Saint Jérôme – traité au préfet Dardanus sur les juifs – 3ème partie

 

Saint Jérôme

TRAITÉ SUR LES JUIFS.

A DARDANUS, PRÉFET.

(suite)

Voulons-nous savoir quelle est cette terre ? Le prophète Malachie nous en donne une juste idée. « Toutes les nations vous appelleront un peuple heureux, parce que vous possédez une terre de délices. » Le texte grec porte une terre « volontaire,» parce qu’elle est l’objet ou des désirs des saints. ou des complaisances de Dieu. Le prophète Isaïe nous en trace une pareille peinture : « Il parlera d’une manière obscure et enveloppée, et il sera dans la terre de Sion comme un grand fleuve dans une terre altérée. » Quelle est cette terre de Sion où l’on verra couler ce grand fleuve? C’est la terre dont le prophète-roi parle dans un autre endroit : « On a dit de vous de grandes choses, ô cité de Dieu ! » et ailleurs : « Le Seigneur aime les portes de Sion, plus que toutes les tentes de Jacob. » Quoi donc ! Dieu aime-t-il ces portes que nous voyons aujourd’hui réduites en cendres et en poussière? C’est ce qu’on ne persuadera jamais, je ne dis pas à des personnes sages, mais à ceux qui n’ont pas même le sens commun. Le Psalmiste l’entend ainsi lorsqu’il dit : « Vous avez visité la terre, et vous l’avez comme enivrée de pluies ; vous l’avez comblée de toutes sortes de richesses. Le fleuve de Dieu a été rempli d’eaux et. vous savez par là préparé de quoi nourrir les habitants de la terre. Enivrez d’eau les sillons, multipliez les productions, et elle semblera se réjouir de l’abondance de ses rosées par les fruits qu’elle produira. » En effet, Dieu visite tous les jours cette terre, l’enivre de ses pluies, et la couvre de toutes sortes de richesses. C’est là que coule ce fleuve qui, selon le Psalmiste, « réjouit la cité de Dieu par l’abondance de ses eaux; » ce fleuve que le prophète Ézéchiel nous décrit d’une mystérieuse manière, et dont les deux rives sont plantées d’arbres qui produisent tous les mois des fruits nouveaux. C’est cette terre qui figure dans les Proverbes du Sage : « Celui qui laboure sa terre, sera rassasié de pain. » Ceci ne peut s’appliquer à cette terre que nous voyons, partage des hommes pécheurs, et dont il est écrit : « La terre sera maudite à cause ce que vous avez fait. » Car combien y en a-t-il qui se fatiguent à travailler à la terre, et qui cependant pour diverses causes languissent dans la misère et la disette ? Remarquez bien ces paroles de l’Écriture : « Celui qui laboure sa terre, » c’est-à-dire la terre qui lui appartient en propre, et qu’on ne saurait jamais lui ravir. C’est dans ce même sens que le Sage dit encore ailleurs « L’homme rachètera son âme par ses propres richesses; » ce qui n’est pas toujours vrai à prendre ces paroles à la lettre ; car combien y en a-t-il qui sont délivrés avec l’argent de leurs amis ! Ceux qui cultivent cette terre sont les apôtres ; c’est à eux que Jésus Christ a dit « Vous êtes le sel de la terre, » et ailleurs : « C’est par votre patience que vous possédez vos âmes. Aussi saint Paul ajoute : « Nous sommes les coopérateurs de Dieu, et vous, vous êtes le champ que Dieu cultive et l’édifice qu’il bâtit. » Je passe ici sous silence une infinité d’autres passages, de peur de fatiguer le lecteur et de lui donner à penser, en multipliant les citations, que je me défie de son habileté et de sa mémoire.

 
Source : œuvre de Saint Jérôme publiée par M. Benoit Matougues, sous la direction de M. L. Aimé-Martin, 1838

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