Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (45)

Mgr De SégurObjection : Comment le corps de Jésus-Christ peut-il être réellement présent dans l’Eucharistie? C’est impossible.

Réponse : Je n’ai qu’une chose à vous répondre, mais elle suffit.

Cela est; donc c’est possible.

Cela est ; donc vous devez le croire, bien que vous ne compreniez pas comment cela peut se faire.

Je dis donc que cela est, que Jésus-Christ est vraiment et substantiellement présent dans la sainte Eucharistie, et qu’après la consécration de la Messe, il n’y a plus de pain sur l’autel , entre les mains du Prêtre, mais le corps et le sang de Notre-Seigneur Jésus-Christ vivant, voilé sous les simples apparences du pain et du vin.

Pour vous en convaincre, je ne vous montrerai pas tous les siècles chrétiens, depuis les Apôtres jusqu’à nos jours, croyant, adorant, proclamant hautement cette présence réelle de Jésus-Christ dans le sacrement d’Eucharistie. Ce serait, certes, beaucoup que de voir les plus grands génies, les plus profonds et les plus savants docteurs, adorer avec la foi la plus entière le sacré mystère de l’autel

Mais, outre que cela nous entraînerait à de trop longs développements, je ne veux faire de ceci qu’une affaire de bonne foi ; c’est à elle seule que je m’adresse, et je ne veux ici que vous citer textuellement, presque sans commentaires, les paroles mêmes de Jésus-Christ, qui déclare que l’Eucharistie, c’est lui-même, son corps, sa chair, son sang.

Il parle deux fois de l’Eucharistie dans l’Évangile : la première fois, pour la promettre (environ un an avant sa Passion); la deuxième fois (la veille de sa Passion), pour l’instituer, et accomplir ainsi sa promesse.

1° La première parole est dans saint Jean, au chapitre VI; la voici : je la propose à votre bon sens:

« En vérité, je vous le dis, celui qui CROIT en moi a la vie éternelle, » Il exige d’abord la foi à sa parole ; car ce qu’il va dire est le mystère le plus profond de la foi.

« Je suis le pain de vie.

« Je suis le pain descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement; et le pain que je donnerai (1), c’est MA CHAIR POUR LA VIE DU MONDE. »

Les Juifs, à qui il parlait, se dirent alors ce que vous dites vous-même : Comment peut-il nous donner sa chair à manger ? Comment cela peut-il se faire ? — Et ils ne voulaient pas le croire.

Voyez comme Notre-Seigneur Jésus-Christ leur affirme de nouveau sa présence réelle dans le pain qu’il leur promet :

« EN VÉRITÉ, EN VÉRITÉ, JE VOUS LE DÉCLARE : Si VOUS ne MANGEZ LA CHAIR DU FILS DE L’HOMME, et si vous ne BUVEZ SON SANG, vous n’aurez point la vie en vous. »

« Celui qui mange MA CHAIR et qui boit MON SANG a la vie éternelle; et moi, je le ressusciterai au dernier jour.

« Car ma chair est vraiment une nourriture, et mon sang est vraiment un breuvage.

« Celui qui MANGE MON CORPS et qui BOIT MON SANG demeure en moi, et moi je demeure en lui. Celui qui mange ce pain vivra éternellement. »

Qu’en dites-vous ? Ne croyez-vous pas à la parole de Jésus-Christ lui-même, vous affirmant que l’Eucharistie est son corps et son sang, avec une clarté d’expressions si désespérantes, que les Protestants se tournent et se retournent en vain depuis trois cents ans, se mettent l’esprit à la torture pour se soustraire à l’évidence?

2° Si cette première parole de Jésus-Christ est claire comme la vérité elle-même, la deuxième, qui est la parole même de l’institution de l’Eucharistie, ne l’est pas moins.

La veille de sa Passion, Nôtre-Seigneur, après la Cène, prend du pain entre ses mains divines et vénérables, le bénit, et le présente à ses Apôtres en disant :

« Prenez et mangez-en tous; car ceci est mon CORPS. »

Est-ce clair ? — Ceci, ce que je tiens et que je vous présente, est, quoi ? mon corps.

Puis il donne à ses Apôtres, qui furent ses premiers prêtres, l’ordre et le pouvoir de faire ce qu’il vient de faire lui-même, en ajoutant ces paroles: «Et vous, toutes les fois que vous ferez ces choses, vous les ferez en mémoire de moi; » c’est-à-dire, comme moi-même, comme je viens de les faire.

Hommes de bonne foi, entendez et jugez: CECI EST MON CORPS!!!…

Pour moi, je le déclare, celte seule parole me suffit; et, non-seulement elle est pour moi la preuve éclatante de la présence de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, mais elle me prouve d’une manière non moins irréfragable sa divinité. Jamais un homme n’a dit, n’a pu dire une chose semblable !…

Une observation bien simple vous facilitera, du reste, la croyance au mystère eucharistique :

La nature nous offre de nombreux exemples de ce changement, soi-disant impossible, d’une substance en une autre.

Le plus frappant de tous est celui de la nourriture corporelle. Le pain que je mange est changé, par l’œuvre mystérieuse de la digestion, en mon corps, en ma propre chair et en mon propre sang. La substance du pain est changée en celle de mon corps.

Ce que Dieu opère tous les jours en nous-mêmes naturellement, pourquoi ne pourrait-il pas l’opérer ; surnaturellement dans le mystère de l’Eucharistie ?

Vous voyez donc qu’il n’est pas IMPOSSIBLE que, par la toute-puissance divine, le pain et le vin soient changés, sur nos autels, en la substance du corps et du sang de Nôtre-Seigneur Jésus-Christ ; et que l’Eglise, en enseignant sa présence réelle dans le Saint- Sacrement, ne dit point, comme le prétendent des ignorants ou des étourdis , une absurdité, une chose impossible et révoltante pour la raison.

Maintenant COMMENT ce prodige admirable s’opère-t-il ? Je rien sais rien, et les plus grands docteurs ne le savent pas plus que les autres. C’est le mystère de la foi, le secret de Dieu. Ce que nous savons, c’est qu’il EST, et cela suffit.

Par cette adorable présence, Jésus-Christ, le roi des âmes, la vie des chrétiens, le chef de l’Eglise, le refuge des pécheurs, le bon et doux Sauveur, le consolateur de toutes les douleurs, est sans cesse au milieu de ses enfants Dieu et Homme tout ensemble, il est le lien vivant qui nous unit à son Père et à notre Père. Il l’adore parfaitement et supplée à l’imperfection de nos hommages. Il demande miséricorde pour les continuels péchés du monde.

Il est présent à toutes les générations humaines, qu’il aime et qu’il a sauvées également, pour recevoir de chacune d’elles, jusqu’à la fin du monde, l’hommage de sa foi, de son adoration, de son culte, de ses prières.

Si le Saint-Sacrement est le mystère de la foi, il est aussi, et plus encore, le mystère de l’Amour …

Croyons, aimons et adorons.

(1) Observez cette parole ; Jésus-Christ promet ce pain mystérieux; il ne le donne pas encore; il le donnera plus tard : « le pain que je donnerai. »

Ce n’est donc pas, comme le disent les Protestants, une manière figurée de parler de la doctrine qu’il prêchait, car cette doctrine il la donnait; on ne peut promettre ce qu’on a déjà donné et ce qu’on donne.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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