Saint Jérôme – traité au préfet Dardanus sur les juifs – 2ème partie

Saint JérômeTRAITÉ SUR LES JUIFS.

A DARDANUS, PRÉFET.

(suite)


Si l’on prend à la lettre ces paroles de l’Évangile : « Bienheureux ceux qui sont doux, parce qu’ils possèderont la terre, » elles paraissent contraires à l’expérience que nous acquérons tous les jours, et qui ne nous démontre que trop que les biens de la terre sont ordinairement la propriété de ces hommes, emportés et violents, qui ne semblent nés que pour la guerre ; et qu’au contraire ceux qui sont d’un naturel doux et pacifique perdent souvent par leur extrême douteur l’héritage même que leurs pères leur ont laissé. C’est pourquoi nous lisons au psaume 44, où le prophète nous représente sous le nom de Salomon l’union de Jésus-Christ avec son Église : « Vous qui êtes le très puissant, ceignez votre épée sur votre cuisse; servez-vous de votre beauté et de votre majesté ainsi que d’un arc tendu ; soyez heureux et régnez par la douceur, par la vérité et la justice ; et votre droite vous fera faire des progrès étonnants et miraculeux. » C’est ce même Sauveur qui dit encore dans un autre psaume : « Souvenez-vous, Seigneur, de David et de toute sa douceur; » et ailleurs : « le Seigneur prend sous sa protection ceux qui sont doux. » Il s’explique dans l’Évangile d’une manière encore plus claire et plus nette lorsqu’il dit : « Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. » Aussi est-ce pour nous donner une figure de ce divin Sauveur, que l’Écriture sainte nous représente Moïse comme le plus doux de tous les hommes. Telle est donc cette terre où les âmes saintes et pacifiques doivent posséder ces « biens du Seigneur » qu’Abraham, Isaac, Jacob, les prophètes et les autres justes n’ont pu obtenir avant l’incarnation de Jésus-Christ, puisque l’Écriture nous montre Abraham dans les lieux souterrains avec Lazare, quoique dans des places différentes, et que nous entendons dire à Jacob, cet homme si juste. « Je pleurerai et je gémirai sans cesse jusqu’à ce que je descende au fond de la terre. » C’est Jésus-Christ qui nous ouvre les portes du ciel par son sang, d’après ses propres paroles au larron : « Vous serez aujourd’hui avec moi dans le paradis. » Telle est encore une fois cette terre des vivants, terre où Dieu déploie toutes ses richesses et où abondent ces biens du Seigneur que le premier Adam a perdus, et que le second a retrouvés, ou plutôt dans la possession desquels il nous a rétablis, selon cette parole de l’Apôtre : « La mort a exercé son règne depuis Adam jusqu’à Moïse; » c’est-à-dire jusqu’à la loi, à l’égard même de ceux qui n’ont pas péché par une transgression de la loi de Dieu, comme a fait Adam, qui est la figure du monde.


Source : œuvre de Saint Jérôme publiée par M. Benoit Matougues, sous la direction de M. L. Aimé-Martin, 1838

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