici comment l’apôtre saint Paul s’en explique dans l’épître aux Hébreux : « C’est par la foi que celui qui reçut le nom d’Abraham obéit en allant dans la terre qu’il devait recevoir pour héritage, et qu’il partit ignorant où il allait. C’est par la foi qu’il demeura dans la terre qui lui avait été promise comme dans une terre étrangère, habitant sous des tentes avec Isaac et Jacob, qui devaient être héritiers avec lui de cette promesse. Car il attendait cette cité bâtie sur de solides fondements, qui a Dieu même pour fondateur et architecte. » Ensuite, après avoir parlé d’Abel, d’Enoch, de Noé et de Sara, il ajoute : « Tous ces saints sont morts dans la foi, n’ayant point reçu les biens que Dieu leur avait promis , mais les voyant et comme les saluant de loin, et reconnaissant qu’ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre. Car ceux qui parlent de la sorte font bien voir qu’ils cherchent leur patrie. Que s’ils avaient eu dans l’esprit celle d’où ils étaient sortis, ils avaient assez de temps pour y retourner. Mais ils en désiraient une meilleure, qui est la patrie céleste. » Enfin, après avoir fait mention de plusieurs autres saints, voici comment il finit : « Cependant toutes ces personnes, qui avaient un témoignage dans la foi, n’ont point reçu la récompense promise; Dieu ayant voulu, par une faveur particulière qu’il nous a faite, qu’ils ne reçussent qu’avec nous l’accomplissement de leur bonheur… Car nous nous sommes approchés de la montagne de Sion, de la ville du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste, d’une troupe innombrable d’anges, de l’assemblée et de l’Église des premiers nés qui sont écrits dans le ciel. »


Source : œuvre de Saint Jérôme publiée par M. Benoit Matougues, sous la direction de M. L. Aimé-Martin, 1838

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