Mgr de Ségur répond aux objections contre la Religion (39)

Mgr De SégurObjection : Ce sont les Prêtres qui ont inventé la confession.

Réponse : Voici une grande question.

Vous comprenez sa portée, ami lecteur? Si c’est le bon Dieu, il faut nous soumettre, car c’est folie de résister à Dieu. Si ce n’est pas lui, mais un homme comme vous et moi, il faut (passez-moi le mot) l’envoyer promener, lui et son invention, car c’est l’invention la plus désagréable que l’on puisse voir.

 

Se confesser, c’est avouer ses péchés, c’est dire à un Prêtre tout ce qu’on a fait de mal, quelque honteux que ce soit. — Quoi de plus désagréable, je le demande ? Quel plus grand sacrifice demander à l’orgueil de l’homme?

Faut-il donc le faire ce sacrifice ? Suis-je obligé, obligé en conscience, sous peine de révolte contre Dieu, de me confesser?

Oui.

Car la confession des péchés, faite au Prêtre, a été instituée par Jésus-Christ lui-même, le Fils du Dieu vivant descendu sur terre et fait homme pour nous sauver.

Ouvrons en effet son Évangile.

Nous y trouvons deux paroles de ce divin Maître, relatives à la confession des péchés et au pouvoir donné par lui à ses ministres de remettre aux pécheurs leurs fautes en son nom.

La première de ces paroles est la promesse faite par Jésus-Christ à ses Apôtres de leur donner ce pouvoir.

La seconde est l’accomplissement de celte promesse.

1° La promesse. Elle se trouve dans l’Évangile de saint Matthieu, au chap. 18 : « Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié dans les deux, ET tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les cieux. »

2° La réalisation de la promesse (saint Jean, c h. 20). C’est le jour de Pâques, le jour même de la Résurrection. (Ce divin pouvoir que Jésus-Christ va conférer à ses Apôtres, qu’est-ce autre chose, en effet, que le pouvoir de ressusciter les âmes mortes par le péché ?) Les Apôtres sont réunis, tremblants de frayeur, dans la salle du Cénacle. Ils sont enfermés de peur des Juifs , qui ont crucifié leur Maître l’avant-veille. . . . Tout à coup, les portes étant fermées, Jésus paraît au milieu d’eux. « La paix soit avec vous, dit-il; c’est moi, ne craignez point. » — Ils s’effraient; ils ne veulent pas en croire leurs yeux ! Mais ils touchent le corps sacré, les plaies des mains, des pieds, du côté. Ils tombent aux pieds du Sauveur ressuscité et l’adorent.

JÉSUS souffle sur eux : « Recevez le Saint-Esprit, leur dit-il ; de même que mon Père m’a envoyé, moi, je vous envoie. De même que mon Père m’a envoyé Sauveur des hommes, moi, égal à mon Père, Dieu éternel et tout-puissant comme lui, moi, je vous envoie. Je vous envoie sauveurs de vos frères ; je vous envoie dépositaires des trésors de salut que j’ai amassés pour les répandre sur les hommes, dépositaires et dispensateurs de mes sacrements , où j’ai renfermé tous les mérites de ma Passion et de ma mort.

« Comme mon Père m’a envoyé, moi, je vous envoie. Recevez le Saint-Esprit. Les péchés seront pardonnés a ceux à qui vous les pardonnerez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez. »

Est-il besoin, je le demande, de raisonner sur de pareilles paroles ? Qui osera nier que Jésus-Christ donne ici à ses Apôtres, premiers prêtres, premiers pasteurs de son Église, la puissance de pardonner les péchés ou de les retenir, selon qu’ils le jugeront convenable? Qui pourra nier qu’il les établisse ici juges des consciences, juges avec plein pouvoir de pardonner ou de retenir?

Donc, c’est lui, Jésus-Christ, le Fils de Dieu fait homme, qui a voulu, qui a ordonné que tout homme qui a commis un péché et qui veut en obtenir le pardon, aille recourir au ministère de ses Prêtres, lesquels sont chargés de juger son âme et de prononcer , au nom de Dieu, sa sentence. Donc c’est lui, et lui seul, qui a institué, ordonné, imposé au monde la confession.

A quoi, en effet, servirait au Prêtre de Jésus-Christ ce pouvoir de pardonner ou de retenir les péchés, s’il y avait un autre moyen d’en obtenir la rémission? Quel sens auraient les paroles du Seigneur ? A quoi bon donner les clefs de la porte au gardien, si l’on peut entrer dans la maison par une autre issue ?

Et, ensuite, quel moyen aurait le Prêtre de porter raisonnablement sa sentence si le coupable ne venait lui-même avouer ses péchés dont souvent il a seul le secret ?

Les chrétiens sont donc obligés de confesser leurs fautes à leurs Prêtres, s’ils veulent obtenir le pardon de Dieu. La confession est, de droit divin, la voie du pardon ; qui veut la fin, veut aussi le moyen ; qui ne prend pas le moyen, n’atteindra point à la fin.

Aussi s’est-on confessé aux Prêtres dans tous les siècles.

L’histoire nous a conservé le nom du confesseur de Charlemagne, au IXè siècle.

Au IVè siècle, on voit le grand saint Ambroise, évêque de Milan, appliqué à entendre les confessions des pénitents; et l’auteur contemporain de sa vie ajoute « qu’il pleurait tellement sur les péchés « qu’on lui avouait, que les pécheurs étaient obligés « de pleurer avec lui. »

A la même époque, on entend saint Augustin reprocher aux hérétiques d’Afrique cette prétention, renouvelée depuis par les Protestants, de ne vouloir se confesser qu’à Dieu seul. « Est-ce donc en vain, s’écrie-t-il, que le Seigneur a remis les clefs du Ciel à l’Église ? Est-ce en vain qu’il a dit : Tout ce que vous délierez sur la terre sera délié dans les Cieux? » — Vous vous moquez de l’Évangile! Vous promettez ce qu’il refuse ! »

Au IIIè et au IIè siècle, on trouve encore, dans les livres qui nous ont été conservés des anciens docteurs, des témoignages très-frappants sur la nécessité de la confession faite aux Prêtres pour être pardonné de Dieu.

Dans les Catacombes, on a découvert plusieurs sièges qui, par leur forme, leur position dans les chapelles, etc., étaient évidemment des sièges confessionnaux.

Enfin, dans le livre même des Actes des Apôtres, on voit les païens convertis d’Éphèse, dociles à la voix de l’apôtre saint Paul, « venir en foule pour avouer ET POUR CONFESSER LEURS ACTIONS. (1) »

Confesse-t-on autre chose que des actions coupables, des péchés? Et que signifie ce passage du livre des Actes, s’il n’indique pas la confession des péchés?

Vous le voyez donc, c’est le bon Dieu, notre Sauveur, qui nous a donné la confession comme le remède des maux de notre âme, comme le moyen de rentrer en grâce avec notre Père céleste.

C’est une invention de miséricorde, de douceur et de tendresse. Il en coûte un peu, il est vrai, surtout quand une longue négligence a laissé accumuler beaucoup de fautes, et des fautes graves. Mais ce premier moment passe vite, et après, quelle joie ! quelle paix ! quel bonheur de se retrouver comme jadis l’enfant de Dieu, l’ami de Jésus-Christ ! Si la confession est un joug, c’est « ce joug suave et ce fardeau léger » dont parle le Sauveur. « Prenez-le et ajoute ce bon Maître, là seulement vous trouverez le repos de vos âmes. »

Allez vous confesser, et vous verrez.

(1) « Confitentes et annuntiantes actus suos » ( Actes des Apôtres, ch. 19, v. 18 et 19).

Source : Réponses courtes et familières aux objections les plus répandues contre la religion – Mgr de Ségur –  ESR.

Publicités