Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (41)

Mgr De SégurObjection : Je n’ai pas besoin de me confesser. Je n’ai rien à me reprocher; je n’ai ni tué, ni volé, ni fait de tort à personne. Je n’aurais rien à dire.

Réponse : C’est là le résultat de votre examen de conscience ! Mon cher ami, de deux choses l’une : ou bien vous êtes un homme exceptionnel, ou bien vous ne voyez pas clair dans votre conscience.

Et voulez-vous que je le dise franchement? Je suis sûr que vous êtes un homme semblable aux autres, et que la seconde hypothèse seule est la véritable.

 

Vous n’avez rien à vous reproché? — Examinons un peu. — Ce serait singulier que je visse plus clair que vous en vous-même !

 1. D’abord où en êtes-vous par rapport au bon Dieu ? Tous m’avouerez que vous lui devez bien quelque chose! Il n’est pas pour rien votre Créateur, votre maître, votre père, votre fin dernière. . .

L’adorez- vous? — Le priez-vous chaque jour? — Le remerciez-vous de ses bienfaits?

Lui demandez-vous pardon des fautes que vous commettez contre sa loi? — Obéissez-vous à cette loi?

Celui qui devrait être la première occupation de votre vie y entre-t-il seulement pour quelque chose ?

Les pauvres sauvages idolâtres honorent leurs faux dieux. Et vous, qui connaissez le Dieu vivant et véritable, ne vivez-vous point comme s’il n’existait pas ?

Voilà donc un point que vous aviez bien mal examiné, lorsque tout à l’heure vous me disiez que vous n’aviez rien à vous reprocher, et que vous seriez embarrassé de trouver quelque chose à dire à M. le Curé.

2. Et vos devoirs envers autrui, y êtes-vous plus fidèle ? Mettez la main sur la conscience : là encore que de misères !

Charité fraternelle, efficace et sincère; dévouement aux autres; miséricorde envers les pauvres; indulgence pour les fautes de vos frères; respect pour leur réputation ; pardon des injures; support mutuel ; bon exemple ; devoirs de citoyens ; devoirs envers la famille, devoirs de bon fils et de bon père, devoirs de bon époux ; devoirs de bon maître et de bon serviteur; devoirs de bon et fidèle ami; devoirs d’ouvrière consciencieux ou de patrons justes et humains, etc. ; la liste en est longue. Les remplissez-vous tous ?

Encore là une belle matière pour votre prochaine confession.

3. Pour vos devoirs envers vous-même, je crois pouvoir vous garantir que, si vous ne pratiquez pas la Religion, il y a plus à dire encore. Voyez :

Vous avez une âme ; quel soin en prenez-vous ?

Vous vivez presque comme si vous n’en aviez pas.

Quand vous faites le bien, quels motifs vous animent ? Vous savez que c’est l’intention qui fait l’action, comme dit le proverbe. Une intention mauvaise rend mauvaise les actions les meilleures en apparence. Est-ce donc le motif du devoir qui vous fait agir? Est-ce le désir d’accomplir la volonté de Dieu, de plaire à Dieu, ou n’est-ce pas plutôt l’intérêt personnel, l’ostentation, le désir d’être estimé et considéré par le monde ?. . .

Où en êtes-vous de la sobriété, de la tempérance ?

Où en êtes-vous surtout de la chasteté ?. . . Si votre fils faisait en votre présence ce que vous faites devant Dieu, qui voit tout, vous le chasseriez de votre maison comme un infâme?. . . Si un autre homme disait à votre femme, à votre sœur, à votre fille, ce que vous avez dit tant de fois à des femmes, à de jeunes filles, que penseriez-vous de lui, et ne le jugeriez-vous pas bien coupable ?

N’êtes-vous donc point souillé de ce qui souille les autres?…

Nous pourrions pousser bien plus avant cet examen de votre conscience; la mine, croyez-moi, n’est pas épuisée.

En voici bien assez pour vous convaincre, si vous voulez être convaincu, que, malgré votre parfaite innocence, vous avez fait tout ce qu’il faut pour faire une excellente et longue et solide confession. Vous avez, d’une part, les péchés; je viens de vous exhiber les plus gros ; d’autre part, vous avez, je n’en doute pas, la bonne volonté. Vous connaissez quelque bon Prêtre, qui va être enchanté de vous recevoir et de vous pardonner, au nom du Bon Dieu.

Allez donc le trouver, et de bon cœur.

Il n’y a que le premier pas qui coûte ; la peine passe bien vite; la joie demeure.

— « Mais il y a si longtemps que je n’y ai été ? »

— Raison de plus, vous en avez plus besoin.

— « Mais j’en ai trop à dire. »

— Tant mieux; les gros poissons sont les meilleurs. Les confesseurs aiment bien mieux les grands pécheurs que les petits, dès qu’ils se repentent.

 — « Mais je ne me rappellerai jamais tout? »

— Qu’est-ce que cela fait? Dites ce que vous vous rappelez ; repentez-vous de tout, et Dieu, qui ne demande que la bonne volonté, vous pardonnera tout.

Le repentir est le principal dans la confession.

Allez vous confesser, croyez-moi. Vous verrez que vous serez heureux et enchanté quand vous aurez fini.

Le vrai bonheur sur la terre, c’est la paix du cœur, fruit de la bonne conscience.

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

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