Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (50)

Mgr De SégurObjection : Il ne faut pas être bigot.

Réponse : Eh! sans doute, il ne faut pas être bigot! Qui vous parle de cela ?

La bigoterie n’est pas la Religion, elle en est l’abus.

Les défauts des personnes qui abusent ainsi de la Religion, ordinairement par ignorance, ne doivent pas lui être imputés.

On abuse d’elle, comme on abuse de toutes les bonnes choses. Il faut rejeter l’abus et garder l’usage.

 

Il faut être pieux ; il ne faut pas être bigot. Dieu aime l’un, et il n’aime pas l’autre. Il veut voir en notre cœur de la dévotion, c’est-à-dire du dévouement à son service, du dévouement pour les devoirs qu’il commande et de l’amour pour sa loi ; mais il n’y veut pas voir de la bigoterie, c’est-à-dire de ces petites manies, de ces habitudes mesquines ou superstitieuses de religion, qui souvent font remplacer le principal par l’accessoire et prendre les moyens pour la fin.

Cependant, il faut le dire, ces abus de religion ne sont ni aussi grands ni aussi odieux qu’on veut bien le dire.

Ils ne font ordinairement de mal à personne et ne nuisent qu’à ceux qui les commettent. Ceux qui y tombent sont des personnes (des femmes, communément; les hommes sont moins portés à ces défauts), des personnes peu éclairées, qui se fatiguent, qui s’embrouillent dans des pratiques extérieures, bonnes en soi, mais trop multipliées; qui ont des manières singulières ; qui se tourmentent la conscience dans la crainte de mal faire; qui prennent feu, par un zèle mal entendu, lorsqu’il eût été plus à propos de se taire, etc.

Voilà ce qu’est la bigoterie. C’est un défaut ; mais plaise à Dieu qu’il n’y ait jamais d’autre abus sur la terre! Ceux qui déblatèrent contre la bigoterie, ceux qui s’indignent de ses ridicules, me rappellent cet homme qui, condamné aux travaux forcés à perpétuité pour un affreux assassinat, s’indignait de ce qu’au bagne on lui avait donné pour compagnon de chaîne… un voleur.

Ils sont bien plus condamnables que ceux qu’ils attaquent.

Leur libertinage, leur inconduite, leur oubli des devoirs les plus sacrés, leur ignorance religieuse, leurs discours impudiques, leurs exemples, etc., etc., toutes ces choses ne sont-elles pas des abus ? Ne sont- elles pas souvent des crimes?

Leur vie entière est un abus; et l’abus de la dévotion est, je crois, le seul abus dont ils ne sont pas coupables. Ne vaudrait-il pas mieux qu’ils l’échangeassent contre les autres, je le demande?

Ne soyez donc pas bigot, mais chrétien, et bon chrétien. Aimez Dieu, servez-le fidèlement, observez tous ses commandements ; remplissez, pour plaire à Dieu, tous vos devoirs, et soyez docile aux enseignements des ministres de Jésus-Christ.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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